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Alain Freixe, Peut-être

Par |2020-05-06T06:46:57+02:00 6 mai 2020|Catégories : Alain Freixe, Poèmes|

Quelque chose tombe. C’est lent et impa­rable. Sa rete­nue le déchire. Le dérobe à l’oblique. Et angle droit sur le vide, le tourne et retourne, le verse et ren­verse, se perd.
Et dans l’air, c’est à peine si passe le froid de l’ombre.

 

 

∗∗∗

Quelque chose tombe. De clin en clin, comme on le dit d’un œil dans le temps où il reprend ses esprits pour faire tas. Devant. En bas. En bord en bord de monde comme en bord de page les frag­ments d’ardoise sous les cou­teaux de l’autre été, aspi­ré par l’aigu du coin. Qui s’éboule.

 

 

∗∗∗

Quelque chose n’en finit pas de tom­ber qui nous jette dans le soir des défaites. 
Y vont et viennent, tou­jours plus per­dues, contre toutes les réqui­si­tions du monde, les lumières de sen­ti­nelles désar­mées. 
C’est la veille. Encore et tou­jours. 
Souvenances actives de quelques-uns.
À voix de mains.

∗∗∗

Nous pèsent les aban­dons et nous para­lysent les tra­hi­sons. Lourd héri­tage qui nous brûle les yeux jusqu’à nous empê­cher d’entrevoir ces peut-être qui poudrent l’air quand tournent et bifurquent les che­mins, ces pos­sibles qui ne ser­pentent au flanc des jours que lorsque nos pas à se heur­ter à leurs pierres écartent herbes sèches et pous­sières.

 

∗∗∗

Peut-être, 
lampe douce, allu­mée sur les eaux du jour par un vent tison­nier, amou­reux des matins sans nom.

 

∗∗∗

Peut-être,
et quelque chose serait là. Une main d’ombre gan­tée de l’arc bleu du silence. Une main flot­tante et qui appelle à la relève. A la reprise. Une main d’avant les mots. D’avant les cou­leurs. A la volée. Une main de nuit avec dans sa paume un soleil sou­ter­rain.

 

∗∗∗

Peut-être,
et déliées, les routes alors file­raient devant sous un hori­zon inex­plo­ré. 
Loin dans demain.

 

∗∗∗

Nos yeux se pren­draient à leurs mirages. 
Images qui iraient jusqu’à tra­ver­ser leur peau. Eclairs d’oubli où la durée cré­pi­te­rait comme en un ter­rain vague où les noms anciens auraient été per­dus sous les cendres et les restes de quelques car­tons éven­trés entre vieux pneus et cagettes à demi-brû­lées avant une aube tou­jours remise, tou­jours pro­mise.

 

 

∗∗∗

Une aube. 

Quelque chose comme un Noël sur la terre. Celui des enfants dont les yeux, retour­nés, comme ces terres d’automne ouvertes à la neige, à ses vigueurs pro­chaines, atten­draient, ten­dus dans les cou­rants qui les emportent, les cou­leurs des jours nou­veaux qui feraient brèche sur brèche au temps d’avant, ce temps muré dans les heures, dans le chaos des lumières élec­triques où la nuit se perd, tou­jours plus enfon­cée dans les plis de ses masques, les boues de sa figure sans plus aucune chance de visage.

 

∗∗∗

Mais c’est le soir.
Encore le soir. 
Le soir et la pluie sur les der­nières pages écrites, les der­nières images ris­quées, comme si la fin avait été don­née au com­men­ce­ment.
Et c’est l’ombre de la mort sur les feux rouges, tou­jours plus nom­breux, sur la route dont les ciels sont bou­le­ver­sés, l’asphalte ébou­lé et les eaux salies dans les nids-de-poule, qui m’arrête.

∗∗∗

Qu’est ce qui serait de sai­son ?
Quelles bifur­ca­tions ?
Quels peut-être ?

 

Présentation de l’auteur

Alain Freixe

Textes

Alain Freixe né le 3 décembre 1946, en terres cata­lanes.

