> Regard sur la poésie Native American : Allison Hedge Coke

Regard sur la poésie Native American : Allison Hedge Coke

Par |2018-10-17T13:54:58+00:00 1 mai 2017|Catégories : Essais & Chroniques|

 

 
En 2007, sous le titre Blood Run, sor­tait un recueil de poèmes qui don­nait la parole aux Indiens d’Amérique du nord ayant appar­te­nu à la civi­li­sa­tion des « Mound-buil­ders ». Plus sur­pre­nant les ouvrages de terre façon­nés par les Indiens pen­dant trois mil­lé­naires, pre­naient eux-mêmes la parole dans ce livre remar­qué écrit par Allison Hedge Coke. Le site loca­li­sé sur l’actuelle fron­tière entre l’état d’Iowa et celui du Dakota du sud a été en par­tie détruit en 1930 pour en faire des talus et du bal­last afin de faire pas­ser une ligne de che­min de fer. Blood Run, trai­née rouge,  parce que la terre à cet endroit contient de l’oxyde de fer, donc de la rouille, qui prend la cou­leur du sang. Ce Mound était l’équivalent du fameux Serpent Mound situé en Ohio et selon la des­crip­tion de voya­geurs Français qui com­mer­çaient dans la région au 18ième siècle, était un com­plexe de 480 mounds construits par les ancêtres des Indiens Omahas, Osages, Iowas, Kansas, Missouris, Otoes, (encore connus sous le nom de culture Oneota.) Cette suite de poèmes, nar­ra­tifs et de « per­so­na poems », res­sus­citent lit­té­rai­re­ment ce qui a été détruit (il ne reste que 78 mounds à l’heure actuelle). Mieux, le livre a per­mis qu’en 2003 le site soit ache­té et trans­for­mé en parc d’état, et ain­si pro­té­gé de futures ten­ta­tives de des­truc­tion. Allison Hedge Coke est une poète, per­for­meuse, écri­vain toute entière enga­gée dans son action pour les peuples indiens et dans sa mis­sion édu­ca­tive. Passionnée elle met en scène et pré­sente tous les aspects de la culture et de la socié­té dans ses œuvres. Les pro­blèmes liés aux classes, au tra­vail, les droits de l’homme, les droits des indi­gènes, l’environnement, les sys­tèmes d’oppression, les pro­blèmes de loge­ments et de sans abri, la vio­lence et les abus, les consé­quences de la fra­gi­li­té men­tale, sani­taire, éco­no­mique des parents sur les jeunes et les ado­les­cents, la vali­di­té comme la véra­ci­té des faits his­to­riques et leurs récits, les pro­blèmes liés aux conflits et à la paix, les ten­ta­tives de gué­ri­son après des années de trau­ma­tismes subis, elle borde le sacré et les capa­ci­tés trans­for­ma­tives du lan­gage.

Construit avec les chiffres trois, quatre et sept qui sont les chiffres sacrés et de pré­di­lec­tion des Indiens d’Amérique du nord, le recueil ima­gi­né par Allison Hedge Coke repro­duit et met à l’honneur les savoirs ances­traux qui valaient dans la démarche d’édification de ces ouvrages. Elle évoque les tech­no­lo­gies néces­saires pour bâtir les mounds. En cela l’auteure écrit non seule­ment « sur le sol » comme les tumu­lus le fai­saient mais aus­si, grâce et par le sol lui-même. En même temps elle se fait le témoin mili­tant d’une ten­ta­tive his­to­rique d’effacement et de des­truc­tion, comme si tout ce qui est encore indien en Amérique, devait dis­pa­raître selon la tra­di­tion de la logique colo­niale et les poli­tiques  jusqu’ici menées en Amérique du nord vis-à-vis des popu­la­tions dites « indi­gènes ».

 Allison Hedge Coke, d’héritage Huron, Métis et Cherokee,  est poète, per­for­meuse, mili­tante, ensei­gnante. Elle a par­ti­ci­pé à nombre de fes­ti­vals inter­na­tio­naux comme le Festival International de poé­sie de Rosario (Argentine, 2007); le Festival Mondial de la poé­sie au Venezuela (Caracas, Maturin, Tucupita, 2006); le Festival International de poé­sie de Medellin (Colombie, 2005, 2007). Elle dit que son tra­vail est influen­cé par des conver­sa­tions autour de la musique, de la lit­té­ra­ture et des arts qui saturent sa conscience de telle sorte que son écri­ture puisse répondre de façon signi­fi­ca­tive à quelque chose dont elle a été le témoin, et qui se trans­forme en paroles. Elle a dès l’âge de 13-14 ans, exer­cé des petits bou­lots de cais­sière, de ser­veuse, d’aide agri­cole pour les récoltes dans les champs. Son enfance vécue en Caroline du nord  puis au Canada et enfin dans les grandes plaines, a été mar­quée par la schi­zo­phré­nie de sa mère, par les mau­vais trai­te­ments, par la drogue et l’alcool, pour­tant elle a gar­dé son sens de l’émerveillement et conser­vé l’élan de se sor­tir des situa­tions qui en auraient bri­sé d’autres. 

