> Alain DUAULT, Ce léger des choses qui ont fui

Alain DUAULT, Ce léger des choses qui ont fui

Par |2018-05-13T20:04:28+00:00 5 mai 2018|Catégories : Alain Duault, Critiques|

En quinze cha­pitres de «  Ce léger rien des choses qui ont fui », Alain Duault rédige un grand Tout : chair dans laquelle il mord jusqu’au sang, juste avant le fris­son mauve. À la mar­gelle de ses nuits lasses, se des­sine le sou­ve­nir, che­val noir qui galope dans les ténèbres.

Sur la mosaïque de sa mémoire brûlent les sco­ries aux remous plus ou moins per­cep­tibles, dans cette intime mytho­lo­gie appa­raissent désert et oasis, monas­tère et sul­ta­nat. 
S’enroulent autour de lui des houles qui psal­mo­dient des orai­sons secrètes : j’ai si mal à la main per­due. S’entremêlent à la las­si­tude, les lavan­dières de l’amertume lavent les linges de la nuit, les vio­lences du monde : j’ai de l’horreur plein les sou­liers.
S’inscrivent les inter­ro­ga­tions sur la vie : pour­quoi sommes-nous là ? Alain Duault, nau­ton­nier des mots, arpen­teur de sentes secrètes, répond en pin­çant sa harpe char­nelle : je cherche à tâtons sur ta peau /​ Des réponses à cette ques­tion de vivre.
Défile une voix, celle de Cécilia Bartoli, voix de crème et d’ambre, vague qui ren­verse tout, des visages dont : Nina, l’amour de Grieg. Des ombres aux yeux de rosée se réveillent dans la man­tille de la nuit en brames sau­vages, pas­sion­nels, Papa : se résout-on jamais à ce qu’un cœur si beau s’enraye.
Visage venu, reve­nu, qui êtes-vous, toi, vous qui habi­tez là où on n’habite pas ?

Alain DUAULT, Ce léger des choses qui ont fui, Éditions Gallimard 2017

Le poète observe le retour­ne­ment du sablier, les enfants meurent et nous res­tons, nous mar­chons dans l’épaisse forêt de l’âge ; sur ses rives de cendre et de soie, se pose le ques­tion­ne­ment du pas­sage du Seuil, tout le monde a peur du pas­sage. Alain Duault sait, sent que aller au-delà est tou­jours angois­sant : Dans la laisse insup­por­table d’une attente qui /​ N’a jamais de fin Pourquoi ces mains /​ Ne nous disent-elles pas quand elles remon­te­ront le drap.

Délires, déclics, des cou­lées d’espoir pulsent aus­si entre ronces blanches et épines du soir : je veux des clo­chers d’or, je veux cou­rir dans l’eau du ciel, je veux che­vau­cher des nuages leurs plumes leurs den­telles jusqu’au congrès des brouillards.

A tra­vers ce recueil, tout comme les cou­leurs trompent les ténèbres sur des lèvres en peau d’iris, la glace enfile des col­liers de mots qui magni­fient le feu, ses seins /​ Rose-thé que j’imagine encore tiède de plai­sir. Mots de l’endroit ceux qui tentent encore, mots réver­bères, mots calice pour offer­toire inter­dit donc dit, mots tis­sés dans les murs du silence, comme les murs du laby­rinthe de Dédale, murs aveugles avec l’ambiguïté de cent che­mins qui se rompent, s’entrecroisent mais d’où  l’on ne revient pas sauf à cas­ser le fil d’Ariane.

Le lec­teur méandre avec l’auteur dans des écla­bous­sures de can­nelle, de poivre noir, à tra­vers toutes ces pages irra­die, la déli­ca­tesse : les enfants /​ Ils ont angles d’oiseaux dans les poche… Je suis sûr qu’ils pour­raient nous /​ Apprendre mille et mille choses…Ce sont des enfants d’organdi. Pulse un puis­sant hymne à la pas­sion : je ne suis jamais repar­ti de toi. Lèvres et langue raturent le souffle du vent et les mots fran­chissent les points de sus­pen­sion du dra­pé de la chair : je bois tes seins, tu me tem­pêtes, j’ai des récla­ma­tions de fièvre.

 Le poète égrène son chant dans un sillage de feu, pour enve­lop­per les rives où s’affrontent la mor­sure des ombres.

La nuit peut aigui­ser ses griffes de louve, Alain Duault se fau­file sur un bûcher aux contours de neige en se disant qu’existe l’impérieuse néces­si­té de ne pas man­quer la beau­té des jours

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