Parme Ceriset, Amazone d’Outre-monde, Entre la mort et l’extase

Par |2026-01-07T14:55:18+01:00 6 janvier 2026|Catégories : Critiques, Parme Ceriset|

Très émou­vant recueil de Parme Ceriset, Ama­zone d’outre-monde, Entre la mort et l’extase, avec une pré­face de Jean Azarel. 

« Je marche out­re-monde ». C’est pré­cisé­ment par ces mots que débute l’ouvrage. « Out­re-monde », c’est-à-dire dans, ou plutôt vers un lieu situé « hors du monde » (pour repren­dre l’expression de Baude­laire), à l’écart des con­vul­sions de notre époque âpre et chao­tique « où la vio­lence flambe ». Un lieu indéfi­ni, mul­ti­ple et atem­porel, vers lequel chem­iner en se frayant un pas­sage à tra­vers la réal­ité du temps présent. Cette réal­ité que la poétesse perçoit avec la lunette de son imag­i­na­tion mais surtout par le prisme d’une extrême lucid­ité née d’une sen­si­bil­ité à fleur de peau, elle qui, depuis l’enfance, « fixe Thanatos dans les yeux », ayant frôlé la mort à cause d’une mal­adie rare dont elle a été sauvée par une greffe des poumons à l’âge de 29 ans. Sachant « lire à tra­vers les écorces », Parme Ceriset pos­sède ain­si le don de voir le cœur même de « toutes les com­posantes du vivant ». Et de restituer celles-ci au fil de poèmes qui bâtis­sent un univers certes peu­plé de fig­ures légendaires (essen­tielle­ment issues de la mytholo­gie grecque) mais reflé­tant sans fard la matière intime du réel. Un réel mis à nu, dont se dévoilent ici la chair frémis­sante et l’authentique vis­age, que l’on con­tem­ple comme dans un miroir.

Un vis­age d’abord tour­men­té, gri­maçant. « Il fait un temps de guerre », écrit l’auteure dès la pre­mière page du livre, qui s’ouvre sur l’évocation presque hal­lu­cinée d’un monde aux allures d’« enfer chauf­fé à blanc » rap­pelant Dante : « Des grêlons d’albâtre mitrail­lent l’alpage. / Les tail­lis car­bon­isés / gémis­sent dans le souf­fle des haines. » 

Parme Ceriset, Ama­zone d’Outre-monde, Entre la mort et l’extase, pré­face de Jean Azarel, Tar­mac Edi­tions, 2025, 68 pages, 15,00 €.

Une vision extralu­cide — et quelque peu fan­tas­magorique — d’une ère post-désas­tre qui glace les os : « L’odeur de la pour­ri­t­ure / s’imprègne dans mon sang », écrit encore Parme Ceriset. Véri­ta­ble apoc­a­lypse, au sens éty­mologique du terme, c’est-à-dire au sens d’une révéla­tion, ce livre nous donne avant tout à voir ce que nous ne savons ou ne voulons pas regarder en face — à com­mencer par la plaie béante qui défig­ure notre planète sous les coups d’une folie destruc­trice sans nom : « L’humus souf­fre. / Ses larmes humectent l’herbe sous mes pieds. / On a imprimé des meurtres sur sa peau, / le chien­dent de la cru­auté s’y est enrac­iné. » Il en faut de la force d’âme, du courage intel­lectuel, pour affron­ter et qual­i­fi­er sans faux-sem­blant ce à quoi la plu­part n’osent se con­fron­ter, à savoir la décrépi­tude de notre civil­i­sa­tion et la mal­trai­tance infligée par celle-ci à la nature. Pour se plonger au cœur du monde des signes secrets que nous envoie dés­espéré­ment le réel dans l’espoir qu’un poète les décryptera, se fera le porte-parole de ce qui est sans voix, le porte-voix du silence.