 Dans des entre­tiens, Allison a décla­ré que Quincy Troupe a influen­cé son tra­vail de créa­tion. C’est un homme qui a col­la­bo­ré avec les musi­ciens, les écri­vains, les artistes et avec qui­conque avait quelque chose à dire et à par­ta­ger. Lui et son épouse, tous les deux artistes,  accueillent dans leur propre demeure des évé­ne­ments artis­tiques, et cela lui semble une forme de modèle et d’inspiration. Quincy Troupe fait aus­si office de figure de « wan­de­ring poet », poète nomade, tou­jours en voyage, en mou­ve­ment, je cite : « in his artis­tic move­ment through the world, it is more than adven­ture, it is fami­lia­ri­zing us with each entry, giving us an emic belon­gin­gness in the satu­ra­tion of bein­gness Troupe deli­vers. This is a phe­no­me­nal col­lec­tion of poems, assem­bled to qua­li­fy a sense of rea­ding that enter­tains in the stron­gest sense of the word, that mira­cu­lous atten­tion, consi­de­ra­tion, pro­vi­sion of nou­rish­ment we need to sus­tain and employ our own senses, to expe­rience along­side the poet and wan­de­rer. This is a pur­po­se­ful offe­ring, with inten­tio­na­li­ty strea­ming us from place to place and secu­ring each foo­thold. It is a dream­scape of rea­li­ty a rea­der can dance within and per­form along­side.” C’est à dire que Quincy Troupe délivre par le sen­ti­ment d’appartenance, la sen­sa­tion d’une satu­ra­tion du mode d’être. Que ses poèmes ras­sem­blés offrent au lec­teur de suivre un cou­rant de lieu en lieu, et que cela pro­cure une sécu­ri­té à sa marche de telle sorte que cette réa­li­té appa­rue dans le pay­sage du rêve fait « dan­ser » le lec­teur qui accom­pagne l’auteur tout au long de son voyage. Voilà ce qui repré­sente pour Allison Hedge Coke, un but à atteindre. Elle espère pou­voir offrir un sen­ti­ment équi­valent au lec­teur par le biais de sa propre poé­sie car à ses débuts, c’est ce qui lui a fait s’accrocher à la poé­sie, ce pour quoi elle se sent recon­nais­sante.

 

Voici un échan­tillon de textes repro­duits et tra­duits avec l’aimable auto­ri­sa­tion des édi­tions Coffee House Press et de l’auteure :

 

HARP STRINGS

Sweet rain on old growth sweeps past in fan­ning sheets,
this mor­ning each veil brings joy, like someone strum­ming
mist relea­sing song, fal­ling to branch above hum­ming­bird
dashing in, out, grab­bing nec­tar in the wet, wet, music.
Dashing in, out, grab­bing nec­tar in the wet, wet, music.
Mist relea­sing song, fal­ling to branch above hum­ming­bird
this mor­ning, each veil brings joy, like someone strum­ming.
Sweet rain on old growth sweeps past in fan­ning sheets.

 

CORDES DE HARPE

Douce pluie en dra­pés ven­teux sur une vieille pousse pleure le pas­sé,
ce matin chaque voile apporte la joie, pareil à qui gratte
le cra­chin en libé­rant une chan­son, tombe sur une branche au-des­sus l’oiseau mouche
s’élance dedans, dehors, sai­sit le nec­tar dans l’humide, humide, musique.
Se lan­çant dedans, dehors, sai­sit le nec­tar dans l’humide, humide, musique.
Le cra­chin libère une chan­son, tombe sur une branche au-des­sus de l’oiseau mouche
ce matin chaque voile apporte la joie, pareil à qui gratte.
Douce pluie en dra­pés ven­teux sur une vieille pousse pleure le pas­sé

 

°°°°°°

 

