> Francis Catalano, LES QUATRE DEMI-VÉRITÉS, Hiver, suivi de printemps, été, automne et été indien

Francis Catalano, LES QUATRE DEMI-VÉRITÉS, Hiver, suivi de printemps, été, automne et été indien

Par |2018-11-06T17:22:17+00:00 5 novembre 2018|Catégories : Francis Catalano, Poèmes|

Il neige dou­ce­ment sur la peau de ma paume
comme il a nei­gé durant l’âge de pierre.
Naissent la len­teur et l’espacement à l’ombre des étoiles
naissent la foudre, la vapeur
sur ma main tour­née au ciel des chaînes de lumière se brisent
des engre­nages iri­sés se désen­gendrent.

Glissaient des tor­rents momen­ta­né­ment au creux de la main
qui déva­laient les val­lons, inon­daient les basses terres
des rivières se jetaient dans le fjord du pouce
des ruis­seaux plus loin cou­laient de source sim­ple­ment
creu­saient leur lit à même les lignes de vie
tout le sou­ve­nir du cris­tal écou­lé.

 

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Avec les mains de mai, avril se tient la tête.
Un peu de ciel pris dans un peu de vent,
l’herbe pousse, dévoile ses idoles.

Des voix vert bou­teille s’élèvent,
oiseaux nés pour vous nicher dans les alcôves des cou­rants-jets.

Les pupilles pal­pitent dans l’iris, posent des signa­tures.
Comme dans un film où l’eau crève l’écran
les amants meurent et renaissent.

Dans les mains de mai, avril pro­tège ses arrières,
se rétracte dans les gout­te­lettes.
Dans une goutte d’eau l’homme crève d’avoir bu les parois.

Avril a péri entre les volets de la fenêtre
et péri­ra comme aux pre­miers temps dans l’odeur des magno­lias.
Faisaient la roue les sai­sons avant.
Elles sautent leur tour, à pré­sent,
les tou­jours bien-aimées
les tou­jours mal aimées.

 

•••••••••••

 

L’été est vaste, ceci est dit
la feuille d’un arbre qui se recro­que­ville
et qui tombe sous un ciel
n’asséchant plus.

Sois ce que tu as été et ne seras plus,
absente-toi du pré­sent,
pré­sente-toi dans le pré vieilli
rien ne te rat­trape sauf peut-être la lumière,
ne t’arrête pas, sois l’été, une pas­sion
pas­sée dans la pres­sion des sèves.

 

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La briè­ve­té du jour lan­cée contre les éti­re­ments
plus longs du soir
et cette neige tou­jours pri­maire qu’exige pour être
tant de sinuo­si­tés muettes de l’air,
une unique chute drue
sur le sol encore végé­ta­tif
main­te­nant bor­dé, élar­gi, qui repart sous zéro.

 

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Petite mésange à tête noire
que tant d’yeux observent
se pose en temps réel sur une fon­taine sans mémoire
près d’un jet d’eau déma­té­ria­li­sée
sau­tille de-ci de-là sans être
inquié­tée de ce rien.
Surdité qui comme un gaz remonte la ligne ascen­dante du tronc.

C’est l’approche de l’Halloween à pas de loup.
Dans les médias déchaî­nés, on sur­nomme Frankenstorm la méga­tem­pête qui frappe aux bar­ri­cades rous­sies de l’automne.
À côté, disent-ils en sur­li­gnant leur pro­jec­tion
Irène était à peine un grain de sable
dans un œil dépres­sion­naire.

Une fois le boyau d’arrosage et les gar­diens du jar­din remi­sés
la mésange appa­raît en un seul coup de dés vers d’autres ailleurs
usant des méandres urgents de l’air.

Une feuille sui­vie d’une autre et d’une autre défaille
se balance dans sa chute légère dans le brouillard.
Font montre de leurs os nus arbres, arbris­seaux, feuillus, vignes.

Le cœur qui bat dans la poi­trine de l’oiseau fait se gon­fler les char­nières de l’été. Dans le giron des sai­sons
s’installe sitôt une flèche irré­pres­sible.
Elle n’y reste aucu­ne­ment. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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