> Guillaume Boppe, Le Coude

Guillaume Boppe, Le Coude

Par | 2018-01-05T18:00:18+00:00 19 octobre 2017|Catégories : Critiques, Guillaume Boppe|

« L’avenue
qui mène
à l’autre pays »

La lec­trice que je suis est tou­chée une fois encore par la finesse de l’écriture de Guillaume Boppe et sa jus­tesse. Son élé­gance aus­si. Le coude est le troi­sième recueil d’une série publiée chez le même édi­teur. Trois recueils qui témoignent de la même exi­gence de pré­ci­sion et d’exactitude. Vague en 2012, Toi en 2014.

Le der­nier, porte un titre énig­ma­tique. Le coude. Le corps, la route. Deux sens comme deux indices pos­sibles. Il est com­po­sé de deux par­ties Le Coude, sous-titrée “récit” et Rue des ambas­sades, sous-titrée “sou­ve­nirs”. Ce qui est assez inha­bi­tuel en poé­sie.

Guillaume BOPPE, Le Coude, Propos2éditions, 2017, 74 pages, 13 euros.

Guillaume BOPPE, Le Coude, Propos2éditions, 2017, 74 pages, 13 euros.
Photo de cou­ver­ture de Marjory Salles et gra­phisme de Michel Foissier

La rue, le trot­toir, la sirène, la voi­ture, ces élé­ments se mêlent en une atmo­sphère urbaine oni­rique qui devient rapi­de­ment fami­lière dans son étran­ge­té même. Peut-être une ville du sud à cause des pla­tanes de l’avenue, en tout cas une ville de « l’autre pays », celui de la mémoire et des sou­ve­nirs.
On pense à des pay­sages urbains de Chirico. Cette ville qui ne sera jamais nom­mée semble déserte. Seuls les sou­ve­nirs du nar­ra­teur-poète lui donnent une épais­seur et ses mots nous la rendent visible dans son effa­ce­ment. Comme ces gens qui s’extraient d’une voi­ture et que Guillaume Boppe nomme « les pré­ve­nants ».
Il y a là un uni­vers sin­gu­lier mar­qué par le silence et qui nous donne à voir un monde res­ser­ré dans l’espace d’une ville qui ne sera jamais nom­mée. L’enfance ? Un espace étouf­fant et pour­tant tra­ver­sé par le poème, qui devient pro­me­nade entre la vie et la mémoire. Le regard du nar­ra­teur-poète rap­pelle celui d’un enfant. Une inno­cence du regard qui montre juste ce qu’il voit :

« le bras se rap­proche 
des hanches »

Et nous, lec­teurs, nous rap­pro­chons, comme le poète de ses sou­ve­nirs.  Puisque nous mar­chons rue des ambas­sades, sous les pla­tanes d’une ville incon­nue. Chaque lec­teur l’arpente à son tour et la recon­naît, parce que Guillaume Boppe nous y entraîne dans la rete­nue. Lecture devient ici che­mi­ne­ment.
Les poèmes consti­tuent une suite mar­quée de jalons dont ceux de la der­nière par­tie consti­tuent une étape impor­tante dans la pro­gres­sion vers le sou­ve­nir retrou­vé. Leur étrange atmo­sphère se révèle par­fois dou­lou­reuse et, en même temps, telle l’eau sou­ter­raine dont se nour­rissent les morts (et les mots), essen­tielle.

« une ville dont on vou­drait se faire un voile

un dimanche sans but
sauf sa der­nière lumière venue »

Est-il écrit à la der­nière page. On y retrouve la pudeur et la déli­ca­tesse du poète pour dire ce qui, du pas­sé et du pré­sent a per­mis le sur­gis­se­ment du poème.
La cou­ver­ture de Michel Foissier rend jus­tice au texte, bleue et tra­ver­sée d’un arc lumi­neux. Le coude.

mm

Sylvie Durbec

Sylvie Durbec est née à Marseille en 1952.
Vit  au sud. A quatre fils. Ecrit depuis une ving­taine d’années.
Poète, plas­ti­cienne, tra­duc­trice.

Voir la fiche com­plète de l’auteur

X