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Barbara AUZOU et NIALA, L’Époque 2028, Les Mots Peints

Par |2021-01-21T08:01:22+01:00 21 janvier 2021|Catégories : Barbara Auzou, Critiques|

C’est bien connu : pein­ture (des­sins, pho­to­gra­phie ou arts gra­phiques) et écri­ture peuvent se com­plé­ter à mer­veille. Le visuel met le mot en exergue, lequel, à son tour, lui donne du signi­fiant. Il est bien enten­du que cha­cun peut se suf­fire à lui-même, mais cette syner­gie artis­tique apporte indé­nia­ble­ment un sup­plé­ment d’âme.

Presque inva­ria­ble­ment, les livres pour enfants (mais pas seule­ment !) sont abon­dam­ment illus­trés, sou­vent, de belle manière… Ce d’autant que nous vivons dans un monde mul­ti­mé­dia. Avouons-le : n’a-t-on autre­fois feuille­té notre Michel Strogoff pour décou­vrir d’abord les des­sins avant de nous immer­ger dans le roman ? On dis­tin­gue­ra l’écrit à la source d’une pein­ture, de textes eux-mêmes ins­pi­rés par l’artiste. Bien sûr, Hugo était tout les deux à la fois, mais assez rares sont les poètes-peintres.

Nous ne par­le­rons pas ici des livres d’art décri­vant les œuvres, par­fois de manière infor­ma­tive mais sou­vent sur un mode aca­dé­mique ou ennuyeux : cela est un autre cha­pitre. Trêve d’introduction : la pédan­te­rie nous guette… Ce bel ouvrage de la poé­tesse Barbara AUZOU et du peintre Alain Denefle-dit-NIALA est là, sans que nous en connais­sions les racines, ni les arcanes. 

Barbara AUZOU et NIALA, L’Époque 2028, Les Mots Peints, Éditions Traversées, Virton (Belgique), 2019, 133p.

D’emblée, les feux sont doubles en leurs constel­la­tions com­munes ou res­pec­tives : à pico­rer çà et là, dans un pre­mier temps, la démarche de l’un par rap­port à l’autre n’est pas évi­dente, ce d’autant que les poèmes et les toiles ne se font pas face mais se suivent d’une page à la sui­vante. Peut-être les auteurs ont-ils d’ailleurs eu rai­son, chaque approche gar­dant ain­si davan­tage son auto­no­mie… Cela dit, cer­tains termes ou titres de tableaux (jar­din, che­ve­lure verte, À la butée des étoiles) reviennent dans les textes, les­quels ne sont nul­le­ment descriptifs.

Tout contexte et toutes pro­por­tions gar­dés, NIALA nous fait pen­ser à Chagall (comme le sug­gère Lieven Callant dans une récente recen­sion) et à Louis Delorme, voire à Klimt (p. 59). Des per­son­nages abon­dants et sus­pen­dus, des cou­leurs cha­leu­reuses enchantent le rêve et “collent” magni­fi­que­ment au foi­son­ne­ment ima­gi­naire de l’écrivain. On peut lire sur Internet que NIALA serait clas­sé comme un artiste pri­mi­tif moderne (sans lien, d’ailleurs avec l’Art Deco) : lais­sons les doc­teurs de l’art se dis­pu­ter sur les termes, l’essentiel étant bien l’émotion.

Plongeons dans les poèmes ou la prose poé­tique mise à la ver­ti­cale de Barbara AUZOU.

C’est dans un fra­cas de mots perdus

que l’heure san­guine se disloque

éta­lant un baume de silence inquiétant

sur les mor­sures du sel ou du vent

pro­messe rauque d’un len­de­main de chaleur

où la vipère attend.

 

Textes d’heureuse fac­ture, intui­tifs, pudiques, par­fois dis­so­nants comme une musique de Stravinsky (on n’est pas loin de Chagall) mais son­nant “juste”, riches en images incons­cientes (vrai­ment ?) ou sub­li­mi­nales (cette pro­fes­seure de lettres modernes s’est-elle impré­gnée des sur­réa­listes ?) Toujours est-il que la plume reste en per­ma­nence ins­pi­rée et forme avec les tableaux un duo homo­gène et éton­nant. Poèmes de liber­té, poèmes d’amour, aussi :

Et, déjà, au ciel du lit, le vent tour­nait lentement

(Quel for­fait pour un printemps ! )

qui ren­draient plus rouges et plus sucrés

les fruits de l’amour au brû­lant compotier.

