C’est comme bat­tre un cœur
En neige, 
Il reste tou­jours la main 
À ren­dre humaine,

Cette main à prendre 
Ou ten­dre con­tre le malheur
Pour capter les coups de feu,
Détru­ire la fourmilière.

C’est comme un cœur qui bat
En guerre con­tre l’inacceptable.

 

*

 

Com­ment par­ler du regard,
De ce qui dure en lui,

De ce qui s’éternise en nous,
Lorsque ce regard,

Entre promesse et refuge,
Se fait l’écho d’un oasis

Que nous n’atteindrons pas,
Les yeux brûlés par le désert ?

Nous con­juguons l’intraduisible
Et la maîtrise du vertige

En regar­dant les fleurs s’ouvrir,
En dévoilant leur dictée.

L’oiseau en cage
Épuise les métaphores,

Com­ment dire d’un regard 
Qu’il sauve­g­arde la coïncidence ?

 

*

 

Der­rière une goutte,
Com­bi­en de profondeurs,
Com­bi­en de troupeaux,
De vols d’oiseaux blancs
Brisant la coquille ?

Flam­bée, dirait-on,
De forts tremblements
Ou bien de banquises
Livrés au regard 
Privé de paupières.

Au cœur de la goutte, 
Les nuées s’éveillent, 
Des grains de mémoire 
— Témoins ou doublures -,
Hissent le rideau.

 

*

 

Allées et venues sur scène,
Dans­es en cer­cles ou en rangs,

Quelque chose comme une mer
Regarde et lance la percussion,

Une fugue jouée dans le noir,
L’en­vie de tréteaux et de marches,

Est-ce le mag­ma qu’un créa­teur piétine,
Ou simplement 
La mécanique du vivre ?

 

*

 

Où com­mence la mise à flot,
Dans la tête ou sur la page ?

Dans l’eau puisée du désert
Ou dans ce temps où survivre
Défie les par­ages du vivre ?

Inhab­it­a­bles sont les désirs 
Qui veu­lent ressus­citer les veilles.
À la fron­tière, la requête est veine.

La marge roule son tapis
Dès lors que le mot de passe
Se perd dans l’ombre.

Mais au-delà de l’incubation,
Com­ment dire la capture 
D’un coup de vent entre les côtes ?

 

*

 

Inutile de laver les fresques,
L’amnésie chérit les voyages
En apnée.

Des pans de sève sommeillent,
Une fan­fare cherche à fouler
Les planches,

Inutile de nier son moi,
Le papi­er absorbe le bois
De la charpente.

Pour un été de note claire,
Choisir la bergerie 
Dont les pier­res supportent
L’oubli.

 

*

 

La nuit,

Sur la terrasse, 
Les dis­tances s’égouttent,
Accrochent le regard 
À l’éveil des étoiles,

L’ab­sence de bruit ajoute 
Au jeu de pistes 
Une inquié­tude comme un râle,

Les yeux démi­nent l’invisible,
Sans limites 
Dansent les pensées,

Dans la nuit, 
Repris­er le temps maille la vie
Et n’a rien d’esthétique.

 

*

 

Pas d’écri­t­ure,

Juste un foy­er de braise
Entre les lignes,

Place au corps, au drapeau
D’herbes et de lettres
Far­cies de nuit.

Les feux de joie sautent
Les lignes et s’éparpillent
En énigmes,

Pour une voix 
Qui lance ses anneaux,
Com­bi­en de galaxies
Livrant leurs secrets ?

 

Textes inédits extraits de « L’aube a cassé son ongle ».