> Charles Akopian, poèmes extraits de L’Aube a cassé son ongle

Charles Akopian, poèmes extraits de L’Aube a cassé son ongle

2017-12-29T22:50:55+00:00

 

C’est comme battre un cœur
En neige,

Il reste tou­jours la main

À rendre humaine,

Cette main à prendre

Ou tendre contre le mal­heur
Pour cap­ter les coups de feu,
Détruire la four­mi­lière.

C’est comme un cœur qui bat
En guerre contre l’inacceptable.

 

*

 

Comment par­ler du regard,
De ce qui dure en lui,

De ce qui s’éternise en nous,
Lorsque ce regard,

Entre pro­messe et refuge,
Se fait l’écho d’un oasis

Que nous n’atteindrons pas,
Les yeux brû­lés par le désert ?

Nous conju­guons l’intraduisible
Et la maî­trise du ver­tige

En regar­dant les fleurs s’ouvrir,
En dévoi­lant leur dic­tée.

L’oiseau en cage
Épuise les méta­phores,

Comment dire d’un regard

Qu’il sau­ve­garde la coïn­ci­dence ?

 

*

 

Derrière une goutte,
Combien de pro­fon­deurs,
Combien de trou­peaux,
De vols d’oiseaux blancs
Brisant la coquille ?

Flambée, dirait-on,
De forts trem­ble­ments
Ou bien de ban­quises
Livrés au regard

Privé de pau­pières.

Au cœur de la goutte,

Les nuées s’éveillent,

Des grains de mémoire

– Témoins ou dou­blures -,
Hissent le rideau.

 

*

 

Allées et venues sur scène,
Danses en cercles ou en rangs,

Quelque chose comme une mer
Regarde et lance la per­cus­sion,

Une fugue jouée dans le noir,
L’envie de tré­teaux et de marches,

Est-ce le mag­ma qu’un créa­teur pié­tine,
Ou sim­ple­ment

La méca­nique du vivre ?

 

*

 

Où com­mence la mise à flot,
Dans la tête ou sur la page ?

Dans l’eau pui­sée du désert
Ou dans ce temps où sur­vivre
Défie les parages du vivre ?

Inhabitables sont les dési­rs

Qui veulent res­sus­ci­ter les veilles.
À la fron­tière, la requête est veine.

La marge roule son tapis
Dès lors que le mot de passe
Se perd dans l’ombre.

Mais au-delà de l’incubation,
Comment dire la cap­ture

D’un coup de vent entre les côtes ?

 

*

 

Inutile de laver les fresques,
L’amnésie ché­rit les voyages
En apnée.

Des pans de sève som­meillent,
Une fan­fare cherche à fou­ler
Les planches,

Inutile de nier son moi,
Le papier absorbe le bois
De la char­pente.

Pour un été de note claire,
Choisir la ber­ge­rie

Dont les pierres sup­portent
L’oubli.

 

*

 

La nuit,

Sur la ter­rasse,

Les dis­tances s’égouttent,
Accrochent le regard

À l’éveil des étoiles,

L’absence de bruit ajoute

Au jeu de pistes

Une inquié­tude comme un râle,

Les yeux déminent l’invisible,
Sans limites

Dansent les pen­sées,

Dans la nuit,

Repriser le temps maille la vie
Et n’a rien d’esthétique.

 

*

 

Pas d’écriture,

Juste un foyer de braise
Entre les lignes,

Place au corps, au dra­peau
D’herbes et de lettres
Farcies de nuit.

Les feux de joie sautent
Les lignes et s’éparpillent
En énigmes,

Pour une voix

Qui lance ses anneaux,
Combien de galaxies
Livrant leurs secrets ?

 

Textes inédits extraits de « L’aube a cas­sé son ongle ».

 

 

 

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