Poèmes de Róisín Tierney traduits par Bernard Turle

The Finding

Look around when you have got your first mushroom
or made your first dis­cov­ery: they grow in clusters.

George Pólya

He, though, had an almost melt­ed look.
Too many years spent thumb­ing the ancient tracts,
fum­bling with his cru­cible and pen,
try­ing to turn piss into gold. Pah!
He was noth­ing but trou­ble. The facts
do not uphold. Piss is what it is. How
his wife put up with the stink! Neighbours
grum­bled, yet sur­ren­dered their pisspots,
afraid of his squin­ny, his mad blue stare.
Once he damp­ened some straw with the stuff,
let it rot down, set it alight. POUF!
That’s when we said it was time to stop,
but he kept on secret­ly, using his own dribble
and what­ev­er oth­er ‘streams of fortune’
came his way; the odd pedlar’s or wayfarer’s,
even his mares’ great gush, until one day
he noticed that a quan­ti­ty boiled down
gave up not gold, but a ‘dev­il­ish light’.
We drove all three of them out of town,
the alchemist, his sad wife, their baby,
which had the most angel­ic face, dimples,
pink grin, the soft­est gold­en curls.

Découverte

A ton pre­mier champignon, ta pre­mière découverte,
regarde autour de toi : ils ne poussent jamais seuls.

George Pólya

Il avait, c’est vrai, l’air qua­si liquéfié.
Trop d’années passées à feuil­leter les anci­ennes voies,
à fouiller son creuset, sa bauge,
à ten­ter de chang­er la pisse en or. Pouah !
Que des embrouilles. Les faits
le con­tre­dis­ent. La pisse, c’est la pisse. Et
sa femme sup­por­t­ait cette infec­tion ! Les voisins
regim­baient, mais lui soumet­taient leur pot,
craig­nant son regard de biais, bleu, de fou.
Un jour, il en imbi­ba la paille,
la lais­sa pour­rir, l’enflamma. PFFUIT!
C’est alors qu’on dit : suffit.
Mais il con­tin­ua en secret, util­isant son pipi
et tout autre « flot de fortune »
coulant par là : d’un col­por­teur, d’un cheminot,
jusqu’au pisse-dru de ses juments, jusqu’à ce qu’un jour,
il note que d’une quan­tité bouillie
n’émanait pas de l’or mais un « éclat diabolique ».
Alors, on les a tous trois chas­sés de la ville,
l’alchimiste, sa triste épouse, leur bébé
au vis­age si angélique,fossettes,
sourire rosé, si douces boucles d’or.

Pitchblende

How could Maria Skłodows­ka, as she was then known
when she first stepped from the Fly­ing University

onto the streets of Paris, have guessed,
that her find­ings would one day set her lab aglow,

elec­tri­fy the air, thin her blood fatally
as she lined her pock­ets with them:

radi­um, polo­ni­um? (This last named after her country).
How could she ever have guessed

that the burn from these would be so rare
that they would not only cauterise

my mother-in-law’s blad­der, my father’s throat,
but so douse her man­u­scripts, her pre­cious notes

that they would have to lie softly
at the heart of the great Bib­lio­thèque Nationale

in a lead lined-chamber,
for a half-life of approximately

one-thou­sand-six-hun­dred years?

Uraninite

Com­ment Maria Skłodows­ka, de son nom d’alors, aurait-elle pu deviner, 
quand elle débar­qua de l’Université volante

dans les rues de Paris, qu’un jour
ses décou­vertes irradieraient son laboratoire,

élec­tri­fieraient l’air, flu­id­i­fieraient mortelle­ment son sang,
quand elle en dou­blerait ses poches :

radi­um, polo­ni­um ? (ce dernier nom­mé d’après sa patrie).
Com­ment aurait-elle pu savoir

que leurs brûlures si particulières
non seule­ment cautériseraient

la vessie de ma belle-mère, la gorge de mon père,
mais encore imprégn­eraient tant ses man­u­scrits, ses notes précieuses,

qu’ils devraient repos­er en douceur
au coeur de l’éminente Bib­lio­thèque Nationale

sous une cloche de verre plombée,
pour une demi-vie d’environ

mille-six-cents-ans ?

Ataxia

Your first wob­bles they put down to wobbliness
in gen­er­al. Then your many falls and tumbles
raised the red flag for danger,
sent them hurtling for a diagnosis,
which took its time com­ing: Ataxia
– O ele­gant word! – from the Greek,
mean­ing lack of order (in your case, balance),
pro­gres­sive, degen­er­a­tive, part of you.

Your unsteady sway nat­u­ral­ly caused problems
when it came to cast­ing for the school play
(The Owl and the Pussy­cat, we were still primary),
until Mrs Galassy or Mrs Cox –
whose kind­ly stroke of genius was it? –
placed you upheld between two oth­er girls,
each hold­ing an arm, firmly,
all sway­ing in uni­son, as the West Wind,
and inton­ing the chorus
(some­thing like ‘Blow wind, whoo HOO!’),
while we in the audi­ence, your par­ents and sisters,
laughed at your shenani­gans up on the stage,
rolled around in our laugh­ter like a windswept sea.

