Je marche

Je marche, 
pour oublier les gnoufs, 
les sales bêtes les têtes de veaux
les sots
tous les balais à chiotte
et les savons d’Alep.

Les squés
les téflons usagés
pana­chés tièdes éventés
les couards
qu’ont rien dans la cervelle
dans le lard ni les bretelles !

Je marche,
je rem­bo­bine le film
vers l’avant et vers l’arrière
je veux
dis­soudre leurs têtes en creux
dans la boue et dans le feu

À ces cons
ces raclures de bidet
qui me font perdre la raison
ces vaches
kor­ri­gans fous à lier
avec ou sans poils au nez …

Je boxe
mes mots comme des poings
le temps d’chanter ce refrain
je cogne
comp­tine sans artifice
mais qui peut rendre service

Il faut
bien s’défouler un peu
pour oublier les grincheux
les fiers
les moches les orgueilleux
les p’tits chefs et les vieux pneus.

 

La musarde

Assise dans la nature
je pose mon armure
et je laisse mes pensées
vagabonder.

Un gros lièvre s’invite
quand son gros œil me voit
il se sauve très vite
et m’abandonne là.

Je me prends pour Alice
et je bâille aux corneilles
sur l’herbe bienfaitrice
je m’émerveille.

Le bour­don­ne­ment fait rage
sur le par­terre de fleurs
je trouve ce babillage
culpabilisateur.

Les insectes travaillent
et moi je me prélasse
igno­rant cette pagaille
j’abandonne ma carcasse.

 

Immortelle

Elle s’amuse avec les anges 
dans une autre dimension
joue à cour­ser les mésanges
dans son vais­seau en carton
ses voi­sins trouvent qu’elle est folle
elle a jeté sa télé
elle s’en fiche des paraboles
elle, elle fait ce qui lui plaît

Elle voyage sur le net
explore les autres planètes
elle rejoint le train fantôme
à la recherche du génome
apprend la philosophie
en pré­vi­sion d’autres vies
elle pro­fite car à son âge
ça s’rait trop con d’être sage.

Dans son p’tit appartement
où il n’y a plus d’enfant
elle jongle avec les étoiles
tchat­tant la nuit sur la toile
elle par­tage ses espoirs
avec avec d’autres cosmonautes
bien seule, elle attend le soir
le retour des internautes.

Elle s’fait pas d’souçis la belle
elle sait qu’elle est immortelle
à grands coups d’respirations
se net­toie des pollutions
fait la paix avec son âme
grâce aux man­tras qu’elle déclame
elle soigne sa solitude
en cher­chant la plénitude.

Elle s’envole avec son ange
sur le dos d’une mésange
ter­ro­riste homéopathe
vers le désert des Carpates
elle cherche son che­val gris
pour rejoindre son paradis
elle s’en moque de ses voisins
elle joue avec son destin.

 

Alexia D et A7

Alexia est bien morose
elle ne vou­drait voir personne
il fau­dra pour­tant qu’elle ose
sor­tir car en bas ça sonne …
Elle des­cend c’est sa voisine
qui l’attend sur le palier
elle a besoin de farine
pour faire sa pâte à beignets.

La voi­sine demande comme ça :
Comment vas-tu Alexia ?
Alexia avoue inquiète
qu’elle n’est pas dans son assiette.
La voi­sine est très aimable
elle adore rendre service
aus­si­tôt elle s’emballe
et c’est un feu d’artifice !

Y faut pas t’laisser aller,
tu devrais faire ci ou ça,
va donc un peu t’promener
la cam­pagne te calmera.
Va voir le doc­teur Breutel,
tu sais y fait des merveilles,
à mon frère de Neuchâtel,
il a gref­fé treize orteils !

Essay’ aus­si les bains d’sièges,
le gogi, la pimprenelle,
les pommes d’amour de Blanche Neige
l’parachute ascensionnel !
Si t’es encore déprimée
on ira au salon d’thé
englou­tir un pithiviers
arro­sé de bière ambrée …

 

 

 

Alexia aime­rait bien
qu’sa voi­sine cesse de parler
elle com­mence à saturer
d’ses conseils qui riment à rien.
Pendant qu’sa voi­sine carbure
ell’ com­mence à rêvasser,
s’envol’ vers la côt’ d’Azur
dans les bras d’Christophe André.

 Tu devrais man­ger du chou
le chou ça c’est bon pour tout
même le Valnet il en parle
c’est très bon pour le moral !
Y’a aus­si un vieux chinois
qui soigne avec des bouts d’bois
ça fait mal ça laisse des traces
mais c’est très très efficace !

Y’a même un ostéopathe
qui a répa­ré l’Agathe
de son grand cha­grin d’amour
en la mas­sant à rebours.
Sinon y’a le vin d’groseille
la prune et la mirabelle
l’extrait de salsepareille
les bonn’ crêpes de Gwenaëlle !

 Là Alexia n’en peut plus
elle décide de s’éclipser
elle en a trop entendu
elle est prête à exploser.
Elle se sauve donc en courant
lais­sant sa voi­sine en plan
qui s’obstine à proférer
ses conseils dans l’escalier !

 Y’a aus­si le sili­cium, les antennes de gorgones, 
l’escargot et le psyl­lium, l’argile verte, la papaïne, 
les cha­kras, les vita­mines, le thé vert, le jus 
d’citron le cho­co­lat par kilos et la crème de 
mar­rons. L’huile de courge, le sans glu­ten, les 
gélules de foie de morue, le chlo­rure de 
magné­sium, le pol­len, la g’lée royale, le régime 
de Cro-Magnon, le cré­tois, le macrobiote, 
adop­ter un chi­hua­hua et la cure de pleurotes ! 

 

 

 

Violette Guyot, “Pot-pour­ri”, Concert à la librai­rie Scrupule de Montpellier en novembre 2019, une vidéo pro­po­sée par Le Chant des Muses.