> Gérard Mottet, Bien en deçà du seuil des mots

Gérard Mottet, Bien en deçà du seuil des mots

2018-01-25T10:14:35+00:00

 

Les dés du vent nous ont jetés

Les dés du vent nous ont jetés
sur des che­mins d’exode
avec cha­cun nos lots divers
d’errante soli­tude

un jour pour­tant en quelque gîte
nous nous recon­naî­trons
car nous avons tou­jours cha­cun
gar­dé par devers nous

nos parts secrètes de sym­bole
comme l’empreinte même
de nos mains enla­cées

frag­ments
irré­cu­sables
d’un éden oublié.

 

 

Extrait de Murmures de l’absence
Parution en avril 2017 aux Éditions Tensing J-L.

 

* * *

 

 

Lignes  de  Partage

Je ne sais quelle fron­tière nous tra­verse
quelque part en nous   mys­té­rieuse
comme la barre bleue des loin­tains
au seuil invi­sible de nos rêves
comme l’écume de la der­nière vague
au flot mon­tant de nos dési­rs.

Est-ce entre nous fron­tière
que cette ligne courbe du soleil
qui monte et qui des­cend
ou ce vol brusque de l’oiseau qui déchire le ciel
est-ce fron­tière que cette arche lumi­neuse
où s’exalte le chant de la pluie.

Ensemble nous che­mi­nons sur nos lignes de crête
entre ver­sants d’ombre et de lumière
par sen­tiers caillou­teux à tra­vers champs et forêts
par che­mins de halage   allant d’écluse en écluse
sans jamais pas­ser pour­tant ces lignes de par­tage
où se croisent nos soli­tudes.

 

 

(Extrait de Murmures de l’absence
Parution en avril 2017 aux Éditions Tensing J-L.)

 

 

* * *

 

 

Passant  par  les  chemins  de  pluie

Passant  par  les  che­mins
de  pluie
j’ai  recon­nu  tes  pas  

les  nuages  ce  soir
ont  pris
la  cou­leur  de  ta  peau

 

à  la  sur­face
de  l’eau
j’ai  vu

l’empreinte
trem­blée
de  ton  visage

                

au  plus  près  de  la  nuit
fur­tif    passe    le vent
des  sou­ve­nirs

 

comme  un  sou­dain
                  déplis­se­ment
                               du  temps

 

au plus près de la nuit   fur­tif   passe le vent des sou­ve­nirs.

 

 

(Extrait de Murmures de l’absence
À paraître en avril 2017 aux Éditions Tensing J-L.)

 

* * *

 

 

 

Bien  en  deçà  du  seuil  des  mots

Bien en deçà du seuil des mots
rien que ce ful­gu­ral
ins­tant divi­na­toire où tout a com­men­cé

Toi et moi branches écar­tées
d’un même dia­pa­son
tout ensemble sou­dain entrant en réso­nance

toi et moi pôles oppo­sés
fai­sant sou­dai­ne­ment
de leurs bornes jaillir un grand arc de lumière.

il me sou­vient
qu’un jour de créa­tion du monde
ta main   sou­dain   s’approcha de la mienne.

 

 

(Extrait de Empreintes & réso­nances
Prix Y.& S. Blanchard – à paraître en 2017
aux Éditions des Presses Littéraires – Collection Florilège)

 

 

* * *

 

 

 

Souvent le vent venant de l’Étang

     Souvent le vent venant de l’étang
où dorment les esprits de la nuit
tra­verse le vil­lage engour­di
se fau­file le long des ruelles
secoue les volets clos des mai­sons
et s’en va souf­fler sur la col­line
où dorment aux mur­mures des sources

les ombres du pas­sé

et la lune suit le cours de l’eau
se frayant un che­min dans les prés
pour venir chan­ter dans les fon­taines
du vil­lage   pas­ser sous les arches
rebon­dir de cailloux en cailloux
et mou­rir dou­ce­ment dans l’étang
où dorment les esprits de la nuit.

 

(Extrait de Empreintes & réso­nances
Prix Y.& S. Blanchard – à paraître en 2017
aux Éditions des Presses Littéraires – Collection Florilège)

 
 

* * *

 

 

 

 

Ardent  tu  t’étais  élancé

Ardent tu t’étais élan­cé vers l’efflorescence du jour
les feux de l’aube dan­sant dans tes yeux
ton ombre oubliée loin der­rière

or la voi­ci déjà    ton ombre    qui s’est rap­pro­chée
et marche à tes côtés    silen­cieuse
t’apportant récon­fort aux midis incer­tains

et la voi­là    ton ombre    à l’amenuisement du jour
qui main­te­nant allonge un peu le pas
et marche devant toi    en éclai­reuse

te frayant le che­min que nul ne sait
vers là-bas    où l’on dit
que naissent les étoiles dans les forges de la nuit.

 

(Extrait de Par les che­mins de vie
Recueil inédit)

 

* * *

 

 

 

Comme  sous  l’Écorce  l’aubier

A Claude Cailleau

 

Comme     sous l’écorce  l’aubier
sous      l’apparaître     l’essentiel
et       sous  la  terre    les racines

pal­pite encore   en le vieil homme  
usé        dont  vacillent  les  jours
le frêle enfant   qui vient de naître

désir dor­mant d’éternité
per­sis­tante étin­celle
sous les cendres du temps.

 

 

(Extrait de Par les che­mins de vie
Recueil inédit)

 

* * *

 

 

Creuser  de  longs  tunnels

A Guy Allix

 

Il te fau­dra sans doute 
creu­ser de longs tun­nels de soli­tude

lan­cer de frêles pas­se­relles
se balan­çant au des­sus des abîmes

retrou­ver les che­mins per­dus du temps
dis­si­mu­lés sous les brous­sailles

il te fau­dra faire preuve aus­si de patience
frap­per en pleurs aux portes closes de l’absence

attendre du des­tin
d’improbables ali­gne­ments célestes

alors peut-être   à la join­ture exacte
de ta mémoire endo­lo­rie et de tes dési­rs orphe­lins

connaî­tras-tu comme autre­fois enfant
juste la grâce d’un ins­tant

le pur jaillis­se­ment d’une étin­celle
qui te fera sou­dain renaître

dans la coïn­ci­dence
de toi-même.

 

 

(Extrait de Par les che­mins de vie
Recueil inédit)

 

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