Vos vies sont men­acées par les trains de banlieue
Et vos his­toires de gloire si dérisoire
A ne pas se regarder dans un miroir
N’essayez plus de me faire croire que vous appelez cela être heureux

Vous avez voulu me vol­er et me prendre
Mes seuls biens mes oiseaux mes pays
Jusqu’au bleu ten­dre de mes nuits
Sans avoir frères humains ce qui nous unit
Et même mes raisons de vous comprendre

Mais je marche encore par des allées éternelles
Vers les ban­lieues per­dues de l’univers
Je saute à pieds joints vos barrières
Vos cœurs sont comme vos murs de pierre
N’importe je bois avec une paille le bleu du ciel

Je porte dans moi la force des saisons
Et la sève et les sucs de la terre
Le vent le vent me pousse vers la lumière
Morts, je fer­merai vos diaphanes paupières
Sans que vous ayez pu me faire ren­dre raison

Vous ne par­don­nez pas ma différence
Mais c’est à vous que vous reprochez
De ne pas oser me ressembler
Vos cer­ti­tudes vos opin­ions vos préjugés
Ont su, ô pau­vre vie, assas­sin­er vos espérances

Et pour­tant le marteau de mon sang
Bat et frappe encore dans vos veines
Enfants, nos élans du cœur étaient les mêmes
Mes rêves étaient vagabonds et vos envies bohémiennes
Pourquoi m’avoir lais­sé seul la con­science claire le cœur devant

Si vous saviez comme la Vie est belle et désirable
Vous ne tueriez pas Mozart en cha­cun de vos enfants
Nos pas vont l’amble de vos jours gris jusqu’au néant

Je vous en prie, écoutez-moi il en est encore temps
Ne lais­sez plus l’eau de votre vie désaltér­er le sable
Debout, debout ! Debout et mar­chons à l’étoile…

 

[poème extrait de L’écorce des cœurs, Le Nou­v­el Athanor, 2011]