> Poésie du Québec : Donald Alarie, Marcher dans ses pas

Poésie du Québec : Donald Alarie, Marcher dans ses pas

Par |2018-09-28T05:24:15+00:00 4 septembre 2018|Catégories : Donald Alarie, Essais & Chroniques|

 

                         à M.

 

1-

 

nos ren­contres autom­nales
dans un café
au nom très cha­leu­reux
étaient deve­nues un mode de vie
une façon d’être pré­sents dans la ville                                

de nos tendres col­loques
ne naî­trait pas un nou­veau monde
mais pour toi et moi
se des­si­nait peu à peu
un che­min plus har­mo­nieux
pour tra­ver­ser l’existence

 

la Terre ne s’en trou­vait
pas moins cra­que­lée
par la borde des mal­heurs quo­ti­diens

mais nous avions désor­mais le sen­ti­ment
que nos jour­nées et nos nuits
nous appar­te­naient
de manière plus évi­dente

 

 

2-

 

j’avais oublié
le pou­voir de mes mains

je sais main­te­nant
qu’elles ont des yeux
pour voir
même dans le noir

 

je sais main­te­nant
qu’elles peuvent for­mer des lettres
un alpha­bet de ten­dresse
leur est fami­lier

et ton corps le sait aus­si
dès qu’elles lui chu­chotent des secrets
du bout des doigts

mes mains
plus pré­cieuses que jamais

je ne pour­rais pas vivre sans elles
ni vivre sans toi

 

3-

 

les soirs de désar­roi
je me voyais vieillis­sant
comme un che­val épui­sé
par de trop mau­vais par­cours

je me voyais tré­bu­cher
dans mes gestes mal­adroits

je me voyais éga­ré
comme un homme sans but
déta­ché de lui-même

tout cela était faux

tu me l’as dit

 

4-

 

sur une feuille
les noms des gens
qui illu­minent ma vie        

le tien y est appa­ru
un jour froid de novembre

tous les matins
je les arrose
comme des fleurs très rares

et le soir je res­pire le par­fum
qui s’en dégage
avant d’entrer dans le som­meil

cer­tains noms sont deve­nus
des pierres pré­cieuses
qui ne risquent pas de s’envoler
comme les oiseaux trop fri­voles

on m’envie sans doute
ce jar­din de pierres et de fleurs

 

5-

 

avec les mêmes mots
ou presque
par­ve­nir à dire
quelque chose de neuf
pour saluer
le jour qui com­mence

ne pas fuir le bon­heur
de peur qu’il devienne
trop intense 
le cares­ser         l’amadouer
le prendre par la main
lui par­ler dou­ce­ment

et mar­cher dans ses pas

 

 

 

 

 

 

 

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