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Eric Jacquelin : 5 poèmes

2018-01-26T14:36:50+00:00

 

Je mange le sable, je bois le vent,
Je sens les pois­sons qui nagent dans mon sang.

Ma mai­son est au milieu de la mer,
Elle flotte près de l’horizon.

La tête en bas, je me balance.

Le jour, épar­pillé, je suis mul­tiple,
Le soir, dans tes bras, je me retrouve unique,
A l’heure où le ciel et la mer
S’unissent pour le meilleur et pour le pire.

 

 

***

 

Les larmes du diable tombent
Sur la mer, le souffle du nord se lève.

J’ai trop pen­sé au lieu de rêver,
Dit le vent, j’ai pris le man­teau de la tem­pête
Pour qu’on me recon­naisse dans la rue,
J’ai sui­vi les cou­rants de la fête
Pour qu’on me voit entiè­re­ment nu,
Mais que suis-je deve­nu,
Un sou­ve­nir, une image, un exi­lé ?
Me suis-je trom­pé de rêve ?
Mes pau­pières, aus­si légères et soyeuses
Que les pétales d’une rose,
Se sont refer­més sur le pas­sé.

 

 

***

 

Un reflet de rêve : lumière que l’on boit le matin
Avant que nos orbites, nids du ciel, voient l’horizon.

Attention ici les mots et la morts
Sont si proches, une barque d’or
Ne porte pas la vie, un arc-en-ciel
Ne fait pas le soleil. Je suis si près des nuages
Que j’y retour­ne­rai sans doute,
Je n’ai plus peur, ni des orages ni des fleurs.

 

 

***

 

 

Peu à peu, le sang pâlit,
La mon­tagne len­te­ment s’écroule sur nous,
Nuages après nuages, pierre par pierre, de rêves  en rêves,
La beau­té, l’espérance et la bon­té ren­dues ici-bas !

Pourtant le cœur bat :
Les mots et les men­teurs,
Les pay­sages et les fron­tières,
Le soleil et les cendres.

Au creux de la vague, l’enfance revient :
On ne par­lait pas, on échan­geait des secrets,
On ne chan­tait pas, on enchan­tait le temps :
Des ombres brillantes dan­saient,
Des voix silen­cieuses nous ani­maient.

Nos cœurs encore verts,
Dont les nobles accents nous gran­dis­saient,
Bondissaient de mots en gestes
Abolissaient les mers et l’horizon.
On ne par­lait pas, on échan­geait des secrets,
On ne chan­tait pas, on enchan­tait le vent.

 

 

***

 

La tem­pête a déra­ci­né toutes les sta­tues de pierre,
Il ne reste que des socles vides.

Que mettre à la place ?
Des portes de verre, des visages de glace, des rêves en papier ?

Le temps boit le sang
Jusqu’à la der­nière goutte.

Les vagues me tendent leurs lèvres d’écume,
Remuent les sou­ve­nirs et l’amertume.

Mes pas sont aus­si légers
Que ceux d’une ombre,
Le soleil a dépo­sé un écho dans l’eau,
Un rocher a lais­sé une main dans le sable.

Je m’éloigne des vir­tuoses de la médio­cri­té,
Des épi­leurs de roses et des inven­teurs de véri­tés.

 

Présentation de l’auteur

Eric Jacquelin

Membre du comi­té de la Société des Poètes Français
Président du jury de la Baie en Poésie (Mont Saint-Michel)
Membre de l’association de poé­sie An Amzer

Site poé­sie : eric​jac​que​lin​.over​-blog​.com
Site pho­tos : www​.eric​jac​que​lin​.com

Recueils édités

  • Je parle si bas que seule la lumière peut m’entendre, Edition La Nouvelle Pléiade – 2011 – 1er prix de la Principauté d’Orange
  • Les rêves de la méduse, Edition la baie en poé­sie – 2010 – 1er prix de la baie du Mont St Michel
  • Lointains, édi­tions LGR, 2000
  • Anthropophages, édi­tions LGR, 1996
  • Crinières des rêves, Chambelland, 1989

Recueils primés non édités

  • Le front contre le ciel, 3ème prix de la ville d’Arles et 2ème prix Tavel-Avignon, pre­mière par­tie édi­tée dans la sélec­tion annuelle de Tarabuste (2009)
  • L’arbre et la mer a obte­nu le 3eme prix de la ville de Pau (2012) 
    Prix Blaise Cendrars à Vannes en 2016 pour le recueil “La mort du pois­son à plume”

Revues et Anthologies

Participation à des revues : Tarabuste, le cris d’os, Phréatique…
Anthologies : Triages, Flammes Vives, Société des Poètes Français, Editions Robin

 

 

Eric Jacquelin

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