Anne Dujin, L’ombre des heures

Par |2020-12-06T10:30:24+01:00 6 décembre 2020|Catégories : Anne Dujin|

C’est un tra­jet à accom­plir à tra­vers les heures, à tra­vers la vie que nous pro­pose cette série de cad­rans com­posée par Anne Dujin. 

La parole s’y trou­ve sans cesse inter­rogée, mal­gré l’épigraphe de Michel Fou­cault qui sem­blait affirmer une forme de con­fi­ance dans le lan­gage : « …le poète est celui qui (…) retrou­ve les par­en­tés enfouies des choses, leurs simil­i­tudes dis­per­sées. […] ». Et de se retrou­ver, très vite, con­fron­tée, heurtée aux lim­ites de cette con­fi­ance, de la magie de la parole poé­tique face au réel plus brut, plus bru­tal, de bien des manières. Anne Dujin fait vibr­er en nous cette oscil­la­tion entre doute et con­fi­ance vis-à-vis de la parole, posi­tion indis­pens­able pour vis­er un lan­gage poé­tique plus juste, plus vrai, plus prop­ice à habiter le monde. Elle trace ici un chemin pour nous inviter à redé­cou­vrir le sens des mots, la façon dont ils s’accordent au monde, dont ils dis­so­nent aus­si, peut-être, avec le temps, se désac­cor­dent. Et ce sont sou­vent les mots des autres – en par­ti­c­uli­er ceux à qui ils man­quent, ou qui ne les délivrent qu’avec une cer­taine rareté – qui révè­lent la valeur du lan­gage et per­me­t­tent de retrou­ver con­fi­ance dans la parole poétique. 

Anne Dujin, L’ombre des heures,  
L’herbe qui trem­ble, 2019.

Car c’est l’acte d’écrire même qui est une mise à l’épreuve de cette con­fi­ance, imposant une descente en soi, en son pro­pre vécu, la con­fronta­tion avec ses « morceaux [de] miroir brisé », l’errance « dans le douloureux labyrinthe », la perte des repères que l’on croy­ait siens. 

Quelque chose se joue, dans ce recueil, entre sur­face et pro­fondeur, dans le rap­port de la poète à soi, dans son rap­port au monde, et prend peu à peu forme d’ouverture. Ouver­ture du regard, avec toute la con­science de son lien avec les généra­tions qui précè­dent, et toute la lib­erté, la nou­veauté offertes par celles qui suiv­ent. Ces enfants que l’on porte et qui vivent auprès de nous ; et non loin d’eux, cet enfant que l’on a été ; celui dont le regard demeure en nous. Ouver­ture de la main, à ce qui est don­né, à l’imprévu à recevoir au quo­ti­di­en. Ouver­ture à ce qui, au-delà de la con­fi­ance, devient signe d’espérance : une lumière, un morceau de ciel, la per­spec­tive du « soleil silen­cieux de Pâques ». Une nais­sance possible.

 

Ce recueil a obtenu le Prix du pre­mier recueil décerné par la Fon­da­tion pour la Poésie.

Présentation de l’auteur

Anne Dujin

Anne Dujin est soci­o­logue, poli­tiste et poète. Elle a pub­lié ses pre­miers poèmes dans les revues Arpa et Le Jour­nal des Poètes.

© L’Hu­man­ité

Poèmes choi­sis

Autres lec­tures

Anne Dujin, L’ombre des heures

C’est une poésie du mur­mure que celle d’Anne Dujin, une poésie pré­cau­tion­neuse, dans laque­lle la ponc­tu­a­tion a été effacée pour ne laiss­er que la mélodie, dis­crète, mais réelle du vers. Cette poésie pourrait […]

Anne Dujin, L’ombre des heures

C’est un tra­jet à accom­plir à tra­vers les heures, à tra­vers la vie que nous pro­pose cette série de cad­rans com­posée par Anne Dujin. La parole s’y trou­ve sans […]

image_pdfimage_print
mm

Blandine Poinsignon

Née en 1986, Blan­dine Poinsignon est orig­i­naire des Hauts-de-France. Elle a dirigé la revue et les édi­tions À verse ; elle a pub­lié des poèmes et de cour­tes pros­es dans des col­lec­tifs et des revues.

Sommaires

Aller en haut