> Gili Haimovich : Lines /​ Des Vers et autres poèmes

Gili Haimovich : Lines /​ Des Vers et autres poèmes

Par |2018-09-05T13:04:03+00:00 3 septembre 2018|Catégories : Gili Haimovich, Poèmes|

Poèmes tra­duits de l’Hébreu à l’Anglais par l’auteure
et tra­duc­tion de l’Anglais au Français par Marilyne Bertoncini

 

 

Lines (or : Hebrew-Yiddish-French Poetry Reading)

 

Even when you get to lis­ten to a harp
It’s from the gra­ted side.
This is how you lear­ned to love
even the color green,
through the columns of  the Seine river’s bridges.

To be sim­ply star­ched like that,
arms arched as well,
like one line
in a ruled note­book.

 

 

Des Vers (ou une lec­ture en hébreu-yid­dish et fran­çais)

 

 

Même quand vous écou­tez une harpe
C’est du côté où ça gratte.
C’est ain­si que tu appris l’amour
même la cou­leur verte,
entre les colonnes des ponts de la Seine.

 Etre tout sim­ple­ment rai­die comme ça,
les bras en arches aus­si,
comme une seule ligne
dans un cahier réglé.

 

Lines (or : Hebrew-Yiddish-French Poetry Reading) by Gili Haimovich
from her book Landing Lights (Orot Nechita), Iton 77 Publishing House, 2017.
Translated to English by the author.

*

 

A Vein Root

 

No grass cradles you,
no green allures you,
an angry pum­ping vein
of a muted tree.
Unable to tole­rate the under­ground,
attemp­ting to stand up, you push your­self above it,
bet­ween the pave­ment and the wire fence.
At least it’s not a peek-a-boo woo­den one,
made of your own spe­cies.
Gazing at the free­dom of chil­dren in the park,     
you don’t fall for their sweet­ness
nor for the one birds’ tweets can offers.
You’re just there,
an evi­dence of neglect,
of how rea­ching out for more soil
will awa­ken your senses
to no more than rough­ness.

 

 

La Racine d’une veine

 

Nulle herbe ne te berce,
nul vert ne te tente,
rageuse veine aspi­rante
d’un arbre muet.
Incapable de sup­por­ter le monde sou­ter­rain,
ten­tant de te dres­ser, tu te hisses par-des­sus,
entre pavé et grillage.
Au moins,ce n’est pas l’un de ceux en bois ajou­ré
comme ceux de ton espèce.
Contemplant la liber­té des enfants dans le parc,
tu ne craques pas pour leur dou­ceur,
ni pour celle qu’offriraient les pépie­ments d’oiseaux.
Tu es sim­ple­ment là,
témoi­gnage de négli­gence,
de ce que ten­ter de gagner de la sur­face
n’éveillera tes sens
à rien d’autre que la vio­lence.

 

*

 

Wrinkled Page

 

Your body can’t conceal its bio­gra­phy.
Tenderness flies back and forth.
You wished to be a blank page,
a fer­tile land for trees, pas­sages, a lap­top or wife.
Wishing to be loved is sha­me­ful.
So ins­tead you pre­fect your hand wri­ting
and man­ners.
How blank can a wrink­led page be ?
Your body can’t conceal its bio­gra­phy.
Nor contain it.

 

Page frois­sée

 

Ton corps ne peut pas cacher son his­toire.
La ten­dresse va et vient.
Tu vou­lais être une page vierge,
une terre fer­tile pour des arbres, des pas­sages, un ordi ou une épouse.
Vouloir être aimé est une honte.
Alors pour la peine, tu dis­ci­plines ton écri­ture
et tes manières.
Jusqu’à quel point une page frois­sée est-elle vierge ?
Ton corps ne peut pas cacher son his­toire.
Ni la conte­nir.

 

*

 

Perfectly Loving

 

We pro­ved them
that we, the impai­red, the not-real­ly-desi­rable,
love per­fect­ly.
After eve­ry one bought into it,
we reve­led ter­rible fights, spat hatred,
for it to seem belie­vable.
Then, we with­drew
from expo­sing our­selves to anyone who’s not us.
You went on to tickle my temples
and I, to fiddle your tes­ticles.
There,
defi­ni­tions won’t find us.

 

 

Parfaitement aimant

 

Nous leur avons prou­vé,
que nous, les défi­cients, les pas-vrai­ment-dési­rables,
savons aimer par­fai­te­ment.
Quand tout le monde a approu­vé,
nous nous sommes délec­tés de ter­ribles com­bats,
cra­chant la haine,
pour que ce soit cré­dible.
Puis, nous avons ces­sé
de nous expo­ser à d’autres que nous-mêmes.
Tu as conti­nué de cares­ser mes tempes
et moi, de jouer avec tes tes­ti­cules.
Là,
les défi­ni­tions ne peuvent nous atteindre.

 

*

 

Before the Becoming

 

The people who knew us before our beco­ming
peel the dark­ness we car­ry
in the hol­low pockets of our par­ka.
They wit­ness our novel­ties,
quiet­ly sha­ming.
Useful for nothing but heart­war­ming, 
no confes­sions can be made
to the people who knew us before our beco­ming,
the ones we still secret­ly car­ry.

As much as I’m pee­ling your layers of clothes away,
I’m unable to take away our fami­lia­ri­ty.
The people that know us much after beco­ming
let the heat of their body shade our bare­ness. 

 

 

Avant qu’on n’évolue

 

Les gens qui nous connurent avant qu’on n’évolue
pèlent l’ombre que nous por­tons
dans les poches vides de nos par­kas.
Ils assistent à nos expé­riences,
nous humi­lient sans y pen­ser.
Parfaitement inutile mais récon­for­tant,
aucun aveu ne peut être fait
à ceux qui nous connurent avant qu’on n’évolue,
ceux que nous por­tons secrè­te­ment encore.

Pour autant que je pèle  les couches de tes habits,
je ne par­viens pas à  voler notre inti­mi­té.
Les gens qui nous connaissent bien après qu’on évo­lue
font avec la cha­leur de leur corps l’ombre de notre nudi­té.

 

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