Vit à Nice. Aime à musar­der entre phi­lo­so­phie et poé­sie.

Retraité de l’Education Nationale comme pro­fes­seur de Lettres. Conseiller Poésie du Recteur de l’Académie de Nice d’abord à l’Action Culturelle puis à la Délégation Académique des Arts et de la culture (DAAC) entre 1990/​​91 et 2008.

A ani­mé l’Association Podio, pour la défense et l’illustration de la poé­sie à Grasse entre 1996 et 2016 et les comi­tés de pilo­tage de deux mani­fes­ta­tions poé­tiques La poé­sie a un visage (1999-2010) et La poé­sie des deux rives (2004 – 20014)

A créée en 2007 et anime depuis une struc­ture édi­to­riale dédiée au Livre d’artiste, sin­gu­lier ou de dia­logue… Les Cahiers du Museur.

Chronique la poé­sie au jour­nal L’Humanité ain­si que dans diverses revues de poé­sie (Friches, Europe, Phoenix…)

Vice-Président de l’Association des Amis de l’Amourier.

Vice-pré­­sident du Centre Joë Bousquet et son temps, Maison des mémoires, Carcassonne.

Membre du comi­té de la revue Friches.

Est pré­sent sur Internet prin­ci­pa­le­ment sur son blog : lapoe​sieet​se​sen​tours​.blog​spi​rit​.com et sur les sites amou​rier​.com ; bribes-en-ligne ; remue​.net ; ter​re​de​femmes​.blogs​.com ; Terre à ciel ; le site de Claude Ber ; Recours au poème…

 

 

© Crédits pho­to marc lapol­la.

Dernières paru­tions :

Livres cou­rants :

Contre le désert, sep­tembre 2017, col­lec­tion Fonds poé­sie, édi­tions de l’Amourier

Champ d’eau, chants de vie, in revue Connivences 6, ouvrage col­lec­tif sur la Camargue, sep­tembre 2017

Et tou­jours finir dans les pier­riers, Cahiers de la pas­se­relle, gra­vures de Béatrice Heudenbourg, 2017
Vers ce pays dont on est l’homme, édi­tions Tipaza, col­lec­tion Métives, juin 2018 (la marelle!) avec des repros de pein­tures d’Henri Baviera.
Les bles­sures de Joë Bousquet 1918 – 1939  avec Serge Bonnery aux édi­tions du Trabucaïre (Perpignan), mai 2018.

 

Livres d’artiste :

 Mano a Mano 8, Alain Freixe et Alain Lestié, Les Cahiers du Museur, été 2018

Champs d’eau, chants de vie, édi­tions de la Margeride, avec 2 pein­tures ori­gi­nales de Robert Lobet, 49 exem­plaires, juin 2018

Envisager, pein­tures de Gérard Eppelé, Collec A Côté, Les Cahiers du Museur, 2019

Madame des cou­leurs, avec Raphaël Monticelli, pein­ture de Carmen Boccu, Collec A Côté, Les Cahiers du Museur, 2019

L’explosante-fixe, avec Serge Bonnery, pein­tures de Michel Fourquet, Collec Connivence, Les Cahiers du Museur, 2019

La Dame rouge, sur une pho­to­gra­phie ori­gi­nale d’Elizabeth Prouvost, Collec A Côté, Les Cahiers du Museur, 2019

Fonte, avec une pho­to­gra­phie d’Evelyne Rogniat, Collec A Côté, Les Cahiers du Museur, 2019

Silences, sur une pro­po­si­tion de Youl, 2 exem­plaires, octobre 2019

Sur les bords gla­cés de la nuit noire, pein­ture de Roland Kraus, Les Cahiers du Museur, Collection A Côté, oct 2019

 

Livres de biblio­phi­lie :

L’oiseau rouge n’abolit pas le ciel, 3 feuilles de céra­mique de Sabrina D’Agliano, La Diane Française, mai 2018
Comme si s’en reve­nait le prin­temps, 5 gra­vures de Remo Giatti, la Diane fran­çaise, juin2018
 

 

 

 

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