> Revue Alsacienne de Littérature n° 123, “Jeux”

Revue Alsacienne de Littérature n° 123, “Jeux”

Par | 2018-05-28T07:07:46+00:00 15 décembre 2015|Catégories : Revue des revues|

 

 

            L'Alsace compte trois langues : le fran­çais, l'allemand et l'alsacien (la langue régio­nale majo­ri­taire, proche de l'alémanique). La Revue Alsacienne de Littérature publie des textes rédi­gés dans les trois langues : c'est là son inté­rêt prin­ci­pal, pour dire les choses abrup­te­ment.

            La pre­mière par­tie est consa­crée à la cathé­drale de Strasbourg dont on fête en 2015 le mil­lé­naire. Si la pré­face de l'évêque JP Grallet, reprise de l'ouvrage La Cathédrale Notre-Dame de Strasbourg /​ 1000 ans de Parole n'apprend rien de nou­veau (la cathé­drale comme moyen de "sup­pléer l'ignorance de l'écriture et de la lec­ture du plus grand nombre" – d'où cette expres­sion du titre, 1000 ans de Parole, dont on remar­que­ra le P majus­cule…), cer­tains des poèmes ont de quoi sur­prendre le lec­teur : celui de Jean Arp et celui d'Yvan Goll. Mais pas celui de Paul Claudel dont on connaît l'attachement à la reli­gion chré­tienne. Arp a lais­sé en tant que poète le sou­ve­nir d'une per­son­na­li­té mar­quée for­te­ment par le dadaïsme et le sur­réa­lisme de son temps, carac­té­ris­tique qu'on ne retrouve pas dans La Cathédrale est un cœur. Quant à celui d'Yvan Goll, il est ici publié dans la ver­sion de la Revue du Rhin (août 1939) dif­fé­rente de celle qui sera reprise dans le recueil Jean sans Terre (qui isole les qua­trains et sup­prime les douze vers de la fin). Mais, le plus grand éton­ne­ment vient de la fer­veur chré­tienne de Jean sans Terre alors qu'Yvan Goll dans ce recueil exprime sa soli­tude de juif errant bal­lo­té entre deux cultures ; si ce poème est inté­res­sant, l'isoler peut don­ner une image fausse de l'œuvre et du poète…

            Peu de choses à dire de la deuxième par­tie, "Jeux", qui regroupe poèmes et textes de réflexion sur le jeu. Ne connais­sant par­mi les idiomes uti­li­sés dans ce n°, que le fran­çais, je ne me bor­ne­rai qu'à cette remarque : un vers réduit au mot et n'est pas un vers ! Ceci dit, le lexique d'Anne-Marie Soulier, le texte en prose de Jean-Paul Sorg et la pré­sen­ta­tion de quelques types de jeu de Marc Chaudeur ne manquent pas d'intérêt…

            De la troi­sième par­tie, "Voix mul­tiples" je retiens le poème de Maryse Renard (Mots à la dérive) qui, pla­cé sous le signe de Jules Laforgue peint la tris­tesse des pro­me­nades des internes d'un lycée et qui, par la répé­ti­tion de cer­tains vers, fait loin­tai­ne­ment pen­ser au pan­toum. Une voix que je découvre, une voix à suivre. Ceux de Daniel Martinez qui visent juste. Les haï­kus de Danièle Faugeras (qui s'affranchit de la règle de l'équivalence des mores et des syl­labes) dont je retiens celui-ci qui me parle par­ti­cu­liè­re­ment : "un poème par jour /​ un mes­sage ami suf­fisent /​ à nour­rir ma vie". Et je n'aurai rien dit de Jean-Claude Walter dont j'ai chro­ni­qué, il y a peu, Dans l'œil du dra­gon… Mais le lec­teur pour­ra appré­cier dif­fé­rem­ment les poèmes ici pro­po­sés…

            La par­tie 4 ("Chroniques") est, comme les pré­cé­dentes, carac­té­ri­sée par sa diver­si­té. Qui se sou­vient encore du Grand Jeu ? Alain Fabre-Catalan pro­pose sa vision des choses… La par­tie 5 ("Notes de lec­ture") fait preuve d'une belle ouver­ture d'esprit tant au niveau des genres (roman, poé­sie, revue, antho­lo­gie poé­tique, livre d'art, essai…) qu'au niveau des édi­teurs (Apogée, Arfuyen, Recours au Poème, L'Atelier contem­po­rain, Andersen…) Gageons que cette livrai­son sau­ra inté­res­ser les lec­teurs alsa­ciens par les langues dans les­quelles sont écrits poèmes ou articles, par l'accent mis sur la cathé­drale de Strasbourg, mais aus­si ceux d'autres régions fran­çaises curieux de décou­vrir ce qui s'écrit en Alsace…

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Ce numé­ro : 144 pages, 22 €. Abonnement annuel : 40 €. (chèque à l'ordre des Amis de la Revue alsa­cienne de lit­té­ra­ture. BP 30210. 67005 STRASBOURG).

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