WE WERE IN A WORLD

We were in a world, in a world, in a world. Sure, we had our glyphs, but we were
pro­vi­den­tial. Once, some alpha­bet belie­vers, glass pur­veyors, Ursus Arctos killers, sent
all bai­li­wick on cur­sed course far fas­ter gyra­tion backs­pin, bir­ling intrin­sic angu­lar
momen­tum — boson melts. Spinning, it caree­ned away ice­berg, ice­berg, ice­berg ;
gla­cier bra­ced time tra­ced yes­ter­day unsha­kable base — all below flu­shed allu­vion
tor­rent, Niagara pour, spe­cial spate, flux, flow, until their coas­tal cita­dels mol­de­red
from cyclone, tsu­na­mi, hur­ri­cane gale. Tornadoes tos­sed turf whe­re­ver they plea­sed.
Eruptions mol­ded Her back into some­thing She dee­med wor­thy. Not to men­tion quakes.
And the people, the people, the People, pushed into cata­clysm, a few gene­ra­tions from
alpha­bet book impo­sed cate­chism, soon were cala­mi­ty tra­ge­dy storm splin­ters,
frag­men­ted par­ticles of real past, in a world gone away from ora­to­ry, song,
ora­li­te­ra­tures, ora­tions into gyra­tions ree­ling. Soon hot, hot, hot, hot, hot, hot, hot,
hot, hot. Hot, dying man­groves, disap­pea­ring Waimea Bay, Dengue fever, but­ter­fly
range shift, mea­dow gone forest, desert sprung savan­nah, cari­bou, black guille­mot,
bats, frogs, snails — gone. What will Sandhill Cranes crave ? Winged lay ear­ly. Reefs
bleach. Rain, rain, rain, rain, rain, rain, rain, snow, snow, snow, fires fla­ming fier­ce­ly,
fas­ci­na­ted in their own reflec­ting glare. Marmots rise ear­ly. Mosquitoes endure lon­ger,
las­ting biting sprea­ding West Nile. Polar bears quit bea­ring. Robins, swal­lows, enter
Inuit life. Thunder finds Inupiat. Here, it is said, glyphs left rock wall, stone plates,
bark, branch, leapt ani­ma­ted into being, shook shoul­ders, straigh­te­ned sto­ry, lif­ted
world upon their wing bone, soa­red into Night, to place World back into socket eased
sky — stil­led us. Some say the soup lef­to­ver was wor­ded with deco­lo­ni­zed lan­guage.
Some say the taste lin­gers even now.

 

NOUS ETIONS DANS UN MONDE

Nous étions dans un monde, dans un monde, dans un monde. Bien sûr nous avions nos glyphes, mais nous étions pro­vi­den­tiels. Une fois, quelques croyants en l’alphabet, pour­voyeurs de verre, tueurs d’Ursus Arctos*, envoyèrent tout le pate­lin pour une course mau­dite loin plus vite gira­tion sens contraire, élan tour­billon angu­laire chao­tique intrin­sèque — un boson fond. Tournant, cela fait tan­guer plus loin un ice­berg, ice­berg, ice­berg ; gla­cier affron­ta le temps tra­ça hier une base inébran­lable — tout en des­sous un tor­rent d’alluvion déva­lait, chute du Niagara, un déluge spé­cial, flux, cou­rant, jusqu’à ce que leurs cita­delles côtières façon­nées par le cyclone, tsu­na­mi, oura­gan tem­pé­tueux. Les tor­nades jetaient de la tourbe par­tout où ça leur chan­tait. Les érup­tions façon­naient Son dos en quelque chose qu’Elle esti­mait valoir la peine. Sans par­ler des trem­ble­ments. Et les gens, les gens, le Peuple, pré­ci­pi­tés dans le cata­clysme, à dis­tance de quelques géné­ra­tions quand le livre alpha­bet impo­sa le caté­chisme, bien­tôt vinrent cala­mi­té tra­gé­die des éclats de tem­pête, par­ti­cules frag­men­tées du pas­sé réel, dans un monde éloi­gné de l’oralité, chan­son, lit­té­ra­tures orales, dis­cours dévi­dés en gira­tions. Bientôt chaud, chaud, chaud, chaud, chaud, chaud, chaud, chaud, chaud. Chaudes, les man­groves mou­rantes, Waimea Bay dis­pa­rais­sait, la fièvre dengue, l’éventail des espèces de papillons change, pré deve­nu forêt, savane jaillie du désert, cari­bou, guille­mot noir, chauves-sou­ris, gre­nouilles, escar­gots — par­tis. Qu’imploreront les grues du cana­da ? Les ailés pondent tôt. Les récifs se déco­lorent. Pluie, pluie, pluie, pluie, pluie, pluie, pluie, neige, neige, neige, feux flam­bant féro­ce­ment, fas­ci­nés de leur propre brillance. Les mar­mottes se dressent-lèvent tôt. Les mous­tiques sont plus résis­tants, qui durent piquent se répandent à l’ouest du Nil. Les ours polaires cessent de por­ter (pro­créer). Les rouges-gorges, hiron­delles, entrent dans la vie Inuit. Le ton­nerre trouve le ter­ri­toire inuit. Ici il est dit que des glyphes ont quit­té la falaise rocheuse, les assiettes de pierre, l’écorce, branche, bon­dirent ani­més en deve­nant êtres, secouent les épaules, redressent les his­toires, haus­sèrent le monde sur l’os de leur aile, grim­pèrent en flèche dans Nuit, pour repla­cer Monde dans une  douille de ciel aidé-faci­li­té — nous immo­bi­li­sa. Certains disent que le reste de soupe fut mis en mots grâce au lan­gage déco­lo­ni­sé. Certains disent que le goût s’y attarde encore main­te­nant. 

