Arthur Fousse, le vieil homme parle et les aubes ont toutes coagulé dans le sel et autres poèmes

Par |2020-02-09T19:06:20+01:00 5 janvier 2020|Catégories : Arthur Fousse, Poèmes|

autre­fois les rives étaient si proches…

main­tenant

dans le gué de mes larmes,

le cha­grin transi,

les mots las,

la queue qui ne bande plus

et le triste assis­tanat des griefs, et la pension,

et aus­si

les sédat­ifs,

les com­primés

et tout ça,

la mort tra­vaille plus la matière

que le silence n’use l’esprit. dans ma main,

je lis mille sillons

plus pro­fonds qu’une douve,

et j’y lis un écartèlement

que je ne peux franchir.

tous mes potes malades sont morts

et je suis le dernier sur le banc de touche.

la mort nous garde en réserve

et les joueurs comme des secondes

ne cessent de s’envoyer la balle.

nous nous sommes peut-être trompés.

peut-être n’étions-nous faits que pour tisser

le suaire d’un monde

qui ne devait que cacher la lumière

d’un faus­saire.

peut-être devions-nous sim­ple­ment nous taire

et atten­dre.

main­tenant,

je regarde ces rides dans le coin de mes yeux, j’y lis des fron­tières qui ont croisé le fer

avec l’éternité

et qui sont restées clos­es à jamais.

des bar­belés tristes sur un vis­age de honte.

et dans le noir,

par­fois, j’entends un bruit venir de très loin,

de vieilles musiques jouent encore pour moi.

nous ne pou­vions qu’apprendre à oublier

et dis­paraître

pour ne jamais nous souvenir.

les doigts, eux, tis­sent une autre honte.

 

 

vos corps sont sans prénoms, vos larmes sont sans mer­veilles, le con­te du clo­do fou pleure.

il suf­fit de regarder 
dans l’œil du cobra,
il suf­fit de regarder dans l’œil d’un mort, 
ou dans le pix­el qui hurle dans le téléviseur. 
ou encore dans l’œil de bœuf de la terreur, 
ou dans l’iris pâle d’un clo­do fou,
ou d’un épilep­tique maniaque 
hurlant pour plus de mort.
il suf­fit de regarder à la lueur d’une ampoule qui pâlit 
l’inconstant plafond
d’une larme qui s’effondre
sur le par­quet plat d’un ciel mouvant.
il suf­fit de compter le glas d’une montre, 
d’une trot­teuse lasse de courir
pour enten­dre tous les cadavres que la vie amorce 
d’une seule détente
courant sans faux pas.
il suf­fit de mourir dans le noir et de regarder dans un asile 
ces vit­res de verre teintes,
il suf­fit de regarder la peau crispée 
d’un dépres­sif sauvage
pour sen­tir la bouil­loire hurler 
d’un crisse­ment sans nom.

mort et sans bruit, 
préal­able sans frontière.
évangiles toni­tru­ants d’un chagrin 
éter­nel, d’un enfer insomniaque, 
d’une pute borgne,
d’un ter­ror­iste amnésique de son amour, 
d’un paralysé n’arrivant à se sucer la queue 
pen­dant que rien ne répon­dra à son nom,
à ces mains lass­es cher­chant dans l’air
de quoi nour­rir l’immobilisme du monde. 
la pau­vreté de notre désir est sans limites.
et on nous apprend qu’un homme en bonne santé 
est plus puis­sant qu’un homme malade.
et notre sys­tème édu­catif nous apprend 
qu’il faut com­pren­dre pour ne pas hurler,
mais qui a enten­du la larme de ciguë qu’un homme 
nour­rit jour après jour, dans le noir
sans un bruit,
jusqu’à s’étouffer sous le grince­ment de larmes 
plus agiles que ses doigts…
qui a enten­du un bipo­laire cinglé hurler 
pour sen­tir son prénom palpiter

plus que son amour, 
plus que son cœur, 
plus que sa honte.
qui entend dans le noir
la clameur d’âmes évanouies
qui ne ressor­tiront jamais des ténèbres
de la noirceur ?
d’un vide si abyssal 
qu’il devient transparent 
au sim­ple pas
dans un couloir ;
si noir, que l’on se noie 
dedans et qu’on n’en ressort jamais 
que trop tard
quand la lumière a abat­tu toutes ses 
cartes
et le ciel tous ses rêves.

mort
et sans épitaphe
dans une guerre du silence.

mort sans parafe,
sig­nant en let­tres de sang 
l’anonymat de l’air,
la con­stante du soupir, 
la ter­reur de la honte
et l’horreur de tout vivant.

nous mour­rons dans le noir agi­tant des bras 
comme des draps brisés
aux plis échan­crés comme des lèvres hurlantes.

nous hur­lons dans le noir 
d’un silence si profond
que nous n’entendons même pas hurler 
la sirène du monde.

nous brûlons le quart de mégot 
en exis­ten­tiels karmas,
nous fumons à la racine l’os 
qui nous tient d’égo,
un égo plus mai­gre qu’un rouleau de cuisine, 
un égo plus plat qu’une assi­ette brisée,
un égo si triste
que si les larmes pou­vaient couler,
un rideau de sel entarterait toutes les fenêtres 
du monde d’un gris terrible.

non,
nous ne sommes pas heureux.
nous crions de ne pou­voir satisfaire
ce que l’esprit demande
à pro­por­tion de ce que la chair désire.

nous hur­lons de sat­is­faire le bas branlant 
de la tour de Pise,
nous hur­lons de nous esclaf­fer dans le noir 
en scar­i­fi­ant des bras ridés
ne serait-ce que pour sen­tir la monstruosité 
de notre horreur
voil­er le consensus 
même du monde.

