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Eric Bouchéty, L’Invention du désordre et autres poèmes

Par |2020-05-06T18:52:07+02:00 6 mai 2020|Catégories : Eric Bouchéty, Poèmes|

Je flot­tais les bras nus
Lorsque rêvait encore l’irréparable.
A pré­sent le monde vêle
ses aiguilles inces­santes
Et l’importance du soleil
qui sans cesse nous sol­li­cite.

Je ne peux plus dor­mir dans l’infraction du temps,

Impatient de tenir
la terre impré­vue,
Sa part de sel et d’utopie
qui jette avec nous la pluie dans le vent,
Des toquades dans l’été,
Nos han­tises dans l’azur.

 

-Locus amoe­nus. –

Tu m’as deman­dé, mal­gré les aubes,
Comment demeu­rer sans alarme
Dans les ors du cré­pus­cule,

Comment loger la nuit du doute
jusqu’en pleine lumière.

Il n’était jamais temps d’arriver ;
Il n’est plus l’heure de reve­nir.
Nous avons tant admi­ré
Les poètes s’alanguir
En tenant un beau nuage
Qui n’avait soin de l’incertain.
Et le logis sans route glis­sait sur l’herbe non­cha­lante.

Mais com­ment pour­rai-je
Te rame­ner à la mai­son
                                             sans retour,
Si la décou­verte des col­lines 
Fait cou­lis­ser nos ombres,
Si l’instinct des eaux passe les rivières,
a fait pous­ser les plantes folles, cou­rir les tor­rents
Qui stu­pé­fièrent nos pro­jets puis gran­dirent les tra­jets ?

Nous ne revien­drons pas parce qu’un radeau dérive
sur les flo­rai­sons régu­lières des vents sans logis,
les savoirs infon­dés
et le retour pro­mis des cieux.

Iris dans le crâne, voguant pupilles, je ques­tion­nais tous les départs,
Tu chan­geais les cor­res­pon­dances.

Nos sil­houettes pro­je­tées s’étirent encore dans le soir,
pour­suivent la veillée.

Comment connaître sans enfreindre
Les pro­verbes et le retour pro­mis des cieux ?

– Traits capi­taux. –

La tête qui a gran­di
                                 vers les cibles du ciel,
Leurs motifs confus en bas-de-ligne
dans l’essor des sou­haits
              et la cas­cade des routes,
Parmi les éclair­cies diverses,

            Enchevêtre             au soleil ver­sa­tile des sai­sons sans mobile
Un trans­port tour­né vers l’expérience,

Traverse                             les dési­rs roman­cés, le pas­sé des conquêtes
et l’invincible oubli.

Même sans l’île de Pâques des idoles de pas­sage,
                                           Reste une part impor­tante du cœur
Avec laquelle on se montre,
Pour por­ter en point de mire
                        des inten­tions sans des­sein.

On voit encore nos songes dans les nuages.

 

– Ligne de force. –

Quand tu auras, quand j’aurai comme toi plus de sai­sons
Qu’un vieillard dans le chêne,
Et sur les marches de la Terre,
Plus de veines que le marbre,
goû­té plus que nos prin­temps,

Quand les ruis­seaux vei­ne­ront les marges de tes yeux,
Une eau ter­reuse encore aux lèvres,

Quand nous aurons vu dans l’os
Plus que l’aïeul sa mort
Et que le bronze de mon front
                       aura trou­vé sa trans­pa­rence,

                      Nous ne sau­rons peut-être rien
Dans l’urgence et les car­rou­sels
Parce que la Terre tourne et que ma main s’est répé­tée
Sur les fruits régu­liers.

                     Quand tu la mul­ti­pliais dans le cœur inflexible,
Je voyais mes yeux et la pro­messe des graines.

                     Quand l’arbre inquiet ne pous­se­ra plus,
                     Pris dans le ciel superbe avec un fruit inac­com­pli,
Les poches pleines de mois­sons,
M’apprendras-tu encore
                                          l’horizon inso­luble ?

Présentation de l’auteur

Eric Bouchéty

Textes

Ma poé­sie s’intéresse aux rap­ports com­plexes de l’homme au monde, et tente de dire cette autre chose qui sou­vent échappe aux mots et se révèle, je l’espère, dans cet « air ou chant sous le texte » qu’élut Mallarmé. Je n’ai pas grand-chose à dire de ma per­sonne ; Saint-John Perse décla­ra : « Ils m’ont appe­lé l’Obscur et j’habitais l’éclat ». C’est sûre­ment avec orgueil que je me mets à cou­vert dans ses paroles. J’ai eu l’honneur et le plai­sir de voir cer­tains textes publiés dans dif­fé­rentes revues dont voi­ci la liste actuelle : La Corne de Brume, Libelle, Le Grand Os, Le Journal des Poètes, Traversées, Poésie Première, Écrit(s) du Nord, Le Capital des mots, Décharge, Arpa.

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