> Maria Vasalis, trois poèmes présentés et traduits du néerlandais par Eddy Devolder

Maria Vasalis, trois poèmes présentés et traduits du néerlandais par Eddy Devolder

Par |2018-11-16T08:39:50+00:00 2 septembre 2017|Catégories : Essais & Chroniques|

Maria Vasalis est le  pseu­do­nyme de Margaretha Droogleever Fortuyn-Leenmans (Né à La Haye en 1909-et décé­dée près de Groeninge en 1989). Ses amis l’appelaient com­mu­né­ment Kikie. Après des études de méde­cine et d’anthropologie, elle devient psy­chiatre et se spé­cia­lise en psy­chia­trie infan­tile. Elle vou­lait que sa poé­sie soit une œuvre ano­nyme.

Sur un mur de la ville uni­ver­si­taire de Leiden figure un de ses vers célèbres «  Il n’y a pas de temps. Où n’y a-t-il que le temps ? ».

Sur un mur de ’s-Hertogenbosch, la ville natale de Jérôme Bosch, figure un autre vers : « Le sérum esti­val de  l’aube »

A Leeuwarden, on peut lire "Sub finem" : A la fin…

 

Jusqu’à hier, je ne savais rien de cette poé­tesse, très connue aux Pays-Bas, je l’ai décou­verte en lisant la page d’accueil de la dbnl, le site remar­quable de la biblio­thèque natio­nale des Pays-Bas.  Il n’a rien à envier à celui de la bnf ( Bibliothèque natio­nale de France).

Je suis né dans une langue noueuse d’analphabètes,

Un patois recon­nu aujourd’hui pour être à l’origine du néer­lan­dais, le west-fla­mand

Une langue de morains taci­turnes, un pro­to-ger­ma­nique qui por­te­rait encore l’empreinte des celtes où le oui et le non se déclinent ( yaak, yooy, yoon, yons… pour ja

A six ans,déplacé dans une école fran­co­phone, j’ai appris à lire et écrire en même temps que le fran­çais

Une langue sans enra­ci­ne­ment, sans sol et sans toit,

4 murs seule­ment, un enclos plu­tôt qu’un immeuble

J’ai donc vaga­bon­dé plu­tôt que je ne me suis éta­bli

Je suis deve­nu pro­fes­seur voya­geur à l’université Dogus d’Istanbul, à L’académie des beaux-arts de Kinshasa et celle de Tétouan, à La Cambre Bruxelles , et à l’ Académie de Tournai…

Victime, il y a 4 ans d’un atten­tat, mon esprit est deve­nu l’otage d’un syn­drôme de stress post trau­ma­tique

Egarement total, bal­bu­tie­ment de bor­bo­rygmes pour dire rien

Il y a un peu plus d’un an j’ai enten­du l’appel d’un impor­tant centre d’accueil pour réfu­giés et deman­deurs d’asile :

Des rési­dents veulent apprendre des rudi­ments de néer­lan­dais

Ils sont Syriens ira­kiens, afghans, soma­liens, éry­thréens, congo­lais, came­rou­nais…

Comment leur apprendre ? Eux qui ont mémo­ri­sé le Coran, eux qui connaissent des cen­taines de poèmes…

Il a fal­lu un an pour trou­ver la meilleure méthode : la poé­sie

D’abord des textes très simples, ceux de Jan Arends

Un fou ins­pi­ré, une sorte d’Antonin Artaud qui aurait écrit avec la plume de Marcos Ana

Une langue rudi­men­taire qui parle de l’enfermement, de la dou­leur, de la faim

Et voi­là que sou­dain, la mayon­naise prend

Et que je deviens un fla­mand qui ne l’a jamais été réel­le­ment,

Je leur doit ça, ce retour aux racines qui n’ont jamais rien por­té,

Ce retour à la base

C’est en fonc­tion d’eux que je me suis mis à tra­duire ( en fran­çais et en anglais)

Que je suis deve­nu un «  pas­seur de langues »

C’est le mot néer­lan­dais pour dire tra­duc­teur,

 

c’est celui qui trans­vase l’alchimie d’un verbe dans une autre langue et dans ce domaine-là,

Je ne suis qu’un débu­tant

 

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