> Jean-François Mathé, Vu, vécu, approuvé

Jean-François Mathé, Vu, vécu, approuvé

Par |2018-06-05T10:58:14+00:00 3 juin 2018|Catégories : Jean-François Mathé, Poèmes|

Vu, vécu, approu­vé
Dix poèmes inédits

 

 

 

Un petit nuage est arrê­té en plein ciel

comme ce qu’il reste d’un cri dans la gorge.

A peine com­men­cée la sai­son ne sait plus où aller

et me laisse incer­tain dans son incer­ti­tude.

Mais l’essentiel a peut-être été dit,

crié avant que le temps n’ouvre ses autres portes

à des ciels de plus en plus trans­pa­rents

d’où tom­be­ront des ailes fati­guées.

 

 

 

Ce furent des jours,

encore des jours,

et des nuits peut-être

mais vécues entre des paren­thèses

légères comme des rideaux

qui s’écartent avant d’avoir rien rete­nu.

Il s’habitua à vivre sans rêves,

presque sans som­meils

dans le poing tou­jours ser­ré sur lui de la lumière.

S’il allu­mait une ciga­rette,

il n’en regar­dait que la fumée légère

où sa vie oubliait un ins­tant

qu’elle deve­nait une pierre.

 

 

 

Une feuille, morte avant nous,

flotte d’un bord à l’autre du vent.

Nous lui envions sa légè­re­té

que notre vie ne nous accorde pas,

même si nos jours, nos nuits

sont des feuilles, mais, elles,

alour­dies de pluie

et qui tombent de l’arbre au sol

tout droit comme s’il

n’y avait pas de vent

pour les aimer.

 

 

 

Je regar­dais le feu

vivre du bois qu’il fai­sait mou­rir

et la neige tom­bait sans amas­ser

du silence sur le toit,

comme si rien ne pou­vait poser

la paix sur le monde.

Un mur­mure aurait déchi­ré la voix,

mais se taire

ne fai­sait pas taire la mémoire

achar­née à creu­ser son che­min

vers le sou­ve­nir des morts

qui n’étaient morts qu’après la souf­france,

comme le bois dans le feu.

 

 

 

Et vint l’été qui m’arracha

les ombres dont je fai­sais mes poèmes.

L’été violent.

En bas moins d’herbe que de pierres,

en haut un ciel que le bleu ne cal­mait pas.

Où que j’aille,

je trou­vais la lumière

sans porte à ouvrir sur de l’inconnu.

Elle avait effa­cé tous les rêves

avant qu’on les rêve.

 

 

 

J’ai deman­dé à l’horizon

qu’il libère les che­vaux

qui étaient allés mou­rir au-delà de lui.

Qu’ils reviennent où je les attends,

avec ce galop de silence

qui est désor­mais le leur

et ne réveille pas les pierres.

Il y a ici la nuit et l’herbe des rêves

dans un pré où j’irai les cares­ser

comme quand j’étais enfant,

comme s’ils étaient vivants.

Ils ouvri­ront vers moi leurs yeux aveugles

qui ne voient que les sou­ve­nirs.

 

 

 

Quand tu t’en vas der­rière tes yeux,

ce n’est ni pour dor­mir ni pour oublier.

C’est pour t’égarer dans la nuit où

l’on ne trouve ce qu’on cherche qu’en s’égarant.

Les che­mins de l’ombre sont plus nom­breux

que ceux du jour, et eux tu les as par­cou­rus

sans jamais ren­con­trer per­sonne

capable de t’offrir des mots

aux­quels tu aurais aimé répondre.

L’ombre, elle, aime que ton silence

réponde au sien.

 

 

 

J’aime regar­der

le vent qui ne se voit pas,

j’aime poser les pierres

sur la peau de l’eau

pour qu’elles y dis­pa­raissent,

j’aime feuille­ter les pages

dont la blan­cheur en dit plus

que les mots qui y sont écrits,

j’aime que le vide, en tout, tienne

la porte ouverte à qui ne veut que par­tir.

 

 

 

Faire à pied

le tour de l’instant heu­reux

pour qu’il dure,

et me laisse le temps

de poser mes mains

si loin de moi

que l’angoisse jamais

ne pour­ra plus les ser­rer

sur ma gorge et

les mots qui vou­draient crier.

 

 

 

J’aimerais que quelqu’un m’attende

comme un poème lu

sur la page

encore blanche

 

 

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