> France Boucher, En gerbes sur le pas, et autres poèmes

France Boucher, En gerbes sur le pas, et autres poèmes

Par |2018-10-05T05:08:33+00:00 5 octobre 2018|Catégories : France Boucher, Poèmes|

 En gerbes sur le pas

 

Nouveau rêve à por­tée de main  
scin­tillent les sables
de l’exil

Pourtant le désert
déra­ci­ne­ra ses intui­tions
ses défenses
en un rituel obses­sif

La spi­rale défi­nit
son lien avec le monde  

Brûleront failles et lâche­té
des uns  
entés sur ses pénibles secrets
ses replis  
au regard rési­lient

 

Immersion extrême
elle apprend la langue
des oasis

Danse près des tentes
éra­flées par le vent
jeûne et mirage l’ont apai­sée
ont ren­for­ci son enver­gure

Artiste ouverte
à l’immortalité de l’univers  

À l’immortalité
de son art
océan des pos­sibles   

 

En équi­libre sur les siouf
l’ocre module son cri
l’isolement son ardeur

Elle our­dit des voies fugi­tives
s’abandonne aux mode­lés   
dunaires

Depuis sa nais­sance   
elle suit un fil
incar­nat

Du noyau vers l’extérieur
jambes mou­vantes
en haleine tou­jours

Des offrandes à dépo­ser
En gerbes sur le pas

 

extrait de Refrain habi­té, Écrits des Forges, 2016

 

 

Nous sommes partout

 

Les hautes herbes du sou­ve­nir
cachent les pierres
menant à l’énigme

En des­sous
les os des ancêtres

Cette vision impar­faite
répond à nos soifs
à tous nos ver­tiges

Sur les lèvres de l’enfance
explose l’utopie

Naissent de nou­velles saveurs

 

Les nap­pe­rons den­te­lés
allongent les dia­logues
invitent à l’abandon

Mais déjà la conscience
répond à l’appel du tan­gible

Filons vers la gare
sui­vons les cou­ronnes de fumée

 

Le corps
découvre sa mou­vance
marie en gestes inache­vés
sa peau éphé­mère

 

Parmi les vapeurs
engins et tur­bines meuglent
des che­vaux tirent  courent
avancent
et recréent le chaos

Puis sou­dain
l’absolu

Nous sommes par­tout
et nulle part à la fois

Vent sau­vage
por­té par la vie

Nos attentes
ses incan­ta­tions

 

extrait de Le jour autre­ment,Écrits des Forges, 2011

 

 

Tulles   sève  lucioles

 

Tulles  sève   lucioles
les blancs dans nos dia­logues
au clair-obs­cur des lan­gages
mêlent leur vanille

La fer­veur tatouée sur les arbres
dis­pose à la clar­té
réchauffe les fluides muets

Bientôt nous tra­ver­se­rons les écluses
et tous les ponts
sans nous blot­tir
au creux d’un tablier
ni cou­rir
entre les veines bruyantes

Les racines dépassent nos gestes
la vie nos drames intimes
je lis en écou­tant le pay­sage
et les notes bleues
éten­dues sur les ifs

 

La robe du jour allonge
le silence m’apprend à val­ser
sans plus attendre
l’onde recrée les arché­types
taille les angles  
les pro­fils

Inévitable céré­mo­nial
à nou­veau
la tem­pête chauf­fe­ra
gémi­ront les écou­tilles

 

Des mil­liers de bémols mul­ti­co­lores
sur un che­va­let
aban­don­nés
ramènent les cerfs-volants

Virevoltent les dia­dèmes 
la frange
toute la che­ve­lure

Cœur en sus­pens
le sen­tier aux voyelles
ama­doue la mémoire

 

extrait de Torbellino de deseos/​ Tournoiement des dési­rs, Écrits des Forges, 2007

 

 

 

 

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