> Róisín Tierney, The Finding et autres poèmes

Róisín Tierney, The Finding et autres poèmes

2017-12-27T20:37:58+00:00

Poèmes de Róisín Tierney traduits par Bernard Turle

The Finding

Look around when you have got your first mush­room
or made your first dis­co­ve­ry : they grow in clus­ters.

George Pólya

He, though, had an almost mel­ted look.
Too many years spent thum­bing the ancient tracts,
fum­bling with his cru­cible and pen,
trying to turn piss into gold. Pah !
He was nothing but trouble. The facts
do not uphold. Piss is what it is. How
his wife put up with the stink ! Neighbours
grum­bled, yet sur­ren­de­red their piss­pots,
afraid of his squin­ny, his mad blue stare.
Once he dam­pe­ned some straw with the stuff,
let it rot down, set it alight. POUF !
That’s when we said it was time to stop,
but he kept on secret­ly, using his own dribble
and wha­te­ver other ‘streams of for­tune’
came his way ; the odd pedlar’s or wayfarer’s,
even his mares’ great gush, until one day
he noti­ced that a quan­ti­ty boi­led down
gave up not gold, but a ‘devi­lish light’.
We drove all three of them out of town,
the alche­mist, his sad wife, their baby,
which had the most ange­lic face, dimples,
pink grin, the sof­test gol­den curls.

Découverte

A ton pre­mier cham­pi­gnon, ta pre­mière décou­verte,
regarde autour de toi : ils ne poussent jamais seuls.

George Pólya

Il avait, c’est vrai, l’air qua­si liqué­fié.
Trop d’années pas­sées à feuille­ter les anciennes voies,
à fouiller son creu­set, sa bauge,
à ten­ter de chan­ger la pisse en or. Pouah !
Que des embrouilles. Les faits
le contre­disent. La pisse, c’est la pisse. Et
sa femme sup­por­tait cette infec­tion ! Les voi­sins
regim­baient, mais lui sou­met­taient leur pot,
crai­gnant son regard de biais, bleu, de fou.
Un jour, il en imbi­ba la paille,
la lais­sa pour­rir, l’enflamma. PFFUIT !
C’est alors qu’on dit : suffit.
Mais il conti­nua en secret, uti­li­sant son pipi
et tout autre « flot de for­tune »
cou­lant par là : d’un col­por­teur, d’un che­mi­not,
jusqu’au pisse-dru de ses juments, jusqu’à ce qu’un jour,
il note que d’une quan­ti­té bouillie
n’émanait pas de l’or mais un « éclat dia­bo­lique ».
Alors, on les a tous trois chas­sés de la ville,
l’alchimiste, sa triste épouse, leur bébé
au visage si angélique,fossettes,
sou­rire rosé, si douces boucles d’or.

Pitchblende

How could Maria Skłodowska, as she was then known
when she first step­ped from the Flying University

onto the streets of Paris, have gues­sed,
that her fin­dings would one day set her lab aglow,

elec­tri­fy the air, thin her blood fatal­ly
as she lined her pockets with them :

radium, polo­nium ? (This last named after her coun­try).
How could she ever have gues­sed

that the burn from these would be so rare
that they would not only cau­te­rise

my mother-in-law’s blad­der, my father’s throat,
but so douse her manus­cripts, her pre­cious notes

that they would have to lie soft­ly
at the heart of the great Bibliothèque Nationale

in a lead lined-cham­ber,
for a half-life of approxi­ma­te­ly

one-thou­sand-six-hun­dred years ?

Uraninite

Comment Maria Skłodowska, de son nom d’alors, aurait-elle pu devi­ner,
quand elle débar­qua de l’Université volante

dans les rues de Paris, qu’un jour
ses décou­vertes irra­die­raient son labo­ra­toire,

élec­tri­fie­raient l’air, flui­di­fie­raient mor­tel­le­ment son sang,
quand elle en dou­ble­rait ses poches :

radium, polo­nium ? (ce der­nier nom­mé d’après sa patrie).
Comment aurait-elle pu savoir

que leurs brû­lures si par­ti­cu­lières
non seule­ment cau­té­ri­se­raient

la ves­sie de ma belle-mère, la gorge de mon père,
mais encore impré­gne­raient tant ses manus­crits, ses notes pré­cieuses,

qu’ils devraient repo­ser en dou­ceur
au coeur de l’éminente Bibliothèque Nationale

sous une cloche de verre plom­bée,
pour une demi-vie d’environ

mille-six-cents-ans ?

Ataxia

Your first wobbles they put down to wob­bli­ness
in gene­ral. Then your many falls and tumbles
rai­sed the red flag for dan­ger,
sent them hurt­ling for a diag­no­sis,
which took its time coming : Ataxia
– O ele­gant word ! – from the Greek,
mea­ning lack of order (in your case, balance),
pro­gres­sive, dege­ne­ra­tive, part of you.

Your uns­tea­dy sway natu­ral­ly cau­sed pro­blems
when it came to cas­ting for the school play
(The Owl and the Pussycat, we were still pri­ma­ry),
until Mrs Galassy or Mrs Cox –
whose kind­ly stroke of genius was it ? –
pla­ced you upheld bet­ween two other girls,
each hol­ding an arm, firm­ly,
all swaying in uni­son, as the West Wind,
and into­ning the cho­rus
(some­thing like ‘Blow wind, whoo HOO!’),
while we in the audience, your parents and sis­ters,
lau­ghed at your she­na­ni­gans up on the stage,
rol­led around in our laugh­ter like a wind­swept sea.

