Au mouil­lage

 

Paupière à la renverse
Autre jour
Calfeutré
Sous la peau

La mémoire est en fuite
Et cer­tains chants s’y tiennent
Idiomes mécaniques
Etendus à l’écoute
Murène, ô murène, donne-nous la marée la plus belle !

Le mon­stre se faufile
La marée
Galante se cambre
Ouvrant le grand tiroir
Où sècheront ses os

 

 

 

 

Œil dit

 

Œil dit
La moisson
Excentrique
Et cen­trée des cils
Battus

L’œil
Les cils battants
La brèche
Du temps
            – Ouvert
Observe comme
Enivré

Œil
Par le sel
             – Ouvert
A la moisson
Aux larmes
Par le sel
            – Ouvert

La pupille est féconde
Savante
Les larmes sont solidaires
De la brèche
Du dire
            – Ouvert
De l’œil

Œil dit
L’ouverture magistrale
Et courbe des cils
Mouil­lés encore
De mémoire
            – Ouvert
Sans pâturages
Mouil­lés toujours
Par le sel
Sans raison
Par le sel
Qui rend les champs stériles
            – Ouvert
Aux chants
Excentriques
Et centrés
Sur le déploiement des cils

 

 

Œil dit
Le déploiement des cils
Le déploiement des cils
L’atermoiement du sel
Dans la lour­deur du jour

C’est dans l’air
          – Ouvert
A la moisson
Inexorable
C’est dans l’air
            – Ouvert
Que l’œil dit
Qu’il ne peut rien y faire

 

Affaire à suivre

 

L’œil

Est une jolie affaire

On ne sait plus
Si le regard est sérieux
Une affaire
De surface
Evaluée
Sans partage

L’œil

Est une jolie affaire
Apôtre aveu­gle du temps
Vieux
Unique roi
Par principe
Clô­ture du territoire

L’œil

Est une jolie affaire
Lorsque la vue se tait
L’image nous saisit
Et veuve de lumière
Affole l’amnésie

Œil
Enchâssé
A la mémoire qui claque
Equi­li­brant l’attente
Apôtre vulnérable
Sen­si­ble à la poussière

(Silence)

 

Opaques et polis sont les choses les miroirs vus d’ici

 

 

A voir

 

L’œil
Est grand ouvert

Etendue muette
Il faut se taire
Devant l’échange

Silence

Ne jamais le fixer
Œil pour œil
Par crainte des reflets
Et des enjambements

Et par manque d’appui sur sa tex­ture saumâtre

Chem­iner sur la rive
Suf­fit pour aujourd’hui
Et con­tourn­er les cils
Pour pos­er les jalons
De chemins de traverse

La nais­sance
Est
Un autre pays
Sage
Mais bavard
Et sur­gi d’une branche

L’œil
Prend son envol
Oiseau
Au-dessus de la mare
Avide de répit
Pris­on­nier des orages

 

 

 

 

 

Spectre

 

La main est un os
Agile
Scep­tre par­mi les nuits fastes
Décomptées
Des horloges

C’est en silence
Que les jours sont ôtés 
A la moin­dre phalange
Et que le jeu s’étend 

Ici les doigts
Sans aucune bague précieuse
Se glis­sent sous l’arcade  
Api­toyée de l’aube

L’ouverture de l’œil
Est un acte
Artisanal

Le pre­mier regard
Est dangereux
Et cou­vert d’un rideau
Les images s’y croisent
Spec­tres ravitaillés
Comme des loups au fourneau