 

Ou encore, par­mi tant d’autres, ces lignes fortes, caden­cées, expri­mant les souf­frances et le destin…

 

Toutes les femmes savent cela :

l’impérieux besoin de ren­trer chez elles

et de se bai­gner dans leurs eaux ;

et de l’ombre et de la lumière l’âpre combat,

et la per­ma­nence du sang sur la clef perdue

au fond d’un champ

 

Beauté élec­trique du verbe, sachant que la plume de Barbara AUZOU est sou­vent exi­geante envers le lec­teur. Oui, la beau­té mène l’obscur à la lumière (p.129). AUZOU et NIALA ont beau­coup de talents. Trop, peut-être ? Ne pas être trop génial, plai­dait le peintre Armand Niquille.

On ne s’en plain­dra pas.  Ce livre édi­té par Traversées fera date. Salut les Artistes !

L’EPOQUE 2021/1″Une île au ponant », Niala, avec le poème sur lire​di​telle​.com

Présentation de l’auteur

Barbara Auzou

Barbara Auzou est née le 13 mai 1969. Elle est pro­fes­seur de Lettres modernes en Seine-Maritime. Elle a  otra­vaillé sur  Marguerite Duras et anime un ate­lier de poé­sie auprès d’un public de col­lé­giens depuis 20 ans.

Ses pre­mières publi­ca­tions ont lieu dans la revue Traversées en 2017, date à laquelle elle rend effec­tif son  quatre mains avec le peintre Niala. 
En 2018, la mai­son d’édition Traversées accepte le manus­crit “L’Epoque 2018”, fruit du tra­vail mené avec le peintre Niala (Parution jan­vier 2020). D’autres paru­tions en revues se suc­cèdent depuis 2018.

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Claude Luezior

Claude Luezior, auteur suisse d’expression fran­çaise, naît à Berne en 1953. Il y passe son enfance puis étu­die à Fribourg, Philadelphie, Genève, Lausanne, Rochester (Minnesota) et Boston. Médecin, spé­cia­liste en neu­ro­lo­gie (son nom civil est Claude-André Dessibourg), il devient chef de cli­nique au CHUV puis pro­fes­seur titu­laire à l’Université de Fribourg. Parallèlement à ses acti­vi­tés scien­ti­fiques, il ne cesse d’écrire depuis son jeune âge et com­mence à publier depuis 1995.  Sortent dès lors une qua­ran­taine d’ouvrages, pour la plu­part à Paris : romans, nou­velles, recueils de poé­sie, haï­kus, ouvrages d’art. Tout comme en méde­cine, il encou­rage la col­la­bo­ra­tion mul­ti­dis­ci­pli­naire, donne des confé­rences, par­ti­cipe à des expo­si­tions et à des antho­lo­gies, écrit des articles dans des revues lit­té­raires ain­si que des pré­faces. Certains de ses livres sont tra­duits en langues étran­gères et en braille.  Luezior reçoit de nom­breuses dis­tinc­tions dont le Prix euro­péen ADELF-Ville de Paris au Sénat en 1995 ain­si qu’un Prix de poé­sie de l’Académie fran­çaise en 2001. Il est nom­mé Chevalier de l’Ordre natio­nal des Arts et des Lettres par le Ministère fran­çais de la Culture en 2002. En 2013, le 50e prix Marie Noël, dont un ancien lau­réat est Léopold Sédar Senghor, lui est remis par l’acteur Michel Galabru de la Comédie fran­çaise. Les édi­tions Librairie-Galerie Racine à Paris ont publié en 2018 et 2020 trois livres de Claude Luezior : Jusqu'à la cendre (recueil de poèmes), Golgotha (poème lyrique et des­sins) ain­si qu' Un Ancien Testament déluge de vio­lence (cri­tique humo­ris­tique et paci­fiste). www​.clau​de​lue​zior​.wee​bly​.com
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