> Guy Allix, Troy Davis, A mes amis syriens…

Guy Allix, Troy Davis, A mes amis syriens…

Par |2019-02-05T18:03:14+00:00 4 février 2019|Catégories : Guy Allix, Poèmes|

Troy Davis

 

La nuit der­nière
Un homme est mort
Qu’avait-il fait ?
Que n’avait-il pas fait ?
Nul ne le sait
Hormis ceux qui savent
Ou croient savoir
Envers et contre tout
Envers et contre l’homme

Un homme par­mi les hommes
Frère des hommes fra­giles
Qui se tiennent vivants
Et se sou­tiennent et s’aident
Contre l’adversité
Contre le der­nier mot

Un homme par­mi les hommes
Et ne res­tent que les larmes

Il est mort
Et ne res­tent que ceux
Qui ont per­mis cela
Qui ont com­mis cela

Hommes inhu­mains…
A jamais

                                 22 sep­tembre 20111

 

 

À mes amis syriens de l’été 2001

 

Il y avait votre rire
Il y avait votre joie
Il y avait votre ami­tié
Votre vie et cette chan­son de la France
Qui tra­ver­sait les fron­tières

Vous me disiez
Viens chez nous par­ta­ger notre pain
Viens voir notre beau pays plein de notre fête

Plein de fra­ter­ni­té

Mes amis d’un été
Mes beaux témoins de la ren­contre d’un amour

Avec vos mots on rêvait d’un pays de soleil on rêvait
On rêvait d’une terre et la terre était belle à vos pieds
Gonflée de vie gon­flée de ce rêve même
Et de votre chaude poi­gnée de main

C’était avant tous ces morts
Tant plus de morts tant plus de morts
Qu’on n’ose en dire le nombre

Je ne sais où vous êtes
Mais vos rires et vos chan­sons se sont éteints
Et gisent eux-mêmes comme des morts comme des morts

Et vous-mêmes
Peut-être pous­sière déjà pour cer­tains
Ou pour­ri­ture sous les bombes
De la pour­ri­ture immonde qui vous assas­sine

Aujourd’hui tant d’années ont pas­sé
Tant de morts tant de morts tant de morts
Comme pour comp­ter le temps
Et mon pauvre poème a mal à la poé­sie
Qui pour­tant fou­droie la page mais ne peut rien faire d’autre
Que témoi­gner crier s’insurger contre l’infâme et la haine
Contre l’absurde et la bar­ba­rie

Et rêver encore et tou­jours un pays de vrai soleil
Et ten­ter de tis­ser de nos mots de nos mains le seul poème
Une terre enfin juste à nos pieds enfin belle
Par-des­sus tous ces morts tous vos morts

Par-des­sus vous
Qui étiez si vivants

 

 

 


Notes

  1. jour même de l’exécution, à Savannah,  de Troy Davis, jugé cou­pable du meurtre du poli­cier Mark McPhail sur­ve­nu le 19 août 1989, en dépit d’une impor­tante mobi­li­sa­tion inter­na­tio­nale d’associations et de per­son­na­li­tés visant à contes­ter sa culpa­bi­li­té et du fort écho de cette mobi­li­sa­tion dans les médias.aux Etats-Unis.[]

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