Ataxie

Tes pre­miers tré­bu­che­ments furent attri­bués à
ton rou­lis géné­ral. Puis tes maintes chutes et faux pas,
bran­dis­sant un fanion rouge, dan­ger,
inci­tèrent à un diag­nos­tic urgent,
qui fut long à venir : ataxie
– Oh, l’élégance du mot ! Du grec :
manque d’ordre (dans ton cas, d’équilibre),
évo­lu­tif, dégé­né­ra­tif, deve­nu toi.

Ton instable tan­gage posa bien sûr pro­blème
quand on en vint à dis­tri­buer les rôles de la pièce de fin d’année
(Minette et Hibou prirent la mer – nous étions encore en pri­maire),
jusqu’à ce que Mrs Galassy ou Mrs Cox
– qui eut cet affable trait de génie ? –
te place épau­lée entre deux autres filles,
cha­cune tenant un bras, fer­me­ment,
toutes trois oscil­lant à l’unisson, ali­sé
enton­nant le choeur
(à peu près : “Souffle, vent, ffiou HOU!”),
tan­dis que spec­ta­teurs, tes parents, tes soeurs,
tous nous riions de tes facé­ties sur scène,
bal­lot­tés par nos rires comme une mer bat­tue par les vents.

Lecture d’Ataxia par Roisin Tierney

The X-Ray Reporting Room

On eve­ry pas­sing I can only stare
at the cage of bone han­ging there
in chal­ky relief against a caul
of cel­lu­loid, up on the screen.

Lean in with me. You’ll see

a ghost­ly blanch, a Merlin’s kiss,
a moon-stain, a reverse-ren­di­tion
of cla­vicle, ster­num, rib­cage, the jut
and sol­der of a world of floa­ting bone.

Here, a ves­sel, a cup a cha­lice :

the tho­ra­cic cavi­ty, within it
just visible, and swa­thed in sha­dowy greys
like nim­bus clouds or a des­cen­ding fog,
the human heart with all its sor­ry griefs.

I feel your breath, moist against my neck.

Frau Röntgen threw her love­ly bony hand
into the path of those Von Röntgen rays
and stea­died there, to have the image taken.
On seeing it she swore she’d seen her death.

Pick up those files. Lean in.

See there a brui­sed mass, which could be…
any­thing. A blur, a che­mi­cal blotch,
ripe for misin­ter­pre­ta­tion, or even
some­thing defi­nite and true. Something worse.

Come clo­ser. Put your arms around my waist.

Look at me. Stare straight in.
We are but nod­ding don­keys in the rain,
each of us hiding beneath our dow­ny pelt
our brit­tle scaf­fol­ding, our chee­ry, ric­tus grin.

Clickety clack, we stumble towards our end,
stars in our very own danse macabre.
Our grande finale awaits. Take a bow !
Though it’s not the applause that mat­ters then.

I feel your shoul­ders shake beneath my touch.

Your skin is warm. You are so very, very live.
I love you ! Lean in. Like that.
Like that. Yes. This.

Dans la pièce d’interprétation des radios

A chaque pas­sage, je ne puis détour­ner les yeux
de la cage d’os sus­pen­dus
en relief crayeux sur fond de coiffe
de cel­lu­loïd, là sur l’écran.

Penchez-vous avec moi. Vous ver­rez

blanc spec­tral, bai­ser fan­to­ma­tique,
tache de lune, image inver­sée
de cla­vi­cule, ster­num, cage tho­ra­cique, saillies
et sou­dures d’un uni­vers d’os flot­tant.

Tiens, une coupe, un ciboire, un calice :

cavi­té tout juste visible à l’intérieur,
lan­gée de gris ombreux,
nim­bus ou tom­bée de brume,
le coeur humain et ses tristes peines.

Je sens votre souffle, mouillé sur ma nuque.

Frau Röntgen lan­ça sa jolie main osseuse
dans le fais­ceau des rayons de son mari,
et s’immobilisa, afin que pût être sai­sie l’image.
En la voyant, elle jura avoir vu sa mort.

Prenez ces dos­siers. Penchez-vous.

Voyez là une masse talée, qui pour­rait être…
n’importe quoi. Un flou, un pâté chi­mique,
sus­cep­tible d’erreur de diag­nos­tic, voire
une chose nette et bien réelle. Ou pire.

Approchez. Prenez-moi par la taille.

Regardez-moi. Ne détour­nez pas les yeux.
Nous ne sommes que mules bran­lant la tête sous la pluie,
cha­cun cachant sous sa peau duve­teuse
son fra­gile écha­fau­dage, son ric­tus joyeux.

Clic-clac, nous tré­bu­chons vers notre fin,
étoiles de notre propre danse macabre.
Notre final attend. Saluez !
Même si les applau­dis­se­ments, alors, ne comptent plus.

Je sens vos épaules secouées par mon tou­cher.

Votre peau est chaude. Vous êtes si, si vivante.
Je vous aime ! Penchez-vous.
Comme cela. Oui. Ceci.