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Revue Lettres n°1 : Philippe Jaccottet

Par | 2018-02-18T22:42:16+00:00 7 juin 2014|Catégories : Blog|

Philippe Jaccottet : « Juste le poète »

 

     C’est l’année Jaccottet. Pas encore prix Nobel, mais cela ne sau­rait tar­der (enfin, on l’espère). 2014, c’est d’abord l’entrée du poète dans la Grande biblio­thèque de la Pléiade. Il est le 15e auteur vivant à y être publié (le 3e poète après René Char et Saint-John Perse). Voici aujourd’hui, en ce prin­temps 2014, un impor­tant ouvrage qui lui est consa­cré, sous le titre Philippe Jaccottet, juste le poète, dans le pre­mier numé­ro de la revue/​livre Lettres.

         Il y a tou­jours le risque d’articles redon­dants dans ce genre d’ouvrage. Il y a aus­si le risque d’un décor­ti­cage sco­laire des œuvres. Ce n’est pas le cas ici. Différents auteurs (écri­vains, poètes, uni­ver­si­taires) pro­posent une approche mul­ti­forme du grand poète né à Meudon en Suisse, en 1925, et rési­dant à Grignan dans la Drôme depuis de très nom­breuses années.

     L’ouvrage débute, d’ailleurs, par des témoi­gnages sur des ren­contres avec le poète à son domi­cile : une demeure sous les rem­parts de Grignan, un jar­din auquel il tient beau­coup, des tableaux d’amis sur les murs et, sur­tout, la com­pa­gnie d’une épouse elle-même artiste. Cet envi­ron­ne­ment, on le sait, est fon­da­men­tal dans l’œuvre de Jaccottet. Le pay­sage – au pied du Mont Ventoux – y tient un rôle essen­tiel. « Pour Jaccottet, note avec jus­tesse Jean-Marc Sourdillon, un des fins connais­seurs de son œuvre, « les images sont don­nées prin­ci­pa­le­ment dans les pay­sages natu­rels, mais il arrive aus­si qu’on les trouve dans les grandes œuvres de l’art (…) C’est dans l’approche, la décou­verte ou l’approfondissement de ces images que consiste le tra­vail de l’écrivain. Il suf­fit de lire La Semaison pour s’en rendre compte ».

         Mais, com­bien de fois Jaccottet n’a-t-il pas mis en garde contre les mots et les images. « La plus extrême éco­no­mie de moyens est évi­dem­ment requise, note Florence de Lussy, et le modèle pour Philippe Jaccottet demeure le modèle abrupt et énig­ma­tique du poète Hölderlin ». D’où l’attirance, aus­si, du poète pour la forme du haï­ku (il s’y essaie­ra d’ailleurs) et cette volon­té de par­ler au plus près de ce qu’il éprouve.

    Jean-Pierre Lemaire le relève : il y a chez Jaccottet « la prio­ri­té du réel, qu’il soit mer­veilleux, ter­rible ou quo­ti­dien, par rap­port aux mots, prio­ri­té dont le res­pect condi­tionne la jus­tesse de ceux-ci, leur cré­di­bi­li­té ». Le poète de Grignan n’écrivait-il pas lui-même dans La Semaison (Gallimard, 1984). « La dif­fi­cul­té n’est pas d’écrire, mais de vivre de telle manière que l’écriture naisse natu­rel­le­ment. C’est cela qui est impos­sible aujourd’hui, mais je ne peux pas ima­gi­ner d’autre voie. Poésie comme épa­nouis­se­ment, flo­rai­son ou rien. »

        En quête de jus­tesse, le poète a tou­jours mani­fes­té son « refus de toute forme de men­songe » (Taches de soleil ou d’ombre, Le Bruit du temps, 2013). Sa voix juste et dis­crète par­ti­cipe, sou­ligne oppor­tu­né­ment Judith Chavanne, de cet effort pour « trou­ver, retrou­ver le sen­ti­ment de l’existence ».

                                                                                                        

 

Philippe Jaccottet, juste le poète, revue Lettres, N°1, prin­temps 2014, édi­tions Aden, 310 pages, 24 euros.

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