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Ile Eniger, Solaire, extraits

Par |2020-03-06T08:32:38+01:00 6 mars 2020|Catégories : Ile Eniger, Poèmes|

 

Orage sec, on entend l’été armer ses fusils. Les cuivres du soleil mar­tèlent les heures jusqu’au blanc des façades. C’est encore le temps des cerises dans les mémoires prin­ta­nières que déjà, gorge dure ten­due, la terre cra­quelle sous la charge de juillet. Un plomb incan­des­cent des­sèche ses cre­vasses. Chaque ton­nerre sans eau plisse davan­tage les sols. Haletantes, des bouches de soif vident les sources. Les portes des granges sont ouvertes, les bêtes en alpages, les mouches aban­don­nées dans l’air pous­sié­reux. Aux rem­blais famé­liques, s’affaisse le jaune étique des herbes alté­rées. Les cigales psal­mo­dient au bra­sier de midi et dans le mûr des blés quelques coque­li­cots exaltent la récolte. Ici, ailleurs, par­tout, la vie res­pire à petits coups, pen­due au clou brû­lant de la forge esti­vale.

 

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Un jour je suis entrée dans la mai­son de ton nom, c’était l’exact de ce que j’attendais. J’y suis res­tée et plus jamais je n’ai eu froid et plus jamais je n’ai eu peur. Qu’on ne me parle pas de cage, il s’agit là de la plus haute, de la plus abso­lue des liber­tés.

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Des traces de mots sur la neige de papier. Un chant d’alouette dans la gorge. Des miettes de paix sur le fra­cas des hommes. L’eau, le sel, le pain. Et même si le fer-blanc du jour fait muraille, même si la terre cre­vasse, même si les mains rident comme arbres d’hiver, nous sommes ceux qui ont mar­ché pour ceux qui mar­che­ront. Nous sommes le che­min qui porte. L’avant, l’après, pen­dant, autour, tout, rien, jamais, tou­jours. Irrationnels, réels, nous sommes le chaos, l’incertitude, et sur­tout l’immortel espoir. Enfants et frères du vivant toutes formes confon­dues, nous sommes l’appel et la pré­sence. Et quand la houe du vivre laboure nos pas­sages pour je ne sais quelle mois­son, encore nous sommes le pos­sible amour.

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Terre de sep­tembre, ma Mère, comme toi je suis des der­niers fruits et des gue­rets san­guins. Comme toi, je pro­tège la parole don­née et la graine à venir. Au soir de lune orange sur le por­tant de vignes, au por­tail de l’ultime sai­son, je sais les mots de feu et les pas qui inventent la route. Des sols char­nus jusques aux cimes, j’accueille tes élé­ments, ta géné­reuse constance. Dans la coupe des mains, je bois à ton exac­ti­tude. Des cri­nières d’arbres aux per­sé­vé­rances d’herbes, je che­vauche tes traces avec les plumes d’ange et les abeilles en miel. Je ne cède­rai rien aux dor­mances d’hiver, je les tra­ver­se­rai, riche de tes pro­messes. Et c’est debout, en lumière mon­tante, que je l’écris à l’encre rouge au mor­dant d’un ciel qui s’embrase : solaire, je suis légi­time d’aimance.

 

Extraits de Solaire – Éditions Chemins de Plume

Présentation de l’auteur

Ile Eniger

C’est une longue marche qui obli­tère le soleil et neige d’aubépines. La sai­son change de chaus­sures, le jour est moins vieux, les arbres anciens savent. Encore un bel été se dit l’oiseau. I.E.

Ile Eniger est née dans le Vaucluse, d’un père pay­san lui com­mu­ni­quant le res­pect de la terre et d’une mère la sen­si­bi­li­sant à la poé­sie. Ile Eniger est l’épouse du peintre Emile BELLET.

Poète et roman­cière, elle écrit dans la rigueur et l’exigence, plus haut que les tié­deurs et les habi­tudes.

Revues lit­té­raires – Participation Abrégé d’Histoire Littéraire Français/​​Roumain – Lectures publiques – Conférences – Cafés lit­té­raires – Salons du Livre – Ateliers d’écriture – Revues poé­tiques – Spectacles poé­tiques.

 Site : insu​la​.over​-blog​.net

 Bibliographie

 Éditions Alternatives et Culture  : (Textes poé­tiques) : Regards vers ailleurs

 Éditions Corporandy : (Textes poé­tiques) : Empreintes

Éditions Cosmophonies :  ( Textes poé­tiques) : La parole gelée – Les terres rouges – Une pile de livres sous un réver­bère – Du feu dans les herbes – Celle qui passe

Éditions Chemins de Plume:(Textes poé­tiques) : Il n’y aura pas d’hiver sans tan­go, mon amour – Le bleu des ronces – Bleu miel – Terres de ven­danges – Et ce fut le jar­din (Photos D. Cuneo) – Poivre bleu – Un vio­lon sur la mer – Boomerang – Le rai­sin des ours – La mai­son dans les airs – Le che­min encore – Le monas­tère de l’instant – Textes poé­tiques 2000/2004- Hors sai­son – Sur le par­cours, com­pi­la­tion­tome 1 – Solaire – Un che­min de papier, com­pi­la­tion tome 2

(Nouvelles) : Les petites grand-mères– Simples voix

(Jeunesse) : Gwendoline, la rue du chat qui tousse (des­sins E. Bellet)– Gwendoline, l’oiseau en cage (des­sins E. Bellet) -Du côté de l’envers (des­sins E. Bellet) – Gwendoline et Oscar, écri­ture à quatre pattes (avec Corinne Josseaux) .

 Éditions Collodion : (Textes poé­tiques) :L’Inconfiance – Un coque­li­cot dans le pou­lailler

 Éditions Le Libre Feuille : (Textes poé­tiques) :  Le désir ou l’italique du jour (Encres M. Boucaut)- Une ortie blanche (Gravures M. Boucaut) (Prix Livre d’Artiste Salon d’Automne 2012 Paris – Bibliothèque des Livres Rares et Précieux Lausanne) – Peu de chose (Encres M. Boucaut)

Éditions Amapola : (Correspondance avec le chan­­teur-auteur-com­­po­­si­­teur D. Ottavi) : D’une île, l’autre

Éditions Parole (Roman) : La femme en vol

 

Collectifs Revues Poésie

(France) : Les Citadelles-Lieux d’être – Les Carnets d’Eucharis – Nouveaux DélitsMenu FretinDégaine ta rime – La voix des autres –- J’ai rêvé d’une gare – (Belgique) : Diptyque – (Canada) : Histoires à boire debout – (Ile Maurice):Point Barre

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