Car Parme Ceriset n’oublie pas qu’en plus d’être poétesse, elle est médecin : « Me rel­e­vant d’un bond / d’entre les corps devenus ombres, / je me penche vers les blessés gisant à mes côtés, / rince leurs plaies à l’eau argileuse, / les panse à la gomme de sapin ». Même de façon métaphorique, on devine là le soin qu’elle s’est vouée à apporter aux maux d’une human­ité en souf­france : « Soign­er les corps et les âmes, / appos­er des mains de chamane / sur les con­gères figeant les êtres / dans les geôles glacées ». C’est ici que s’opère le retourne­ment salu­taire : ce qui sauvera — peut-être — le monde de l’effondrement total, c’est, d’abord, l’attention de cha­cun à l’autre, au réel, la main et les mots ten­dus en un même geste vers ce qui est là, pal­pi­tant sous nos yeux, n’attendant que d’être choyé et nom­mé. Pro­gres­sive­ment, le vis­age du monde que nous donne à con­tem­pler Parme Ceriset au fil des pages en devient plus apaisé, voire radieux, inondé des « lueurs de l’aube », du « halo de joie blanche » qui le baigne une fois dis­sipées les « brumes sépul­crales » de la nuit. Vis­age dont Parme Ceriset ne cesse de déchiffr­er les traits, les effleu­rant de sa paume, les yeux clos, pour mieux en ressen­tir les rides comme le grain de la peau et les bercer de sa voix.

Parme Ceriset sem­ble ain­si tra­vers­er la réal­ité sur la pointe des pieds, à pas de loup, « les sens à l’affût du moin­dre bruit, / du moin­dre mou­ve­ment ». Fine sil­hou­ette avançant « en équili­bre entre deux mon­des », au milieu des ruines et des paysages en fleurs, la « peau déchirée aux ronces des chemins ». « Âme de fauve, corps de coqueli­cot », elle recon­naît ce qu’elle cherche au moment même où elle le trou­ve dans « la clarté vive de la riv­ière » ou « sur la ligne des crêtes ». Son ombre au sol ou sur les murs est cour­bée par les vents de l’existence mais jamais ne s’envole, main­tenue sur la page du monde par la force même de sa démarche poé­tique et les traces d’encre qu’y laisse le sil­lon de ses phras­es. Elle y écrit son nom à la pointe de sa plume, parse­mant ça et là des mots qu’elle « sculpte […] à l’encre de pas­sion » et qui nous mon­trent le chemin, nous guidant « dans les cat­a­combes de notre in-humaine con­di­tion ». Des mots, surtout, qui nous indiquent la marche à suiv­re pour se rap­procher des autres et de soi, afin de nous sen­tir, cha­cune et cha­cun, pro­fondé­ment rat­tachés « à une source intem­porelle, immé­mo­ri­ale, au mys­tère du souf­fle qui unit les êtres ». Oui, l’écriture de Parme Ceriset nous donne une rai­son de con­tin­uer sur la voie du sens et, en cela, nous aide à vivre. La poésie étant pour elle ce qui « ajoute une inten­sité sup­plé­men­taire à l’existence » jusqu’à « l’étincelle mys­tique » (dans l’acception d’un « mys­ti­cisme à l’état sauvage »). Elle qui, inlass­able voyageuse intérieure, « arpente les pier­ri­ers / des Hauts-Plateaux de l’âme / là où le soleil fou brûle tous les Icares  »

