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La piscine, revue graphique et littéraire

Par | 2018-01-09T16:07:51+00:00 5 avril 2016|Catégories : Revue des revues|

Une nou­velle revue gra­phique et lit­té­raire, la pis­cine, vient de naître à l’enseigne de La Cyprière à Montpellier. Elle est diri­gée par la pho­to­graphe et édi­trice Louise Imagine. Philippe Castelneau, Christophe Sanchez et Alain Mouton sont éga­le­ment de cette aven­ture qui aime le mélange des genres, sans aucun enro­bage dis­cur­sif, à l’état d’écru.

” Nous sou­hai­tons y faire cir­cu­ler mots et images, tex­tures et pig­ments. Réunir autour de ce beau pro­jet les auteurs et artistes que nous aimons, dont nous sui­vons le tra­vail et par­ta­geons la sen­si­bi­li­té. Une envie com­mune, issue d’un même élan, à la fois ambi­tieux et sin­cère.”, écrit Louise Imagine dans le pre­mier édi­to de la revue pré­sen­tée en deux par­ties tête bêche, une en noir et blanc l’autre en cou­leurs. Auteur du second édi­to à l’autre bout du grand bain, Christophe Sanchez pré­cise les inten­tions du pro­jet : ” construire une revue élé­gante avec du conte­nu reflé­tant une créa­tion contem­po­raine dans sa diver­si­té… Bref, créant du beau. Et on a tou­jours besoin de beau, c’est un état d’urgence per­ma­nent.”

Ce numé­ro zéro de la pis­cine est dédié à l’écrivain de théâtre Emmanuel Darley dis­pa­ru au mois de jan­vier 2016. Avec son dos car­ré cou­su, sa mise en page raf­fi­née et son impres­sion sur papier ivoi­ré de 120g, il est un objet proche du livre d’art. Un régal pour l’œil en même temps qu’un régal pour l’âme. Et c’est bien de diver­si­té dont il s’agit. Des poèmes brefs, caus­tiques ou plus joyeux, ( Guillaume Siaudeau, Thierry Radière, Perrin Langda, Azilys de Nowhere, Isabelle Bonat-Luciani…), côtoient des récits qui prennent le temps du méandre sous l’horizon (Benoit Jeantet, Antonin Crenn, Marie-Josée Desvignes, Emeline Bravo, Antoine Maine…). Les images de Louise Imagine, Melania Avanzato, Laurie-Anne Romagne, Sophie Rousseau, Alice Santini, Guillaume Estève, Hélène Desplechin, Tom Rousselon…) ne sont évi­dem­ment pas des faire-valoir illus­tra­tifs. Elles entre­tiennent avec les mots des liens et des conci­lia­bules à l’unisson ou en rup­ture, selon leur fan­tai­sie propre, et disent l’universel sin­gu­lier de la fra­gi­li­té humaine en son infi­nie palette de sen­ti­ments.

Les thé­ma­tiques abor­dées sont essen­tiel­le­ment aqua­tiques. L’eau de la pis­cine rejoint le lit des rivières (au nombre de cinq à Montpellier) et conti­nue sa course jusqu’au lit­to­ral à quelques enca­blures avant d’affronter les grands espaces du large. Mais nos quatre maîtres-nageurs n’ont pas l’intention de limi­ter leurs explo­ra­tions aux marges car­re­lées des bas­sins, aux rivages bat­tus par les marées. Le thème de l’âme des lieux sans âme sera pro­po­sé avec un appel à textes et à images pour le numé­ro 1 qui devrait paraître en octobre.

L’enseigne de La Cyprière sou­haite aus­si favo­ri­ser des pro­jets d’édition phy­sique et numé­rique, orga­ni­ser des expo­si­tions, au for­mat grand angle, qui accueille­ront aus­si bien des incon­nus que des créa­teurs déjà confir­més. Dans l’état d’urgence per­ma­nent du beau. Dans une cir­cu­la­tion ouverte à tous les vents.

Extraits :

Une bonne grosse pluie qui achève le pas­sé, qui astique les cadavres, qui remet tout au niveau de la boue. Bourrasques et rou­le­ments de tam­bour. L’eau qui tait les men­songes. Qui capote le jour. Ferme sa gueule au pay­sage. Thomas Vinau

Dans ton ventre déjà je mau­dis. J’ai la haine pen­due au cor­don, je secoue les mem­branes, ne veux pas entendre le père qui hurle et la guerre mena­cer. Je veux res­ter en eau pour tou­jours, oreilles en bran­chies, je ne veux plus écou­ter la rumeur sourde du monde. Je veux me recro­que­viller, ne pas sor­tir, res­ter en chien de fusil pour ne pas connaître les balles assas­sines. Christophe Sanchez

C’était un pays de grande fatigue
Où des brumes étaient si lentes à se lever
Que ceux d’ici ne voyaient que très tard
Un pay­sage déjà chan­gé
L’été
Ils par­laient tou­jours
Avec un fort accent de lumière
Il nous res­tait
Que très peu d’enfance
A ce moment-là
Nos châ­teaux n’étaient plus impre­nables
Et les affluents d’un âge
Avaient pris nais­sance
Au bord de nos yeux. Louis Raoul
Je devais avoir 8 ans.
On est allé à la pis­cine
avec la classe
TOUTE la classe.
Dans le même ves­tiaire.
Tout le monde tout nu.
Le Monde Entier Tout Nu, & moi au milieu.
J’avais tel­le­ment pas envie d’être là
que j’ai gar­dé ma culotte sous mon maillot de bain.
On est arri­vés au bord du grand bain.
La maî­tresse m’a regar­dée,
les copains de classe m’ont regar­dée,
le maître nageur m’a regar­dée.
J’aurais bien cou­ru, mais c’est inter­dit de cou­rir au bord de la pis­cine.
J’étais toute petite.
Je veux dire, plus petite encore.
Plus petite, c’était pas pos­sible.
Plus petite, c’était rien, ça n’existait pas.
La honte, c’est comme le vélo.
Ca ne s’oublie pas. Olivia Del Proposto

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