saint rémi

 

15 jan­vier 1919 Rosa Luxemburg

sur ordre de Gustav Noske
social-démo­crate bon teint
la répres­sion éra­dique Spartakus

Rosa fut frap­pée à coups de crosse
abat­tue d’une balle dans la tête
et jetée dans le Landwehrkanal

le poème ne dit pas le bruit
des coups de crosse ni du révol­ver
ni du corps jeté dans l’eau

 

sainte prisca

 

18 jan­vier 1943 Emilienne Mopty

elle fut à la tête des mani­fes­tantes 
dans les Indes Noires en 1941
lors des grèves de mineurs

tra­hie et arrê­tée par la ges­ta­po
elle fut déca­pi­tée à Cologne par les nazis

fait-on des vers 
avec l’horreur
soixante-dix ans après

si ce n’est pour conju­rer l’oubli

 

sainte sandrine

 

2 avril 1943 Jules Boussingault

assas­si­né par un kapo 
lors d’un appel au camp de mau­thau­sen
à coups de manche de pelle 
il écla­bousse son voi­sin
de frag­ments de cer­velle

légende ou réa­li­té
je ne sais

 

 

sainte alida

 

26 avril 1937 Guernica

la bataille conti­nue de nos jours
comme elle conti­nua après 1937

à otto abetz regar­dant une pho­to
du tableau de Picasso
et lui deman­dant “c’est vous qui avez fait cela”
le peintre aurait répon­du “non c’est vous”

aujourd’hui encore les chiffres
sont revus à la baisse
on est pas­sé de 1654 morts à
300 voire à 100

il n’y aura bien­tôt plus
que des sur­vi­vants

reste que fran­co la muerte s’est lavé les mains
dans le sang des habi­tants de Guernica

reste que Picasso a peint
le tableau le plus célèbre du monde
pour dire son hor­reur et sa colère

reste qu’un seul mort
est un mort de trop

sou­ve­nirs sou­ve­nirs
empor­tez !

 

saint donatien

 

24 mai 1871 Semaine san­glante

les morts sont cou­pables
on ne sait jamais qui se cache dans un cer­cueil
pas­sage Tivoli à Paris
l’armée ver­saillaise arrose de balles
un cor­billard qui mène au cime­tière
un habi­tant du quar­tier mort dans son lit
les che­vaux s’enfuient tirant au diable
le convoi funèbre les fers résonnent
rue d’Amsterdam un croque-mort tombe
il pas­se­ra de vie à tré­pas dans la nuit
l’ankou et le kapi­tal ricanent

 

 

été

 

21 juin 1957 Maurice Audin

éter­nel éva­dé de la vie
incar­na­tion de l’homme aux semelles de vent

il fut tor­tu­ré et n’en revint pas

la lumière n’est pas faite
sur l’éternelle dis­pa­ri­tion

le sera-t-elle un jour
au terme du par­cours Maurice Audin

 

saint firmin

 

11 octobre 1914 Jean-Julien Chapelant

qua­dra­ture du cercle
et paroles per­dues dans le vide

cap­tu­ré par l’ennemi
il s’évade mal­gré une bles­sure à la jambe
et regagne son régi­ment

accu­sé de capi­tu­la­tion en rase cam­pagne
il est condam­né à mort
fusillé pour l’exemple
atta­ché à son bran­card
dres­sé contre un pom­mier

com­bien faut-il de balles
pour abattre un arbre