Car la poésie de Parme Ceriset est avant tout une dou­ble affir­ma­tion, voire une dou­ble incan­ta­tion. Celle, d’une part, d’écouter le cri de l’âme blessée du monde pour le traduire en chant de con­so­la­tion et de lutte. Celle, d’autre part, de rechercher sans cesse « l’extase », ce sen­ti­ment de pléni­tude que pro­curent la con­tem­pla­tion de la beauté du réel et, par moments, la ren­con­tre amoureuse. Cos­mique et sen­suelle, voire éro­tique (« Enivrée de toi, assoif­fée de ta fougue / je sai­sis ton mât brûlant, bondis, te dévore »), à la fois lyrique et épique, la poésie de Parme Ceriset est ain­si, fon­da­men­tale­ment, « un acte de résis­tance con­tre le non-sens et la mort ». Nous avons bel et bien affaire ici à une poé­tique de la résilience (« Je reviens de la Nuit »), du com­bat « human­iste » pour un monde plus juste où faire « tri­om­pher l’espoir », mais aus­si du désir char­nel comme de la fer­veur mys­tique — « l’état de poésie » étant pour l’auteure cette con­nex­ion intime à l’univers dans « la sen­sa­tion d’un absolu immense et hors d’atteinte ». Cela sans naïveté aucune, tant demeure prég­nante de bout en bout du livre la con­science aiguë de la fragilité de toutes choses (« Le sang, dans mes tem­pes / bat la mesure de l’éphémère ») et du péril sourd des « nappes de pous­sières brunes / qui men­a­cent d’engloutir toute la lumière ».

« Guéris­seuse » des corps guérie par le corps d’un autre, médecin des âmes sauvée par l’âme du monde, « guer­rière » défi­ant la dom­i­na­tion ances­trale des hommes — à la façon des Ama­zones, ces antiques com­bat­tantes scythes men­tion­nées par les Grecs —, poétesse de la soror­ité dénonçant sans relâche le sort des « femmes-gibiers » aux « dos lézardés de blessures », « Aphrodite sere­ine » ayant « l’Amour en équipage », Parme Ceriset nous offre ain­si un véri­ta­ble bain de jou­vence, comme une par­en­thèse sal­va­trice dans le marasme des temps présents, « entre men­ace du gouf­fre / et pul­sion de vie ». On ressent une pro­fonde émo­tion à la lec­ture de ces pages où se joue quelque chose de sacré — au sens pro­fane du terme — comme l’immémorial com­bat du jour et de la nuit, de la vie et de la mort, je n’ose dire du Bien et du Mal tant ce dual­isme manichéen ne rend absol­u­ment pas compte de la sub­tile com­plex­ité de cette poésie ni de l’écriture toute en nuances de l’auteure aux mots « de glace et de feu mêlés ».

Bra­vo aux édi­tions Tar­mac pour la pub­li­ca­tion de ce recueil empreint d’une intense et douce lumière d’outre-ténèbres.

Extraits d’Ama­zone d’Outre-monde, Entre la mort et l’extase de Parme Ceriset :

Je marche nue sur les plages du Temps
drapée dans l’écume rougie de naufragés,
trem­pée de voix dis­soutes, étreintes et souffrances.
Je fends la mer, l’ombre amère,
me mêle aux fan­tômes des noyés
dans la rumeur mugis­sante du ressac.
Je marche libérée de tout carcan,
du sou­venir des peaux glacées,
des yeux enfuis dans des trous noirs.
Je marche en étoile ren­due à l’univers
le soleil dans les mains,
emplie d’une joie nouvelle
à pos­er sur les plaies au détour des chemins
Je marche en Ama­zone chevauchant la tempête
en chamane des mots
et j’apaise les êtres
pour les ren­dre à l’éther
libre des soirs d’été. (p. 42)

***

Nous sommes de la Terre et du souf­fle de vie,
femmes-lumière de tout temps soulevées
par les tem­pêtes et les marées,
debout devant l’infini.
Nous sommes ce qui lutte et renaît,
l’aube radieuse après le gouffre,
l’eau vive sur­gis­sant, indomptable
de la roche où elle fut enfermée.
Nous sommes des nuits ardentes, immémoriales,
Nous sommes des météores et de tous continents,
unies dans une seule chair, un seul sang
s’écoulant de flamme en flamme,
d’être en être. (p. 49)

