> Mathieu Gabard, Sang et miel, notes de Palestine et d’Israël

Mathieu Gabard, Sang et miel, notes de Palestine et d’Israël

Par |2019-05-10T08:51:24+02:00 5 mai 2019|Catégories : Mathieu Gabard, Poèmes|

extrait de Sang et miel de Palestine

 

Le Jourdain hurle
des cris percent les branches chaudes
sont-ce des enfants, des drones ou des nuages ?
la cha­leur noire lèche les rives
mon ventre est un galet noueux expo­sé au soleil
des libel­lules me caressent
je ne plonge pas
je compte les déchets 
jetés à la face du fleuve
bou­teilles en plas­tique
boîtes de conserve
paquets de chips
dieu souillé
homme souillé
nature souillée
poème souillé
comme s’il était bon d’être souillé
comme si on aimait ça
souiller
souiller
se souiller
j’ausculte les débris dans l’eau
ici aus­si me dis-je
ici aus­si
heu­reu­se­ment chaque ciel a sa forme de tour­te­relle 
pour rap­pe­ler l’enfance du pay­sage
mes idées noires s’épanchent dans l’eau
je deviens nu
une odeur d’eucalyptus 
pois­son clair sur le rivage

 

Un chien de feuilles mortes me court après

 

 

je me lève branches mornes 
alour­di de regrets
qui refleu­rissent encore
des col­lines de pen­sées ternes dévalent en moi
des années de ter­reau nour­ries d’amours mortes
la cha­leur monte
mes sou­pirs gonflent et char­rient des flaques d’eau stag­nante
j’en ai rem­pli des gouffres d’espoirs
je plonge sans élas­tique
le ciel me brûle le foie
j’erre dans les nuages gris
pris dans leurs baïnes
l’amour déferle et me tire vers le large
je bégaye des mouettes gla­cées

 

 

tra­verse
les plaies et les brû­lures

ranime
brode
le souffle
en com­mun

sur­saute
toi pas­se­relle
pars
livre
sois prêt
parle

sors de toi de ta ville de ton pays de ta reli­gion de tes pen­sées de ton corps de tes à prio­ri de tes envies de tes 
croyances de tes habi­tudes de tes idées noires de tes idées claires

à la lune 
saute
souffle
entre chair et terre

relie les gouffres

 

 

il pleut des morts 
les sou­ve­nirs nous tra­versent
comme des oiseaux noyés

 

Présentation de l’auteur

Mathieu Gabard

Poète et diseur, Mathieu Gabard explore l’écriture, autant indi­vi­duelle que col­lec­tive, et ses formes de trans­mis­sion.

En 2004, il sort un album de chan­son française avec le groupe Joglaré. Il suit paral­lè­le­ment une for­ma­tion lit­té­raire en Hypokhâgne et Khâgne au lycée de Sèvres, une for­ma­tion de théâtre contem­po­rain à la Compagnie du Pas Sage et une for­ma­tion musi­cale à l’école des musiques actuelles ATLA. En 2009, il sort un album solo épo­nyme en tant qu’auteur-compositeur-interprète. Il col­la­bore ensuite avec Armand Gatti et Hélène Châtelain lors d’expériences théâtrales et poé­tiques à La Parole Errante de Montreuil, à Strasbourg ain­si qu’à l’hôpital psy­chia­trique de Ville-Evrard.

En 2011, il crée un col­lec­tif plu­ri­dis­ci­pli­naire autour de l’écriture : l’Ecole Internationale Supérieure de Poésie Intercontemporaine (EISPI – www​.eis​pi​.fr). Il y déve­loppe des col­loques poé­tiques nomades, le Blind-Text (lec­tures par­ti­ci­pa­tives), le Catch Littéraire (com­bats d’écri­ture impro­visée par des cat­cheurs mas­qués), Cactus Calamité (fan­zine iti­né­rant de poé­sie contem­po­raine) puis le Festival Cactus Calamité qui réunit dif­fé­rents arts autour de la poé­sie.

En 2013, il écrit, joue et met en scène la pièce de théâtre Princesse de Terre Brûlée en col­la­bo­ra­tion avec le met­teur en scène et comédien haïtien Angelo Destin et le poète haïtien Fabian Charles. Il publie trois recueils de poèmes en auto-édi­­tion (Océan, Le che­va­lier errant qui vou­lait faire la révo­lu­tion avec des poèmes d’amour etLe chant des anco­lies)son der­nier recueil Les trains crient plus fort que les aigles, édi­tions Albache, a été sélec­tion­né au concours « Nouvelles voix d’ici 2017 » de la Maison de la Poésie de Montpellier.

En 2016, il crée un spec­tacle de per­for­mance poé­tique : Voyages,les trains crient plus fort que les aigles, mêlant poésie, théâtre, conte, danse et sons enre­gis­trés lors de ses péré­gri­na­tions. Depuis 2018, il joue En atten­dant les avions décollent, créé avec Pierre Bertrand, à par­tir de pro­pos d’hommes enfer­més au Centre de Rétention Administrative (C.R.A.) de Sète. À venir, la publi­ca­tion d’un récit de voyage :Sang et Miel, notes de Palestine et d’Israël, sélec­tion­né au Festival Textes En Cours2018 de Montpellier, et, une publi­ca­tion dans l’Anthologie des jeunes poètes 2019 chez le Temps de Cerises.

Il est aus­si Poète Public sur les mar­chés et dans les rues de Montpellier.

© Juliette Oger-Lion – poète pour jun 2019

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