Cama­rade

 

Ma plume s’érafle à chercher ton enclume
Dans tous les coins per­dus de l’é­trange nature
Je suis le serin qui façonne l’amour d’airain
Je frappe à ton métal camarade
Mais ton étin­celle est morte.

Des hau­teurs de ma guette j’ob­ser­vais le grouillis
Mécanique et  som­no­lent  des  ruch­es affairées.
N’ai vu qu’un bour­don gras ocel­lé d’huiles glauques.
Geste dés­espéré dans une cité de dupes.
Au bout de ma lorgnette, hélas,
Camarade,
Je ne t’ai point trouvé.

J’ai fouil­lé alors l’é­ten­due gaste des déserts éclatés
Ten­du l’or­eille aux milans  dont je croyais
Qu’ ils  por­taient ton nom dans les nues.
À mes pieds  les buis­sons ardaient de fauss­es étincelles.
Où es-tu camarade?
Aurais-tu pris l’habit ran­cu­nier de l’ ermite?

Mes ailes qui s’éraflent aux bar­reaux de ma cage
Soudain réveil­lent une vieille terreur
Le sou­venir de ta main tendue
Transparaît sous la sur­face exsangue.
Il est vain de chercher car je sais.
Je forg­erai pour nous la cloche expiatoire
Je me sou­viens soudain du surin de ma gloire
Car c’est moi qui t’ai tué,
Camarade.

 

 

une ville, un port

 

Aciers ruti­lants du port
Chau­drons noirs des coques amarrées
Cha­grins mauves des bar­ques à l’esquive.
Éclairs gris et blancs de mou­ettes erra­tiques que l’océan tenaille
Et que moque l’azur  superbe.

Des chants de Sirènes s’élèvent en inces­sants répons
Sirène du joyeux départ, sirènes des pourchasseurs 
Et sirènes dans les têtes de mil­liers qui transpassent
Les lim­ites des pour­ris­soirs de haine.

Les stat­ues des Bour­geois ques­tion­nent leur sym­bole et relèvent le col.
Quelques âmes meur­tries  tra­vail­lent à l’avarie
Saintes auréolées au cœur des périssoires
Sans des­sein et sans gloire, elles pour­suiv­ent invaincues
Leur course dérisoire.

Mon juge­ment s’épuise…Faut-il que je me taise?
Ma volon­té se heurte à de hautes falaises.

La ville se clame belle
Tout de briques vêtue et de fines dentelles.
Elle rêve d’un Casi­no, de roulettes prospères
D’un plus juste hasard, d’une donne plus fière
Pour con­jur­er enfin les regards de misère
Et le chant odieux des damnés de la terre.