> Martine Callu, Le Possible et autres poèmes

Martine Callu, Le Possible et autres poèmes

Par |2018-10-05T20:26:26+00:00 5 octobre 2018|Catégories : Martine Callu, Poèmes|

LE POSSIBLE

 

s’il n’y a pas d’oiseau pour l’emmener
où ira le vent levé
où se per­dra l’âme éga­rée
allons cama­rades de la glèbe
ne tré­pas­sons pas trop tôt
ayons le cou­rage d’arpenter le pos­sible

 

 

CHARTRES

 

la Beauce ouverte au ciel mou­vante exac­ti­tude des mar­cheurs dans l’ombre des églises closes
main­te­nant

quel blé quelle mois­son

les sillons s’étouffent de tant d’appauvrissement

les pales des éoliennes tra­hissent le vol des ramiers

les bos­quets trans­pa­rents de tant de coupes peinent à tenir au chaud l’ombre du soleil

pas à pas la pous­sière

osant le ciel les deux épines de la cathé­drale

ces pas si accor­dés ce sont ceux de Péguy qui nous dépasse il est déjà loin que nous sommes
encore à tar­der

il n’a pas fini d’écarter ce qui retient

 

 

EPAULE RONDE

 

faut il que la colère s’enraye pour per­ce­voir l’unité
fut ain­si la démarche
le soleil brille
la terre res­pire
les arbres croissent
les oiseaux s’envolent
faut il que mar­cher pas à pas apaise

le sen­tier lourd de haies pleines de mûres
que la cueillette soit que la confi­ture prenne

que le sens s’annonce dans la courbe

il y eut des épaules rondes

 

 

LA PREMIERE MARCHE

 

nous sommes sur la pre­mière marche
celle qui pèse

on a fait un rem­blai de cailloux de chif­fons de glaise col­lante
de mots pour tenir l’ensemble
de mots écrits sur les planches
de mots des­si­nés à la craie
de mots pour le futur

debout sur la pre­mière marche

on arri­ve­ra peut être à mon­ter sur la deuxième puis sur la troi­sième
dans l’espoir d’oser regar­der qui penche

est-ce le Christ sur sa croix
ou l’ombre d’un bana­nier pré­coce

il y avait au car­re­four un Calvaire entre deux arbres magni­fiques
il n’en reste plus qu’un
l’autre est mort
des­sé­ché

mais sans espoir ni déses­poir l’oiseau chante à l’unisson des syl­la­biques errances
quand l’aube jaillit pour plaire

 

 

SOLDAT

 

sen retour­na
casque dorties blanches
les fleurs pour­rissent vite
sen retour­na
bre­ton
le gra­nit tient la route vers le ciel
dur

 

 

UN JOUR DE PRINTEMPS

 

la nappe bro­dée de soleil et d’air
tran­chait sur le vert
ils s’y dépo­sèrent en silence pour fran­chir l’inconnu pay­sage
s’y dépo­sèrent de tous leurs os et ten­dons
de leur âme ils igno­raient qu’elle fut ce lieu de gra­vi­ta­tion
ils ne savaient pas qu’ils avaient le droit de croire

un jour de prin­temps léger de lumière
ils allèrent sur la col­line

la nappe si blanche bro­dée de soleil et d’air
tran­chait sur le vert
ils s’y dépo­sèrent en silence pour fran­chir l’inconnu pay­sage
s’y dépo­sèrent de tous leurs os et ten­dons
de leur âme ils igno­raient qu’elle fût ce lieu de lévi­ta­tion

le pain le vin par­ta­gèrent

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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