nous pleu­rons, 
nous pissons, 
nous chions, 
nous saignons,

le bas des immeubles s’effrite sous un bat­te­ment de paupière, 
les dunes s’abattent comme des automnes sur des vies
plus pau­vres qu’un sabli­er de verre bâti dans une bouteille 
en plas­tique tranchée.

et on ne nous apprend pas
la ter­reur d’un homme seul entre­tenant une plante séchée 
dans la con­damna­tion éternelle
d’une honte privatisée.

non,
nous ne sommes pas heureux.

nous pleu­rons, 
nous pissons, 
nous chions, 
nous saignons.

et dans le respectable réquisit d’une société qui tue 
sans sign­er de chèques
qu’au bas d’une mort à crédit pourvue à seule 
men­tion de drame,
nous abat­tons les rideaux,
nous sor­tons les couteaux, 
nous entail­lons la chair, 
nous tra­vail­lons à l’esprit
ce que le monde ne peut user 
jusqu’à la moelle.

nous sec­on­dons le tonnerre, 
nous tra­vail­lons la pluie,

nous fanons sous le bruit des pas de nos maîtres,

nous sommes des mainates sec­ouées par le tonnerre, 
nous sommes des singes jouant sur un bidon, 
cog­i­tant pour l’élémentaire
dans la comédie poli­tique de nos égos, 
tra­vail­lant le vide de l’air
et le plat du verre
dans un regard plus triste
que n’importe quelle nuit d’hiver.

SEUL.

SANS PRENOM.

ANONYME

ET MORT,

NOUS NOUS LEVONS.

et dans le noir
nous épelons le sommeil 
comme nous éplucherions 
un rêve
d’un baiser 
plus mortel
que n’importe quelle femme 
aimant
n’importe quel schiz­o­phrène fou.

nous nous taisons 
et mourrons.

il n’y a pas de réponses.

 

 

/poème à une vieille dame.

 

j’ai lu mon magazine
d’acupuncture
ils disent
qu’on peut guérir le cancer 
en tra­vail­lant sur
ses émotions.

tu savais qu’on pou­vait guérir 
de la schiz­o­phrénie en mangeant 
du chou-fleur ?

respir­er,
cela per­met de délivr­er l’âme 
de ses terreurs.

ah ouais, je dis.

oh oui,
et il faut boire du jus
de coquilles d’œufs
pour hydrater tout le corps 
de potassium
pour nour­rir la beauté de Dieu.

j’ai guéri mon genou 
en priant,

même les médecins 
ne savaient le guérir,

tu vois que je ne suis pas si folle.

et la vérité,
c’est la soli­tude enfer­mée dans une huître
avec des murs qui ne ren­dent pas de perle.

 

et la vérité,
c’est l’existence comme un com­pacteur d’ordure 
qui fait d’un cœur une bobine fripée
con­stipé de son rêve,
prête à chi­er son désir affamé.

je lui offre 
des fleurs

(par­fois)

et j’essaie de la faire rire,

mais elle est perdue 
et seule

et dingue d’une folie banale 
qui tue tous les dingues 
cathos
et toutes les pau­vres petites 
vieilles solitaires
de la vie qui meurt et qui pense.

 

un jour peut-être
les corps qui furent poussière 
rede­vien­dront des roses,
et les cœurs
des chardons pleins d’épines 
que rongeront les ânes.

pas ce soir.

les jours comme des graviers
se jet­tent sur les tombes 
pour épel­er les prières.

les désirs comme des tournevis
ne s’agencent pas dans le bon trou,

et la croix d’un mot
peut faire vivre un homme
jusqu’à ce que son exis­tence s’assèche
comme les neiges bleues au som­met de la chance.

nous sommes tous voués 
à une paralysie complète, 
à un inces­te de l’esprit
pour n’avoir pas à mourir trop tôt.

nous avons peur,

nous sommes effrayés sous les parvis de vos sourires, 
nous sommes ter­ror­isés sous les abat-jours de vos visages, 
sous les fron­tons de vos esprits,
sous les abat­te­ments de vos dettes,

nous sommes con­stipés d’un manque de vie
et d’un dés­espoir plus pro­lifique que l’esprit 
d’un génie ali­men­té de homards jusqu’à la fin du monde.

nous sommes des grains de raisins que mas­tique la mort

en ricanant du manque à gag­n­er à pro­pos du crédit premier.

les mots s’usent, 
les vieux pensent,
les vieux éli­dent leur peur avec la plume d’un rêve effrayé.

les morts cherchent, 
les vers trouvent.

les som­miers comme des corps s’affaissent

ils finis­sent jau­nis comme nos esprits

et on les jette

pourvu que la déchet­terie passe

et que nous mour­rions tous,

ma pau­vre et vieille Titi.

 

Présentation de l’auteur

Arthur Fousse

Malade de l’esprit, incur­able. Hand­i­capé à 80%.  Fréquen­ta­tions d’hôpitaux psy­chi­a­triques et d’asiles depuis 8 ans. 25 ans.  Etudes de philoso­phie, a tra­vail­lé dans  des fast-foods, des  usines de ponçage, pour un vieil homme dans une cour d’immeuble, a égale­ment été groom dans hôtel de bas étage. Pub­li­ca­tions:    Pos­tu­lats sur l’enfer méta­physique  — Edilivre.     Apoplex­ie du dernier coin de cour – Ama­zon. Des grandes écoles sur le dur à l’enfer des fast-foods – Ama­zon.  Entractes pour le dernier sup­plice sous l’oeil du sol­stice .  Ivresse, cacoph­o­nie et élec­tro­cu­tions dans l’isoloir de vos péchés – Mon petit éditeur.

 

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