Insomnie

 

Je déchire l’insomnie de la nuit
comme un texte mal écrit

Mon regard ver­ti­cal
de louve alar­mée
se couche vai­ne­ment
en une plainte ani­male

La lune argen­tée
effrayée
tombe à mes pieds
intacte
sur les mor­ceaux de papier
sur les mots bles­sés

Je dois les soi­gner ou les rava­ler

Et me pen­cher
prendre l’astre déchu
dans mes paumes
en boule de cris­tal
du pas­sé

Enroulée
je me retrouve
dans une longue nuit
de neuf mois
dans le cercle vicieux
d’une autre vie
dans le ventre d’une femme
en dou­leur de nais­sance
peut-être d’existence

Dans l’ambivalence
je roule dans le bal­lon
et la bulle de savon de l’enfance
étour­die mais émer­veillée

 

avant de les voir écla­ter
dans le regard hori­zon­tal des grands

Mes yeux dans les leurs
main­te­nant
à la même hau­teur

 

Comme le temps a pas­sé

Ils me donnent en cadeau d’adolescence

Une montre pour mesu­rer le temps
qui ne m’échappera plus

On me met à l’heure de la mode de pen­ser
de me vêtir et même d’aimer

On m’enferme dans la cage
d’un matra­quage visuel

L’oeil col­lec­tif juge et condamne

On vou­drait que je perde mes yeux
pour voir à tra­vers ceux des autres

Je cherche un oeil reflet
Un oeil miroir

Et place mon visage entre deux mains neuves
Les yeux dans les yeux pour l’amour

J’entre dans les cercles concen­triques
des eupho­ries et des remous

Dans l’envers sombre d’une lumi­neuse réa­li­té 

Les lèvres qui embrassent 
cachent des dents pour mordre

Je tourne fol­le­ment dans le cadran
depuis des années de déni ou de délire
d’identité per­due ou écra­sée

 

De colère ou de sagesse
je casse les aiguilles
et avec elles
je des­sine des rides 
je me maquille en vieille
et tri­cote une petite laine
pour mes joies et mes peines 
Je me replie sur mon nom­bril

dans la cage que je choi­sis
ronde
comme celle dont je suis sor­tie

Et me berce
et répète des comp­tines
pour cal­mer les enfants
pro­je­tés 
comme terre en galaxie
après le pre­mier cri

En mur­mures
en caresses
leur sou­haite 
la bien­ve­nue 
dans la spi­rale exis­ten­tielle
du mys­tère

Que rien ne s’arrête
sur­tout pas l’espoir et la magie