Présentation de l’auteur

Parme Ceriset

Parme Ceriset née en 1979, est une poétesse, roman­cière et cri­tique lit­téraire française. Récom­pen­sée par plusieurs dis­tinc­tions poé­tiques, dont le prix Marce­line Des­bor­des-Val­­more 2021, elle partage sa vie entre Lyon et le Ver­cors. Ses écrits et son par­cours ont fait l’ob­jet de paru­tions dans divers­es revues, antholo­gies, et arti­cles de presse en France et à l’in­ter­na­tion­al (Bel­gique, Espagne, Canada)

Le site France Greffe Coeur Poumons décrit son roman auto­bi­ographique Le Ser­ment de l’e­spoir (L’Har­mat­tan) comme “un com­bat de chaque instant pour la vie”

Bibliographie

Publications

  • La lib­erté sur les lèvres, Edi­tions Unic­ité, pré­face de Patrick Devaux, 2025, 102 pages, (ISBN/EAN : 978–238638–241–3).
  • Ama­zone d’Outre-monde, Edi­tions Tar­mac, pré­face de Jean Azarel, Nan­cy, 2025, 66pages, (ISBN 979–10–96556–98‑4).
  • Nuit sauvage et ardente, Edi­tions du Cygne, Paris, 2024, 100 pages, (ISBN 978–2‑84924–763‑1).
  • Le Ser­ment de l’e­spoir — Que la vie souf­fle encore demain, France, Paris, Edi­tions L’Har­mat­tan, 2021, 248 pages, (ISBN 978–2‑343–22303‑2).
  • N’ou­blie jamais la saveur de l’aube, France, 2019, 368 pages, (ISBN 9782322090921).
  • L’A­ma­zone Terre, France, édi­tions Stel­la­maris, 2021, 116 pages, (ISBN 978–2368687291).
  • Femme d’eau et d’é­toiles, Bel­gique, édi­tions Bleu d’en­cre, 2021, 148 pages, (ISBN 978–2‑930725–41‑3).
  • Le Souf­fle de l’âme sauvage — Libre comme lou­ve, France, Paris, édi­tions Le Lys bleu, 104 pages, (ISBN 979–1037720627).
  • Toi de brume, France, Paris, édi­tions Le Lys bleu, 172 pages, (ISBN 979–1037741660).
  • Au temps de l’é­ter­nité, France, 2022, 30 pages, (ISBN 978–2322431540).
  • Lou­ve libre — La lou­ve du val, 2022, 30 pages.
  • Lumière sauvage — Aux sources d’é­ter­nité, édi­tions Les Impliqués, 2022, 102 pages.
  • Boire la lumière à la source, Paris, édi­tions du Cygne, col­lec­tion Le Chant du cygne, jan­vi­er 2023, (ISBN 978–2‑84924–727‑3)
  • Flam­beaux de vie, Mon­tréal, édi­tions Pierre Tur­cotte édi­teur, col­lec­tion Mag­ma Poésie, avril 2023, (ISBN 978–2‑92521–966‑8).

Autres publications

  • Antholo­gie Flammes Vives 2021, édi­tions Flammes Vives, Paris, 2021.
  • Antholo­gie inter­na­tionale de la poésie fémi­nine con­tem­po­raine Voix de femmes 2021, édi­tions Plimay.
  • Antholo­gie inter­na­tionale des Mots de Paix et d’E­spérance, édi­tions Oxy­bia, 2022.
  • Antholo­gie inter­na­tionale “Plus de cent fron­tières”, édi­tions “Pourquoi viens-tu si tard ?”, 2023.
  • Antholo­gie inter­na­tionale Voix des îles, édi­tions des îles, juil­let 2021.
  • Antholo­gie Marche, rêve et écris, édi­tions Jacques Fla­ment, 2022.
  • Revue Ver­so 189 d’Alain Wexler
  • Revue d’art Saraswati 16 créée par Sil­vaine Arabo.
  • Revue Trac­­tion-bra­bant numéros 88, 90, 94, 96, 98, 100, de Patrice Maltaverne.
  • Revue Cabaret 38 Les Ital­i­ennes d’Alain Crozier.
  • Revue Tra­ver­sées 98 de Patrice Breno.
  • Revue Bleu d’en­cre 43 de Claude Donnay.
  • Revue Fran­copo­lis.

