> Julien Cormeaux, Camarade, Une ville, un port

Julien Cormeaux, Camarade, Une ville, un port

Par | 2018-06-03T14:47:32+00:00 3 juin 2018|Catégories : Julien Cormeaux, Poèmes|

Camarade

 

Ma plume s’érafle à cher­cher ton enclume
Dans tous les coins per­dus de l’étrange nature
Je suis le serin qui façonne l’amour d’airain
Je frappe à ton métal cama­rade
Mais ton étin­celle est morte.

Des hau­teurs de ma guette j’observais le grouillis
Mécanique et  som­nolent  des  ruches affai­rées.
N’ai vu qu’un bour­don gras ocel­lé d’huiles glauques.
Geste déses­pé­ré dans une cité de dupes.
Au bout de ma lor­gnette, hélas,
Camarade,
Je ne t’ai point trou­vé.

J’ai fouillé alors l’étendue gaste des déserts écla­tés
Tendu l’oreille aux milans  dont je croyais
Qu’ ils  por­taient ton nom dans les  nues.
À mes pieds  les buis­sons ardaient de fausses étin­celles.
Où es-tu cama­rade ?
Aurais-tu pris l’habit ran­cu­nier de l’ ermite ?

Mes ailes qui s’éraflent aux bar­reaux de ma cage
Soudain réveillent une vieille ter­reur
Le sou­ve­nir de ta main ten­due
Transparaît sous la sur­face exsangue.
Il est vain de cher­cher car je sais.
Je for­ge­rai pour nous la cloche expia­toire
Je me sou­viens sou­dain du surin de ma gloire
Car c’est moi qui t’ai tué,
Camarade.

 

 

une ville, un port

 

Aciers ruti­lants du port
Chaudrons noirs des coques amar­rées
Chagrins mauves des barques à l’esquive.
Éclairs gris et blancs de mouettes erra­tiques que l’océan tenaille
Et que moque l’azur  superbe.

Des chants de Sirènes s’élèvent en inces­sants répons
Sirène du joyeux départ, sirènes des pour­chas­seurs 
Et sirènes dans les têtes de mil­liers qui trans­passent
Les limites des pour­ris­soirs de haine.

Les sta­tues des Bourgeois ques­tionnent leur sym­bole et relèvent le col.
Quelques âmes meur­tries  tra­vaillent à l’avarie
Saintes auréo­lées au cœur des péris­soires
Sans des­sein et sans gloire, elles pour­suivent invain­cues
Leur course déri­soire.

Mon juge­ment s’épuise…Faut-il que je me taise ?
Ma volon­té se heurte à de hautes falaises.

La ville se clame belle
Tout de briques vêtue et de fines den­telles.
Elle rêve d’un Casino, de rou­lettes pros­pères
D’un plus juste hasard, d’une donne plus fière
Pour conju­rer enfin les regards de misère
Et le chant odieux des dam­nés de la terre.

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