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PINA BAUSCH

Par |2018-11-17T09:54:31+00:00 15 février 2014|Catégories : Blog|

 

« Dansez, dan­sez, sinon nous sommes per­dus »     Pina  Bausch

 

Pina Bausch
Danse avec les yeux
Elle regarde

Même les yeux clos
Elle voit

On sent l’appui léger
De son regard

On sait que c’est là
Que com­mence
La danse

On com­prend :
Le bleu n’est pas une
Couleur froide

Qui brûle
Sans brû­lure ni cendre

La mer
N’est la mer que sous
La vague

Le reste
Bruits d’écume
Sur des gestes de noyé

Le ciel et la mer
Sont de même cou­leur

L’horizon
N’a jamais de fron­tière

Pas plus que la mort ne
Sépare l’âme et
Le corps

L’âme et la chair
Dansent sous l’unique
Paupière  

Pina Bausch
Commence où se retire
Le regard

On com­prend
Qu’elle veut se joindre
A l’universelle

Cécité 
Pour com­men­cer
Où tâtonne le Sensible

Comme danse
L’éphémère sans poids
Ni attaches

Indifférente
Au côté du vent
Qui emporte son désir

Mais jamais à la claire
Lumière où elle
Mourra

Comme l’aigle de face
Quand le soleil
Aveugle 

Pina Bausch
Danse d’abord avec la
Paume

La carte muette
Des lignes à ciel ouvert

L’élégant cou de cygne
De son poi­gnet à
La ren­verse

Le roseau d’un geste
Sur l’ombre courbe
De l’horizon

Avec ses doigts
Le long de l’amiante
Echevelée

D’éruptions solaires
Cherchant 
Les aurores boréales

Et l’étoile filante
Du désordre d’aimer

Avec l’ombre
Du catal­pa à l’empan
Large de sa main

La longue
Palme blanche du bras
Ramenée  

Sur sa poi­trine osseuse
Et nue de bré­chet
Neigeux

Sur les pétales
D’un souffle accas­tillé
De magno­lias 

Qu’emporte la brume
Blême et l’haleine
Sous le poids

De la rosée du silence

Et la charge 
Des beau­tés qu’on ne
Peut rete­nir

Pina Bausch danse avec
Son buste

Lettrine 
Portail  d’église
Clé de voûte des ogives

Du chœur
Où elle entraîne et nous
Et sa troupe

Café Müller
Où les chaises du monde
Sont bous­cu­lées

Car qui est-elle
Qui marche ain­si au bord
Du vide

Car qui est-elle
Qui désha­bille la soli­tude
Du désir

Car qui est-elle
Qui danse ce que nous
L’homme

Et la femme
Avons de plus fra­gile et
Qui fait fuir

Et reve­nir
Et trem­bler deve­nir fou
Et connaître

Parce que tou­cher déjà
Est de l’amour  
Et dan­ser

Un exor­cisme
Et l’envoûtement
Pour n’être pas dis­sous

Se perdre
Après l’apocalypse
De la pudique approche

Ce der­nier soleil il péri­ra
Disent l’inca
Gomara puis Montaigne

Lévi-Strauss :
On a dépas­sé le point de
Non retour

Sixième des­truc­tion
Du monde bleu mais pas
De la vie

Pina Bausch
Danse la panique divine
Du corps

Comme un temple 
Quand tremble la roche
Qui le fonde

Comme un couple
Sous l’orgasme ago­niste
De la foudre

Pina Bausch
Danse avec un bas­sin de
Chair où bougent

Se nouent
Virent réap­pa­raissent
Se montrent les bre­lans

Sous la glauque
Profondeur inter­dite des
Bancs de pois­sons

Du désir
Et les monstres inédits
De la soli­tude

A l’amère res­sem­blance 
Des grands fonds
De corail mort

Avec l’espace aux astres 
Eteints

Pina Bausch
Peut dan­ser un tableau

Que les cimaises
De la beau­té tiennent
Accroché au ciel

Tant il est vrai
Tout bouge on ne sait
Pas où mettre

Les pieds
Lancer dans l’espace
Son corps

Faire face aux murs
Qui cernent l’air

Au poids qui pèse sur
Les sur­faces de
La peau

Au temps qui s’use en
Durant

Pina Bausch
Peut dan­ser immo­bile
Et mon­trer

Ce qui danse
Et consti­tue la matière
Des pou­pées russes de
L’univers

La marche conte­nue
Dans la chute

Et les bonds
Les sauts de cabri du
Désir

Qui ne
Peut res­ter tel sans
Retomber

Dans l’ordre violent

Dans la pos­ture
Où Pina Bausch attend
Le pas­sage

Des comètes de l’amour

L’obstiné goutte à goutte
De la beau­té

Qui per­ce­ra l’acier le plus
Dur de l’âme
 

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