Jean-Jacques Nuel, ITINÉRAIRE et autres poèmes

Par |2020-11-06T12:28:32+01:00 6 novembre 2020|Catégories : Jean-Jacques Nuel, Poèmes|

tu ne referas plus
ce tra­jet adolescent
entre la sor­tie du lycée
et la gare routière
où tu attendais l’autocar
de 18 heures 20

t’ar­rê­tant une seule fois
pour acheter un pain
aux raisins
dans une boulangerie
aujour­d’hui disparue

si l’étab­lisse­ment
sco­laire dresse toujours
sa longue façade rouge
dans la même rue
en face d’un entrepôt
désaffecté

la gare a déménagé
depuis longtemps loin
du quarti­er de la colline
où te guide
encore
la mémoire de l’asphalte

 

                    *

 

 

 

COMMERCE DE PROXIMITÉ

 

les bou­tiques fer­ment les unes
après les autres
dans la petite cité
de caractère
qui se paupérise au fil des ans
sur la vitrine
de la mer­cerie de la rue des Remparts
un pan­neau pas-de-porte à céder
et juste au-dessous
l’avis qu’un verre de l’ami­tié sera servi
le dernier same­di du mois
jour de la fermeture
défini­tive à ses clients fidèles
une façon de leur dire
merci
une façon de leur dire
adieu

                    *

 

 

 

POÈMES AUTOROUTIERS

ce matin encore au volant
de ta voiture tu es bloqué
sur l’au­toroute menant à la métropole
2 kilo­mètres de bouchon
30 min­utes de retard
annon­cés en let­tres lumineuses
sur le por­tique dom­i­nant les voies
tu te mets au point mort
tan­dis que se glis­sant dans le sillage
d’un véhicule de sécurité
ton ange gar­di­en te double
sur la bande d’ar­rêt d’urgence

                    *

debout peu avant minu­it devant une table haute
de la sta­tion d’autoroute
tu buvais un café
légère­ment amer
con­tem­plant un gob­elet de carton
blanc mar­qué de rouge
à lèvres lais­sé là par une passagère
de la nuit
la lumière était artificielle
et les êtres en décalage
horaire

                    *

remon­tant la file de gauche de l’autoroute
tu dou­bles un long poids lourd
que tu vois diminuer
et lente­ment disparaître
dans le rétroviseur
et les profondeurs
de la dis­tance ah s’il pou­vait en être de même
avec ce vieux et lourd
poids sur ton cœur

                    *

sur 107 point 7
Radio Traf­ic ne mentionne
aucun incident
aucun acci­dent sur l’A6
et pour­tant tu es sûr d’avoir vu
dans le rétroviseur
une frac­tion de seconde
l’apocalypse
juste avant qu’un virage
ne dérobe la scène

                    *

seul dans l’habitacle
d’une berline conçue pour 4
à 5 personnes
tu remontes l’au­toroute A7
et le couloir rhodanien
Lyon 242 kilomètres
le vent contraire
dimin­ue ta moyenne horaire
mais rien ne te presse d’arriver
à destination

                    *

juste un véhicule léger
à la car­rosserie couleur grisaille
garé devant la station-service
de l’aire de repos
et sur le park­ing à l’arrière
du bâti­ment quelques routiers
dor­mant sur la couchette
de la cab­ine de leur poids lourd
au lever du jour
les jeux d’en­fants sont sous la neige

                    *

zone de mon­tagne une descente
à forte pente
sur un pan­neau triangulaire
à lis­eré rouge pointe en haut
le pic­togramme d’une voiture inclinée
vers le bas 30 % sur 800 mètres
puis les avertissements
utilisez votre frein moteur
use your engine braking
avant le beau pan­neau carré
à fond bleu
représen­tant la voie prin­ci­pale en courbe
et une autre voie rectiligne
se ter­mi­nant par un rectangle
à damiers rouges et blancs
comme une invi­ta­tion subliminale
à rejoin­dre la voie
de détresse

                    *

avant la dis­pari­tion de l’en­tre­prise internationale
de trans­port routi­er et de logistique
sa flotte immense de camions rouges
croi­sait sur les autoroutes européennes
le logo for­mé de ses 2 initiales
blanch­es sur le flanc des véhicules
au temps de sa splendeur
le site du trans­porteur proposait
même à la vente des poids-lourds
en mod­èles réduits
à l’échelle 1/87
pour quelques dizaines d’euros
on peut encore se procurer
sur e‑bay ces derniers restes

                    *

 

 

 

Présentation de l’auteur

Jean-Jacques Nuel

Jean-Jacques Nuel est né le 14 juil­let 1951 à l’Hôtel-Dieu de Lyon et réside actuelle­ment en Bour­gogne, près de Cluny. Il se con­sacre à l’écriture de textes courts, d’aphorismes, de réc­its et de poèmes.

 

Romans et récits :
Une sai­son avec Dieu, édi­tions Le Pont du Change, 2019.
Ter­mi­nus Per­rache (polar), édi­tions Ger­mes de bar­barie, 2019.
La malé­dic­tion de l’Hô­tel-Dieu (polar), édi­tions Ger­mes de bar­barie, 2018. (Prix de la fic­tion 2018 décerné par la SELYRE)
Le nom, édi­tions A con­trario, 2005.

 

Nou­velles et textes courts :
Jour­nal d’un méga­lo (300 brèves humoris­tiques), édi­tions Cac­tus Inébran­lable, 2018.
Bil­lets d’absence (86 textes brefs), édi­tions Le Pont du Change, 2015.
Le mou­ton noir (16 textes brefs), édi­tions Pas­sage d’encres, col­lec­tion Trait court, 2014.
Courts métrages (80 textes brefs), édi­tions Le Pont du Change, 2013.
Let­tres de cachet (4 textes brefs), édi­tions Aspho­dèle, col­lec­tion Con­fet­tis, 2013.
Por­traits d’écrivains, édi­tions Edit­in­ter, 2002.
La gare, édi­tions Orage-Lagune-Express, 2000.

 

 Poésie :
Du pays glacé salin, Cheyne édi­teur, 1984.
Noria, édi­tions Pleine Plume, 1988. Prix André Seveyrat 1990.
Immenses, édi­tions Pré car­ré, 2002. (1ère édi­tion Le Pré de l’âge, 1989).
 La Revue, mode d’emploi, (guide), 2e édi­tion revue et aug­men­tée, L’Oie plate, 2006.
Joséphin Soulary, poète lyon­nais, (biogra­phie), édi­tions lyon­nais­es d’art et d’histoire, 1997. Prix du Livre 1997 du Con­seil général du Rhône.

 

*

Par­tic­i­pa­tion aux anthologies :
Almanach du saumon poé­tique 2014, et 2015, édi­tions du Petit Véhicule.
Une antholo­gie de l’imaginaire, arcane cinquième, édi­tions Rafael de Sur­tis, 2001.
111 poètes d’aujourd’hui en Rhône-Alpes, Mai­son de la Poésie Rhône-Alpes/Le Temps des ceris­es, 2005.
Codex Atlanti­cus n° 16 et n° 17, antholo­gie fan­tas­tique, 2007 et 2008.

Nom­breuses col­lab­o­ra­tions en revues et mag­a­zines, dont L’Infini, L’Atelier du roman, Flu­ide Glacial, Europe, Har­fang, Moe­bius, Nou­velle Donne…

Site per­son­nel : www.jeanjacquesnuel.com

 

 

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