> La nouvelle quinzaine littéraire n°1152

La nouvelle quinzaine littéraire n°1152

Par |2018-08-18T20:45:04+00:00 14 juin 2016|Catégories : Revue des revues|

 

Avec le prin­temps, cer­tains pério­diques y vont de leur dos­sier spé­cial poé­sie. On y trouve, dans un mélange de désin­vol­ture et de paresse, le petit public et les tirages confi­den­tiels, le ver­tueux tra­vail de ces édi­teurs… dont on n’entendra plus par­ler le reste de l’année. Un ver­si­fi­ca­teur emblé­ma­tique est pas­sé à la ques­tion en regard du der­nier tout­ter­rain des familles aux per­for­mances éco­lo­giques durables.

D’un autre côté, les revues poé­tiques dont nous ren­dons compte ici-même, mal­gré les qua­li­tés que nous n’avons de cesse de sou­li­gner, donnent au lec­teur lamb­da l’impression d'être à la porte d'un club, un cercle limi­té, disons sur le mode « les poètes parlent aux poètes » Ce sont des revues de métier.

D'où l'importance de deux publi­ca­tions géné­ra­listes, la Nouvelle quin­zaine lit­té­raire et Conférence (dont nous par­le­rons au pro­chain numé­ro), qui donnent à cha­cun de leur numé­ro, une place à la poé­sie, aux côtés de tous les genres d’écriture. Dois-je rap­pe­ler que dès ses débuts, Recours au poème, par les contri­bu­tions de Michel Cazenave et d’Yves Humann entre autres, s’est atta­ché à ins­crire la poé­sie dans le champ large de toutes les paroles, spi­ri­tuelle, poli­tique, phi­lo­so­phique.

La Quinzaine a pris son nou­veau rythme de croi­sière tout en gar­dant son âme. Outre que quelques uns de ses contri­bu­teurs écrivent éga­le­ment dans nos colonnes, — le der­nier en date étant Jean Miniac —, il me paraît utile de signa­ler ce qui nous rap­proche, à savoir une cer­taine éthique de la cri­tique lit­té­raire et que résume encore très bien l’exergue de Maurice Nadeau « l’œuvre vaut tou­jours plus que le bien ou le mal qu’on dira d’elle ». Aujourd’hui encore les articles de la Quinzaine évitent tout autant le jar­gon des études lit­té­raires que les thé­ma­tiques déma­go­giques de la presse maga­zine. Le livre est en géné­ral pré­sen­té et le lec­teur (qui en prin­cipe n’a pas encore lu l'ouvrage en ques­tion) est en mesure de s'en faire une idée avant toute expli­ca­tion ou com­men­taire. Critique d’ostension vs cri­tique qui mousse.

Le dos­sier du numé­ro 1152, Poésie : le recours mérite une atten­tion par­ti­cu­lière par les voix pré­cieuses qu’il donne à entendre, à com­men­cer par celle de Jean-Clarence Lambert : « De façon expé­ri­men­tale, j’ai joué avec les trois modes de pré­sence du mot : visuel, vocal, séman­tique… Au début des années soixante, j’ai vou­lu rendre la parole aux mots du poème (…) avec Filliou, Dufrêne, Heidsieck, Luca, Gysin, etc ».

Une « Vitrine en cours » d’Eric Dussert modère avec finesse les inquié­tudes de Jean-Pierre Siméon sur l'avenir de la poé­sie : Pour autant, cette inquié­tude ne doit pas conduire au gémis­se­ment. Quoi, on aime­rait pas la poé­sie en France ? La pro­duc­tion annuelle des recueils prouve le contraire (…) il serait bon pour la fier­té des poètes et de leurs lec­teurs que ne soient plus col­por­tées les récri­mi­na­tions pav­lo­viennes contre des mou­lins à vent.

On ne peut lire qu'avec pro­fit la longue étude de Frédéric Fiolof sur l’essai que Jacques Rancière a consa­cré à Philippe Beck (Le sillon du poème). C'est par une cita­tion de Rancière que je ter­mi­ne­rai cette recen­sion : La morale du poème serait là : prendre le temps de ne pas finir, de recom­men­cer, d’affirmer à nou­veau, d’affirmer par l’exemple, en fai­sant (…).

 

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