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Benoit Jeantet, Trois poèmes pour tourner autour du noyau noir

Par |2020-09-07T10:18:09+02:00 6 septembre 2020|Catégories : Benoit Jeantet, Poèmes|

Équeutage

 

Pas d’endroit plus doux,
tu disais, dans la vie,
que l’équeutage des haricots,
aper­çu de l’autre coté du miroir,
seize ans-un léo­pard der­rière la vitre,
lorsque tu n’es encore
qu’une enfant perdue
qui sur­vit de chasse et de pêche,
une enfant avec ces yeux
qui ont aimé les œufs durs,
échap­pée à coups de lattes
de ses terres grasses
et des jupes de quelque arrière-tante
où un acci­dent de laboratoire
pou­vait tou­jours se produire,
et d’ailleurs tu revois souvent
sa petite bouche vernie,
ses lèvres qui se gercent
sur un début de surdité
qui n’était là que pour entretenir
la légende…

 

Mégot

 

Non-non et non, ah non,
je ne fume­rai pas ton mégot de matinée,
au motif sou­dain de cette obligation
qui m’est faite,
de com­po­ser avec la douleur.
Je pré­fère, et de loin,
perdre mon temps
avec la chi­noise dont le souvenir
vit encore
sur notre baie vitrée…
Ses yeux experts en mélancolie
et cette façon de s’accrocher
aux bras de ce gamin.
Et quelques plumes ten­taient de s’enfuir
d’un anorak
tra­ver­sé par plus d’une ville.
Et tout autour cir­cu­lait une odeur étrange,
tourmentée…
Le temps que je te console
dans un grand fou­lard bleu marine,
les arai­gnées ont dû les engloutir,
faute de mots audacieux,
sous des kilo­mètres de toiles…

 

Montagnes

 

Ce matin, alors, les montagnes
sont des­cen­dues jusqu’à ma porte,
et cette vue offrait,
une fois encore,
la preuve du désir fascinant
qu’a tou­jours eu cette bonne vieille mélancolie
de me fondre dessus,
comme ça, au moment où on ne l’attendrait plus…
Toujours les mêmes fan­tômes. Toujours…
Et même ici où je me croyais tranquille,
des chats qui avaient survécu
depuis mon enfance,
auprès de tous ces feux d’autrefois,
se sont mis à me miau­ler après.
« Où t’étais donc pas­sé ? Oh mais putain, qu’est-ce que t’as foutu ? »
Toujours les mêmes déci­sions sinistres. Toujours…
Et même là, où je pen­sais pou­voir éliminer
tout ce que j’avais écrit de sale et de moche,
juste en fer­mant les yeux, la lai­deur au fond des poches,
j’ai com­pris qu’il fau­drait que le vent souffle tempête
pour chas­ser la brume qui me recou­vrait le cerveau…

 

 

Présentation de l’auteur

Benoit Jeantet

Je n’ai pas tou­jours été ce que je suis. Au com­men­ce­ment, alors, je suis né. Je suis né un 15 novembre et c’était en 1970. Ce jour-là, il pleu­vait et la terre était lourde. Aujourd’hui, les choses sont un peu différentes.

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