 

*Ursus Arctos est l’ours brun (N.d.T)

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AMERICA, I SING YOU BACK

       for Phil Young and my father Robert Hedge Coke
       for Whitman and Hughes

 

America, I sing back. Sing back what sung you in.
Sing back the moment you che­ri­shed breath.
Sing you home into your­self and back to rea­son.

Before America began to sing, I sung her to sleep,
held her crad­le­board, wept her into day.
My song gave her crea­tion, pre­pa­red her deli­ve­ry,
held her seve­red cord beau­ti­ful­ly bea­ded.

My song hel­ped her stand, held her hand for first steps,
nou­ri­shed her very being, fed her, pla­ced her three sis­ters strong.
My song com­for­ted her as she bat­tled my rea­son
broke my long-held foo­ting sure, as any child might do.

As she pushed her­self away, for­ced me to remove myself,
as I cried this coun­try, my song grew roses in each tear’s fall.

My blood-vei­ned rivers, pain­ted pipes­tone quar­ries
cir­cled canyons, while she made her­self mai­den fine.

But here I am, here I am, here I remain high on each and eve­ry peak,
care­ful­ly rum­bling her great under­bel­ly, pre­pa­red to pour forth sin­ging—

and sing again I will, as I have always done.
Never silen­ced unless in the com­pa­ny of stran­gers, sin­ging

the stoic face, polite repose, polite while dan­cing deep inside, polite
Mother of her world. Sister of myself.

When my song sings aloud again. When I call her back to cradle.
Call her to peer into waters, to behold her­self in dark and light,
day and night, call her to sing along, call her to mature, to envi­sion—
then, she will quake her­self over. My song will make it so.

When she grows far past her self-consi­de­red pur­pose,
I will sing her back, sing her back. I will sing. Oh I will — I do.
America, I sing back. Sing back what sung you in.

 

AMERIQUE, JE TE CHANTE A MON TOUR

        pour Phil Young et mon père Robert Hedge Coke ;
        pour Whitman et Hughes

 

Amérique, je te chante à mon tour. Chante en réponse à ce qui te chan­tait dedans.
Chante et te rends le moment quand tu ché­ris­sais le souffle.
Chante chez toi en toi-même et reve­nue à la rai­son.

Avant que l’Amérique ne com­mence à chan­ter, j’ai chan­té pour qu’elle dorme,
je tenais son ber­ceau, la pleu­rait pour qu’elle devienne jour.
Mon chant lui don­na la créa­tion, pré­pa­ra sa déli­vrance,
je tins son cor­don cou­pé joli­ment per­lé. 

Mon chant l’aida à se tenir debout, lui tint la main pour ses pre­miers pas,
nour­rit vrai­ment son être, ins­tal­la ses trois sœurs soli­de­ment.
Mon chant la conso­la alors qu’elle se bat­tait avec ma rai­son
cas­sa mon pas depuis long­temps assu­ré, comme tout enfant le ferait. 

Pendant qu’elle s’élançait, elle me for­ça à m’écarter,
comme je pleu­rais ce pays, je fis pous­ser des roses dans chaque larme tom­bée.

Mes rivières sang-vei­nées, mes car­rières de cat­li­nite peintes
encer­claient des canyons, pen­dant qu’elle se fai­sait belle jeune-fille.

