… notes sur une gestuelle

Et je ne sais que chanter les éloges du vent aux charnières de l’u­tile. Mais je rêve d’or­eilles. Je rêve de pou­voir aider. Jusqu’au bout du crâne, j’en rêve. Juste aider. Aider juste.

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Pre­mier mouvement

Ce qui bruisse…

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Aujourd’hui (et encore aujourd’hui), j’ai eu l’envie de planter un clou. Cela n’était d’aucune util­ité. Mais comme je suis poète, je l’ai plan­té quand même. Pour voir…

Pour­voir à l’inu­tile… l’u­til­ité étant une oblig­a­tion sociale, le geste inutile devient ain­si un mou­ve­ment de l’in­time, donc utile.
En fait, on s’é­vade avec l’inu­tile, on sort de cette prison de la fonctionnalité.

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Tout d’un coup ce matin mes filles étaient si belles
C’était à n’y pas croire, à n’y plus rien comprendre
Non pas que d’habitude elles ne le soient pas
Mais là c’était trop Il y a des lim­ites à tout
J’ai dû ouvrir la fenêtre pour respir­er un peu
Et là je me rends compte qu’elle est magnifique
Un bois excep­tion­nel Vrai­ment époustouflant
D’un arbre d’au moins mille ans si ce n’est un peu plus
Je me suis servi un verre d’eau pour calmer mon émoi
Et quand j’ai vu le verre j’ai fail­li m’étrangler
Un verre de pre­mière main souf­flé à la bouche
Par un homme sans doute qui n’est qu’un demi-dieu
J’ai dû pren­dre une servi­ette pour essuy­er ma bouche
Et les bras m’en tombèrent quand je vis ce chef d’œuvre
Ce n’était plus une servi­ette c’était de l’Art Total
Un résumé du monde en trois coups d’aiguilles
Je la dépo­sai sur la table et quand je vis celle-ci
Je ne peux pas vous dire l’émotion qui me prit
Je ver­sai une larme de la voir si splendide
Mais tou­jours à qua­tre pattes pour pou­voir me servir
En essuyant la larme que j’avais fait tomber
Je me rendis compte d’un coup comme le car­relage était
Quelque chose d’hors-norme qu’on ne devrait pas faire
Et je pris la déci­sion de ne plus marcher dessus
Je sor­tis de la cui­sine pour aller n’importe où
Une fois dans le couloir je fus bien perdu
Tout était si beau que c’en était impossible
J’arrivai même à marcher c’est pour vous dire un peu
Je suis resté comme ça dans le couloir sans jamais bouger
Quand celle qui m’accompagne est ren­trée du travail
Je lui ai tout racon­té sur les beautés du monde
Elle m’a prise dans ces bras puis m’a aidé à marcher
Un peu jusqu’au lit puis beau­coup allongé
Elle m’a par­lé beau­coup de quelque chose de très simple
De je ne sais plus quoi Sa voix était trop belle
C’était quelque chose d’inhumain telle­ment pro­fond et tout ça
Elle m’a telle­ment comblé que je me suis endormi.
Et des rêves si beaux ont envahi mes paupières
Que j’ai refait le monde juste un peu partout
La terre était si ronde qu’elle tour­nait sur elle-même
Et l’Homme se mit à faire exacte­ment pareil. 

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