Ataxie

Tes pre­miers trébuche­ments furent attribués à
ton roulis général. Puis tes maintes chutes et faux pas,
bran­dis­sant un fan­ion rouge, danger,
incitèrent à un diag­nos­tic urgent,
qui fut long à venir : ataxie
– Oh, l’élégance du mot ! Du grec :
manque d’ordre (dans ton cas, d’équilibre),
évo­lu­tif, dégénératif, devenu toi.

Ton insta­ble tan­gage posa bien sûr problème
quand on en vint à dis­tribuer les rôles de la pièce de fin d’année
(Minette et Hibou prirent la mer – nous étions encore en primaire),
jusqu’à ce que Mrs Galassy ou Mrs Cox
– qui eut cet affable trait de génie ? –
te place épaulée entre deux autres filles,
cha­cune ten­ant un bras, fermement,
toutes trois oscil­lant à l’unisson, alisé
enton­nant le choeur
(à peu près : “Souffle, vent, ffiou HOU!”),
tan­dis que spec­ta­teurs, tes par­ents, tes soeurs,
tous nous riions de tes facéties sur scène,
bal­lot­tés par nos rires comme une mer battue par les vents.

Lecture d’Ataxia par Roisin Tierney

The X‑Ray Reporting Room

On every pass­ing I can only stare
at the cage of bone hang­ing there
in chalky relief against a caul
of cel­lu­loid, up on the screen.

Lean in with me. You’ll see

a ghost­ly blanch, a Merlin’s kiss,
a moon-stain, a reverse-rendition
of clav­i­cle, ster­num, ribcage, the jut
and sol­der of a world of float­ing bone.

Here, a ves­sel, a cup a chalice:

the tho­racic cav­i­ty, with­in it
just vis­i­ble, and swathed in shad­owy greys
like nim­bus clouds or a descend­ing fog,
the human heart with all its sor­ry griefs.

I feel your breath, moist against my neck.

Frau Rönt­gen threw her love­ly bony hand
into the path of those Von Rönt­gen rays
and stead­ied there, to have the image taken.
On see­ing it she swore she’d seen her death.

Pick up those files. Lean in.

See there a bruised mass, which could be…
any­thing. A blur, a chem­i­cal blotch,
ripe for mis­in­ter­pre­ta­tion, or even
some­thing def­i­nite and true. Some­thing worse.

Come clos­er. Put your arms around my waist.

Look at me. Stare straight in.
We are but nod­ding don­keys in the rain,
each of us hid­ing beneath our downy pelt
our brit­tle scaf­fold­ing, our cheery, ric­tus grin.

Click­ety clack, we stum­ble towards our end,
stars in our very own danse macabre.
Our grande finale awaits. Take a bow!
Though it’s not the applause that mat­ters then.

I feel your shoul­ders shake beneath my touch.

Your skin is warm. You are so very, very live.
I love you! Lean in. Like that.
Like that. Yes. This.

Dans la pièce d’interprétation des radios

A chaque pas­sage, je ne puis détourn­er les yeux
de la cage d’os suspendus
en relief crayeux sur fond de coiffe
de cel­lu­loïd, là sur l’écran.

Penchez-vous avec moi. Vous verrez

blanc spec­tral, bais­er fantomatique,
tache de lune, image inversée
de clav­icule, ster­num, cage tho­racique, saillies
et soudures d’un univers d’os flottant.

Tiens, une coupe, un ciboire, un calice :

cav­ité tout juste vis­i­ble à l’intérieur,
langée de gris ombreux,
nim­bus ou tombée de brume,
le coeur humain et ses tristes peines.

Je sens votre souffle, mouil­lé sur ma nuque.

Frau Rönt­gen lança sa jolie main osseuse
dans le fais­ceau des rayons de son mari,
et s’immobilisa, afin que pût être saisie l’image.
En la voy­ant, elle jura avoir vu sa mort.

Prenez ces dossiers. Penchez-vous.

Voyez là une masse talée, qui pour­rait être…
n’importe quoi. Un flou, un pâté chimique,
sus­cep­ti­ble d’erreur de diag­nos­tic, voire
une chose nette et bien réelle. Ou pire.

Approchez. Prenez-moi par la taille.

Regardez-moi. Ne détournez pas les yeux.
Nous ne sommes que mules bran­lant la tête sous la pluie,
cha­cun cachant sous sa peau duveteuse
son frag­ile échafaudage, son ric­tus joyeux.

Clic-clac, nous trébu­chons vers notre fin,
étoiles de notre pro­pre danse macabre.
Notre final attend. Saluez !
Même si les applaud­isse­ments, alors, ne comptent plus.

Je sens vos épaules sec­ouées par mon toucher.

Votre peau est chaude. Vous êtes si, si vivante.
Je vous aime ! Penchez-vous.
Comme cela. Oui. Ceci.