Mais ici je suis, ici je suis, ici je reste haut per­ché sur chaque pic,
je gar­gouille avec pré­cau­tion son grand bas-ventre, pré­pa­ré à ver­ser en chan­tant—

et je chan­te­rai encore, comme je l’ai tou­jours fait.
Jamais silen­cieuse sauf en la com­pa­gnie d’étrangers, je chante

le visage stoïque, repos poli, poli pen­dant que dan­sant pro­fond au-dedans, polie
Mère de son monde. Ma propre Sœur.

Quand je chante à voix haute de nou­veau. Quand je l’appelle à reve­nir au ber­ceau.
L’appelle à scru­ter les eaux à s’observer dans le noir et dans la lumière,
jour et nuit, l’appelle pour chan­ter avec moi, l’appelle à mûrir, à pré­voir—
ensuite elle se secoue­ra. Mon chant aura ce résul­tat.

Quand elle aura gran­di vite bien au-delà de son propre but,
je chan­te­rai pour qu’elle revienne, chan­te­rai pour son retour, je chan­te­rai. Oh je le ferai.
Amérique, je te chante à mon tour. Chante en réponse à ce qui te chan­tait dedans.

·

L’allusion aux trois sœurs vient des mythes Indiens : Maïs, Haricot et Courge, qui sont non seule­ment les bases de l’alimentation mais aus­si une tech­nique de culture asso­ciant les trois varié­tés pour le béné­fice de cha­cune. (N.dT.)

·      pipes­tone, cat­li­nite : sorte de roche argi­leuse dure aux teintes rouges que l’on peut creu­ser et sculp­ter, uti­li­sée par les Indiens qui consi­dé­raient la roche et les endroits où on la trou­vait, comme sacrés. Les pipes et calu­mets étaient sou­vent façon­nés  dans cette pierre.

 

 

 Tout le monde aura recon­nu dans le der­nier poème une allu­sion à  Langston Hughes et son « I too Sing America », écrit à la suite de Walt Whitman, auteur célèbre de « Song of Myself », et sur­tout  de  « I Hear America Singing ». La réponse que fait Allison Hedge Coke, oppose à Whitman et son enthou­siasme pour son pays tout neuf en train de se « construire » un fort sens de l’identité indienne ancrée dans les tra­di­tions orales qui font du chant et de la danse l’une de leurs majeures mani­fes­ta­tions. Elle oppose au sens patrio­tique de Hughes, sa fier­té d’appartenir aux pre­mières nations qui ont occu­pé, habi­té, pris soin du ter­ri­toire d’une toute autre façon que les nou­veaux venus effa­çant les pay­sages ances­traux au nom du pro­grès et de la civi­li­sa­tion. Pas ques­tion d’oublier qu’avant toute chose, l’Amérique est indienne, sa « mère », celle qui lui a don­né nais­sance, c’est la réa­li­té his­to­rique et spi­ri­tuelle indienne. Indienne, l’Amérique l’a été pen­dant des mil­lé­naires, on ne peut rien contre cette réa­li­té-là. La terre elle-même un jour s’en sou­vien­dra, il lui fau­dra retour­ner vers ses ori­gines et reprendre racine dans une iden­ti­té indienne, sans quoi elle est per­due. En même temps ce poème se veut aus­si un chant de par­don et de récon­ci­lia­tion : l’Amérique en enfant rebelle s’égare mais comme le fils pro­digue, elle revien­dra vers ses parents, se recon­nec­te­ra à la nature. Ce der­nier poème espère, essaie de relier pas­sé et pré­sent, de telle sorte que les Indiens, pre­miers habi­tants et « parents » ne soient plus ni chas­sés ni mena­cés d’extinction sur leurs propres ter­ri­toires, que les « enfants » s’assagissent, recon­naissent les ver­tus, l’amour dont est capable l’Amérique Indienne, ce qui per­met­tra que tous vivent en har­mo­nie désor­mais. On ne pour­rait pas sou­hai­ter autre chose, on ne pour­rait pas espé­rer mieux, l’histoire et le pas­sé sont ce qu’ils sont mais le pré­sent pré­pa­rant l’avenir, alors la sagesse serait en effet de faire au mieux dans un esprit de tolé­rance et d’ouverture, de com­pré­hen­sion, de bien­veillance. C’est quand les Indiens eux-mêmes nous conduisent à de telles conclu­sions que l’on com­prend leur incroyable capa­ci­té de rési­lience et leur incroyable force de sur­vie. 

 

 

 

 

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