Poèmes choi­sis

Autres lec­tures

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Stéphane Juranics

Fils d’un immi­gré hon­grois ayant pris part à la Révo­lu­tion de 1956, Stéphane Juran­ics est né en 1969 à Lyon. Il a vécu une par­tie de son enfance à Anna­ba (Algérie). Mar­qué très tôt par l’ex­péri­ence du deuil, il écrit son pre­mier poème à la fin de l’épreuve de math­é­ma­tiques du bac­calau­réat. En 1989, il pub­lie ses pre­miers textes dans les revues Ver­so et Aube Mag­a­zine. Après une licence de Let­tres mod­ernes à l’U­ni­ver­sité Jean-Moulin Lyon 3, il fait paraître un pre­mier recueil en 1991 à La Bar­tavelle édi­teur. En 1993, il reçoit une bourse d’aide à l’écriture de l’AR­ALL (Auvergne-Rhône-Alpes Livre et Lec­ture). En 1999, il fonde avec le poète Georges Has­someris le Col­lec­tif (SIC) avec lequel il organ­ise un cycle de lec­tures au bar Le Phœbus à Lyon (1999–2004) ain­si que le pre­mier Marché de la poésie de Lyon dans le cadre offi­ciel du Print­emps des poètes (2003 et 2004). En 2006, dans le cadre de l’Année de l’Arménie en France, il fait paraître l’anthologie bilingue de poésie arméni­enne con­tem­po­raine Avis de recherche qu’il dirige avec sa com­pagne Olivia Alloy­an et dont il adapte l’intégralité des tra­duc­tions. Depuis 1992, il a réal­isé plusieurs expo­si­tions de ses textes avec des pho­tographes et effec­tué de nom­breuses lec­tures et inter­ven­tions, notam­ment à Lyon, Cler­mont-Fer­rand, Paris et Rot­ter­dam. Out­re ses recueils, il a pub­lié de nom­breux textes en revues ou dans des ouvrages col­lec­tifs — dont des hom­mages à des poètes ou à des artistes. Depuis 2018, Stéphane Juran­ics col­la­bore active­ment à la revue Rumeurs. Prin­ci­pales pub­li­ca­tions : Exis­ter de vivre suivi de Bribes du dehors, pré­face d’Emmanuel Mer­le, La Rumeur libre édi­tions, 2025 (avec le sou­tien de la Région Auvergne-Rhône-Alpes) ; Silence du temps, pré­face de Roger Dex­tre, Édi­tions La Passe du vent, 2020 (avant-dernière sélec­tion du Prix Apol­li­naire 2021) ; La chute libre du jour, pré­face de Thier­ry Renard, Édi­tions La Passe du vent, 2016 (avec le sou­tien de la Région Auvergne-Rhône-Alpes) ; Dans l’écrit du monde, suivi d’un entre­tien avec Thier­ry Renard, Édi­tions La Passe du vent, 2009 ; La veille du noc­turne, La Bar­tavelle édi­teur, 1998 ; La fenêtre sur l’hiver, La Bar­tavelle édi­teur, 1994 ; Une chaise manque à la ter­rasse, La Bar­tavelle édi­teur, 1991 (réédi­tion en 1996). Tra­duc­tion : Avis de recherche, une antholo­gie de la poésie arméni­enne con­tem­po­raine (en col­lab­o­ra­tion avec Olivia Alloy­an pour la direc­tion), Édi­tions Par­en­thès­es, 2006. Site inter­net : http://stephanejuranics.blogspot.com/
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