> Jean-Jacques Marimbert, La Fresque et autres textes

Jean-Jacques Marimbert, La Fresque et autres textes

Par |2018-09-05T10:19:56+00:00 4 septembre 2018|Catégories : Jean-Jacques Marimbert, Poèmes|

La fresque

Oh, fron­tis­pice de mes nuits, fresque de sable blanc,
Scènes gra­vées, à la lumière d’un halo ita­lien. La rue
Baigne dans l’orbe du lam­pa­daire muet. Les temples
Donnent sur le ciel, la mer et des portes, oh, à l’infini.

Chaque porte cache une énigme. Aucune ne s’ouvre.
Aucune pour­tant n’est fer­mée, et j’entends des bruits
Ambigus. Râles d’extase et de mort, paroles étouf­fées
Et chu­cho­tées. Éventail de cris et de rires. Rhapsodie

Houleuse qui annonce meurtre ou jouis­sance, orgasme
Ou der­nier souffle, ven­geance acide ou secret d’amour.
Je croise tou­jours un enfant, et une sil­houette fugi­tive.

J’accroche une voile au soleil. Je découvre la fresque.
Une place ombra­gée, le reflet d’une île sur l’herbe. Je
M’y réfu­gie, conso­lé, oui, pour glis­ser dans l’inconnu.

Brume d’été

Dans le reflet d’une vitre passe, déjà enfui, le
Souvenir d’un drame, soleil cou­chant, l’épave
Naufragée d’une buée d’espoir. Souffle cou­pé,
J’ouvre grand la fenêtre, et tente de dire, quoi.

Touffeur, brume d’été. Pluies aveugles du fond
Des marais, lam­beaux de lumière per­cés d’yeux
Inquiets, visage retour­né dans un reflet de lune.
La rivière est d’argent, le ciel, cri­blé de songes

Hurleurs. L’essaim du désir fris­sonne. Le temps
Désincarné, à la nuit nue, coule à tra­vers champ.
La voix blanche des éclairs de cha­leur teinte la

Musique joyeuse des insectes prêts à mordre la
Vie, à aimer l’entrelacs des herbes las­cives, oh,
Dans le laby­rinthe d’une bles­sure immé­mo­riale.

Fuite ou sommet

Si long­temps cette chute, je ne suis sûr de rien.
Est-ce un som­met à gra­vir ou un col à fran­chir,
Dans le vent chaud de la confiance. La lumière.
Soudain le sol se délite, nuage pous­sié­reux, de

Sang, non, de coque­li­cots épars. Tendre la main.
Oh, soleil des peurs, soleil des nuits, lam­pa­ro et
Longs cou­loirs où je fuis. Est-ce un puits, un pic.
Si long­temps cette chute. Non, remon­ter, tu sais,

Remonter, s’accrocher. Ne rien entendre, ni croire.
Tout fuit, s’effondre, matins dorés, sable des jours.
Chercher un regard. Je vois un parc et des sta­tues.

Sublime sagesse, force, indif­fé­rente beau­té. Ai-je
Failli. Leur voix me caresse, et les arbres chantent.
N’abandonne pas, oh non, aimer n’est jamais vain.

Ouvrir

J’essaie d’ouvrir, qu’y a-t-il. J’ai beau accueillir, est-ce
Moi. Ce volet, tous les matins. Rien n’y fait, ni tris­tesse,
Ni rage, non, un voile cache le soleil. Je me suis éveillé,
Pour jouer, levé, dans le cou­loir, oh, la forêt de tes yeux.

Voir, essayer, embras­ser. Je refuse de mar­cher, ne veux
Plus. Dans un jar­din, une sta­tue, moi. Aimer le marbre
Et les rosiers, man­ger le ciel et dor­mir. Voir les oiseaux
Posés sur mon bras, les enfants me lan­cer des cailloux.

Assis sur un banc, je lis. L’écureuil m’observe, j’essaie
De par­ler. Les mots coulent dans l’herbe, bouche sèche.
La joie des fleurs s’évapore dans la pous­sière d’un vélo.

Il fait nuit, oh, sou­dain. Pâleur des fon­taines, les arbres
Sont inquiets. Les pages de mon livre sont des miroirs.
J’ouvre les yeux. Fin d’après-midi, caresse de l’ombre.

Les dieux de marbre

Aimer le marbre et les rosiers, tan­dis que les aca­cias et
Les tilleuls dansent. L’autan furieux, embruns des fleurs
Aux pétales frois­sés, har­pon du temps plan­té dans l’eau
De la fon­taine. Peindre cela, et non des tripes les tra­cas.

Sait-on ce qui, du corps au pin­ceau, au fusain, passe et
Change le monde, non, le crée. La main trace les lignes,
La vie de la main est dans l’ombre lais­sée, nue, au reflet
Des échos, au remous des cel­lules, aux images fuyantes.

On voit l’attente et la mort, de longs voyages sur l’océan,
Les muscles bat­tus par le vent et le rêve des baleines, les
Côtes loin­taines appro­chées de nuit. On entend, enfin, le

Chant des vil­lages brû­lés et les dieux de marbre. Il suf­fit
D’un oiseau pour que la terre tourne, que la main prenne
Au vol un regard, une caresse, oh, le bon­heur d’un matin.

 

X