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Jean-Pierre Boulic, IMPRESSIONS et autres textes

Par |2018-09-02T12:28:56+00:00 4 septembre 2018|Catégories : Jean-Pierre Boulic, Poèmes|

IMPRESSIONS

Le jour passe l’épaule
Le moi­neau gris
Sur le talus s’immisce

Le par­fum des fou­gères
Ne gêne en rien
Le songe d’un vieux trèfle

Sur la dune et les champs
L’air est léger
Et son souffle invi­sible

Le pré­sent est si beau
À la Saint-Jean
Dans l’élan du sol­stice

Je vis ces lieux aimés
De la lumière
Qui perle goutte à goutte.

                       *

 

CHEMIN

Sagesse des pas­se­reaux
Et louange des ombel­li­fères
Humus aux par­fums boi­sés
D’une allée où l’on trouve son âme

Lueurs des pierres
Et souffle de la créa­tion
Sous le regard du soleil

Mes lèvres s’ouvrent
S’accordent d’un cœur émer­veillé
Au che­min de l’invisible.

                       *

 

ENVOL

Son plu­mage s’ébouriffe
Et de son pas étoi­lé
À l’instant de son envol
Il trace l’ordre des choses.

Non ce n’est pas la bles­sure
De la neige du jar­din
Sous le dur soleil d’hiver
Mais le saut d’un rouge-gorge.

Retiens sa magni­fi­cence
Au point de faire silence.

                       *

 

DÉCRYPTAGE

Tombée du jour sur le port
Oiseaux à même les quais
Nos pas chu­chotent, écoute
Les feux s’allument en mer.

À la barre d’horizon
D’un ciel sans convul­sion
La lampe rouge du phare
Arrimé aux pierres noires.

Le temps semble s’échapper
Un signe nous est don­né
Regarde et vois, seul demeure
Le beau silence incréé.

                       *

 

OISEAU

Oiseau gar­dant les yeux ouverts
Tu vas si dif­fi­ci­le­ment
Sur le satin des jours des nuits
Par la forêt ses châ­tai­gniers
Et les chu­cho­te­ments de l’ombre
Parmi les landes et bruyères
La vaine terre les clai­rières
Des par­celles de vie.

 

 

 

EN PENSANT AU 26 JUILLET 2016

                                                    in Père Jacques Hamel

 

Offrant à jamais le sacri­fice
D’un Christ rele­vé,
Avec une poi­gnée de fidèles
Le vieil homme au regard éma­cié
A vu ses bour­reaux
L’exécuter sans rai­son sinon
Celle cruelle sor­tant alors
D’un cœur de misère
Ignorant ce qu’il fait d’être ain­si.

Le sang du vieil homme
Vivante parole
Allant aux join­tures et moelles
A cou­lé sur la légè­re­té
De cet été au pied de l’autel
Et sur les par­vis de l’Éternel.

Depuis Abel jusqu’à Zacharie*1
Et celui du mort au Golgotha,
Un lieu-dit sinistre,
Tous mar­tyrs d’aimer sans renon­cer
Le sang a cou­lé
De la plus petite pau­vre­té.

Le sang a cou­lé
De ceux qui ont vécu l’indicible
De la liber­té
Dont cer­tains veulent bri­ser la clé.

De son sang ver­sé
Le geste d’abandon du vieil homme
En toutes villes et les bour­gades
Allume la lampe
Qui peut éclai­rer l’amour du monde.

 

                                           

 

 

 

 


Notes

  1. *Luc 11,51[]

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