Arnaud Vendès, Le pays muet et autres poèmes

Par |2020-11-06T14:44:43+01:00 6 novembre 2020|Catégories : Arnaud Vendès, Poèmes|

Quand tu t’éloignes 
La foule tire des bor­ds en trompe l’œil
Sous l’om­bre allongée des feuilles de nuage
Présage immobile 

Tu es le reflet de cuiv­re et d’or
Des oiseaux tristes
Les ailes brûlées de vérité 
Par­tis chevauch­er l’arc-en-ciel 

Mille traces se per­dent dans le blé en herbe
L’ou­bli te désigne du doigt
Ma mémoire glisse sur les mots
Sans avenir

Je chante dans le noir
Aveu­gle comme une pierre
Éteint de ta lumière 
Mais ton absence ne peut rien guérir

 Le ver­rou tiré sur ton visage

Je force la nuit, le jour s’évade
Ta couleur n’ex­iste pas

Je cherche le dernier mot

Un enfant dort sous ta peau

 

Cri du feu

Mon ombre ment elle est infidèle

Canicule du sang le feu s’approche
Aride, tes mains nues
Lis­sent mes cheveux crin de loup

L’ét­in­celle mendiée au soleil 
Accueille ma nuit en contrebas
J’ai froid

Impos­ture de la flamme
Les veines ouvertes sur le ciel s’épanchent
Laisse-moi !

Entends les mots de notre « nous »
Fruits mûrs de ton cœur
Pli­er la vie terrestre

Mes forces s’épuisent
Elles rassem­blent tes larmes
En un écrin jade rose

Chaleur de nos corps fondus
De main ferme
Vul­cain du cœur

Amour, souf­fle le fer en or

 

Je n’ai rien fait

Les tam­bours de guerre
Saig­nent des riv­ières de larmes
Éven­trent la terre
Plaie ouverte des années vides 

L’eau ruis­selle sur la paroi
Cou­verte de petits visages
En larme de tombeau

La neige noire tapis funèbre
Efface la trace molle
De la chair éteinte

À main nue
Je dis­perse aux ter­res arables
La souffrance

La ville se vide des vies inutiles
Vies noires, vies justes
Toutes les morts se valent

Je laisse fil­er les nuages
En sang et miel
Je n’ai rien fait de ma vie

 

Les lumières de Babel

Le ciel se ren­verse sur les ruines du mensonge
Langue étrangère 
Chemin aux ornières d’orages

Loin de la fer­veur des multitudes
L’air coule dans le désert et la nuit
La terre frissonne

Je sens le souf­fle d’une femme 
Age­nouil­lée, le corps dénudé 
Elle se lève et marche vers le crépuscule

Sa joie, mon ombre aux plis de sa bouche
Tis­sus cent fois reprisé, 
Le man­teau de son cœur est bien trop léger

Je lui par­le comme en plein vent
Les yeux secs
Je déplie une à une les branch­es d’é­toile dans la lumière des siècles

Je ne pense plus, je vois.

 

 

Présentation de l’auteur

Arnaud Vendès

J’ai cinquante cinq ans, orig­i­naire de La Rochelle, mar­ié. Mon entrée en poésie est récente. Un beau jour la muse vous prend. C’est tout ce que je sais. La ren­con­tre avec les poésies de Saint-John Perse et Jacques Dupin servirent de déclencheur. Ensuite, il n’y a de richesse que d’hommes et de femmes, alors je me laisse porter.

  

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