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Place de la Sorbonne n° 6

Par |2018-11-12T23:48:54+00:00 23 septembre 2016|Catégories : Revue des revues|

 

 

            Place de la Sorbonne change d'éditeur : les Éditions du Relief sont rem­pla­cées par les Presses de l'Université Paris-Sorbonne. Mais la revue reste la même : pré­sen­ta­tion sem­blable, pério­di­ci­té annuelle et archi­tec­ture géné­rale inchan­gée ; les rubriques sont iden­tiques : l'invité et l'entretien, celle des poètes contem­po­rains de langue fran­çaise, celle des poètes du monde, contre­points, vis-à-vis, échos, de l'autre côté du miroir et compte-ren­dus/­livres reçus… Un  index des 6 numé­ros parus (très utile pour les cher­cheurs) com­plète cette fois-ci la livrai­son…

            L'invité et l'entretien montrent bien le rôle jouée par l'Université dans la défense et l'illustration de la poé­sie. Rôle qui est loin d'être négli­geable : Michel Murat, qui n'est pas poète (et qui n'a donc nulle école à défendre !) parle très libre­ment : "Rendre hom­mage à un maître, et contri­buer à une his­toire de la poé­sie fran­çaise dans cette période d'après les avant-gardes : je crois que c'est ce que nous pou­vons faire de mieux" (p 17). Il y a tou­jours quelque  chose à apprendre dans une telle démarche et le temps fera son affaire, à tort ou à rai­son… Diversité des écri­tures des poètes fran­co­phones : telle est la carac­té­ris­tique du dos­sier Poésie fran­çaise. Tout est inté­res­sant depuis le jour­nal de bord de Jacques Demarcq (poé­sie nar­ra­tive ce qui n'empêche pas les aspects savants -dont les réfé­rences au son­net- qu'analyse excel­lem­ment CF [Catherine Fromilhague ?] dans sa notice, pp 75-78) jusqu'à la voix sin­gu­lière de Pierre Dhainaut qui, par­lant de choses intimes, parle aus­si du lec­teur et nous fait adhé­rer plei­ne­ment à ses poèmes : une démarche entre doute et confiance… J'ai par­ti­cu­liè­re­ment aimé la poé­sie d'Emmanuelle Sordet pour sa dénon­cia­tion des crimes com­mis en Syrie, rap­pe­lant l'hypocrisie des puis­sances occi­den­tales qui, il n'y a pas si long­temps, trou­vaient fré­quen­table le régime de Damas… Il faut encore noter la grande atten­tion por­tée à la poé­sie fran­co­phone du monde   et la pré­sence mas­sive des uni­ver­si­taires dans ce choix.

            La rubrique Langues du monde per­met de décou­vrir des poètes dans leurs langues d'origine (espa­gnol, alle­mand, slo­vène) et en tra­duc­tion fran­çaise grâce au tra­vail des meilleurs spé­cia­listes du moment (je pense en par­ti­cu­lier à Max Alhau en ce qui concerne la langue espa­gnole). Les notes sur la tra­duc­tion de Christian Prigent sont du plus grand inté­rêt et mettent en évi­dence la dif­fi­cul­té de tra­duire. Une large place est faite à l'avant-garde, une atten­tion de tous les ins­tants au lan­gage, au cou­rant des pen­sées et des asso­cia­tions, à la moder­ni­té (une moder­ni­té par­fois emprun­tée à d'autres domaines que la poé­sie) ; on appré­cie­ra ou on détes­te­ra ! Surtout que l'on se perd par­fois dans les dif­fé­rences  sibyl­lines entre moder­ni­té (dans tous les sens du terme) et post­mo­der­nisme…

            Le dos­sier Contrepoints fait dia­lo­guer le pho­to­graphe Yves Muller (qui prend des cli­chés de livres ou d'archives à l'état brut) et Christiane Herth qui l'interroge, le poète James Sacré et le peintre Mustapha Belkouch. Analysant une toile de Belkouch (repro­duite) Sacré donne à lire des poèmes (11 en prose et 3 en vers libres) qui pro­cèdent par approxi­ma­tions suc­ces­sives, une façon ori­gi­nale de revi­si­ter la cri­tique d'art ; il faut signa­ler que la notice (pp 87-89) de Laurent Fourcaut (le rédac­teur en chef de Place de la Sorbonne) met bien en évi­dence la façon de faire de James Sacré…  La par­tie Bouts rimés montre des membres du Comité de rédac­tion de la revue s'essayer au son­net à par­tir de rimes impo­sées. C'est à la fois sérieux (le rôle de la contrainte) et amu­sant (car par­fois le son­net est irré­gu­lier : dis­po­si­tion tro­phique, vers non comp­tés, rimes…).

            Le reste de la revue (une cen­taine de pages !), avec ses rubriques variées, met en lumière la vie et la diver­si­té de la poé­sie. Poèmes et com­men­taires s'éclairent mutuel­le­ment  (ain­si avec Yves Broussard et Joëlle Gardes). Il ne s'agit pas d'en finir avec la vieille­rie poé­tique (du pas­sé faire table rase) mais bien d'éclairer la poé­sie plus ou moins ancienne du savoir théo­rique contem­po­rain (cf Irène Gayraud, pp 217-227). Cependant, dia­lec­ti­que­ment, PLS, n'ignore pas la moder­ni­té de la forme poé­sie. Alain Frontier (le fon­da­teur de la revue Tartalacrème) donne avec La Mer d'Iroise un texte qui amène le lec­teur à réflé­chir au sta­tut de tout texte : comme l'écrit si bien Laurent Fourcaut, La Mer d'Iroise est "un texte […] émi­nem­ment, quoique indi­rec­te­ment, poé­tique parce qu'il a pour objet, non pas le réel, mais la lit­té­ra­ture, étant un texte entiè­re­ment au second degré, qui réécrit, est-on ten­té d'ajouter, sans avoir l'air d'y tou­cher, toute lit­té­ra­ture pos­sible". Dont acte… La rubrique De l'autre côté du miroir rap­pelle oppor­tu­né­ment que, si les poètes sont mor­tels, les poèmes res­tent. Lisons-les ou écou­tons-les avant qu'il ne soit trop tard. Les hom­mages ren­dus aux poètes dis­pa­rus éclairent sin­gu­liè­re­ment leurs écri­tures res­pec­tives et ce n'est pas rien, PLS se conten­tant de don­ner à lire les dits hom­mages. Les comptes-ren­dus concernent 17 livres reçus (ou auteurs réper­to­riés) dont les notes sont dues, pour 12 d'entre eux, à Laurent Fourcaut dont il faut signa­ler le tra­vail très fouillé. Certaines d'entre elles font écho aux poèmes publiés par ailleurs dans la revue…

Place de la Sorbonne est deve­nue au fil du temps une revue indis­pen­sable.

 

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