Michel Saint Dragon, Nymphose et autres slams

Par |2019-11-06T11:13:29+01:00 6 novembre 2019|Catégories : Michel Saint Dragon, Poèmes|

Nymphose

Avouer les vagues
Comme la flaque chuchote
Le bruit de la pluie

Les alcalis sombres
Épousent les feuilles mortes
L’humus est une mémoire

Et qu’il est bon de vibrer
Là où la feuille bruit
Pareil au chant de l’oiseau

Dans la brasse du vent
Sif­flant souf­flant la plume
L’épistolière de l’âme

Je suis une bac­térie dans l’œil de l’épicycle
L’origine de la vie, la source et puis le cycle
Et je retourne à la terre, ultime métamorphose
Je fais le chemin du voy­age, des réminis­cences, du souvenir

Je me sou­viens chrysalide tra­ver­sant la nymphose
Dans les veines de l’arbre j’entends le cœur de la forêt
Je me revois papil­lon aux ailes chiffonnées
Je sais l’air et la terre j’en con­nais les secrets
Je me rap­pelle ima­go, baig­nant dans l’atmosphère et l’ivresse de l’argon

De cen­dres et de poussières
Enfin je suis la terre
Fos­sile dessin de pierre gravé
Roche de calcaire

Je me sou­viens chrysalide tra­ver­sant la nymphose
Lovée dans la sève de l’arbre j’entends le cœur de la forêt
Je me revois papil­lon, dernière métamorphose
Mes ailes chif­fon­nées, je vais me déployer
Je me rap­pelle ima­go, bat­tant dans l’atmosphère et l’ivresse de l’argon

Cen­dre, cristaux de glace, oxygène, fines poussières
Ma Terre mon élé­ment ma place, l’Air mon atmosphère !

Je me sou­viens chrysalide, je suis le cœur de la forêt
Je me revois papil­lon, mes ailes déployées
Je suis la Terre et son secret
Je me rap­pelle ima­go, baig­nant dans l’atmosphère et l’ivresse de l’argon

Je me sou­viens chrysalide
Exu­vie et nymphose

Je me revois papillon
Je me métamorphose

Je me rap­pelle imago
Ivresse de l’argon

Mémoire de cendre
Empire de poussière

Rêve sans matière
Je retourne à la terre

 

Cent slams en tête

 

J’ai des slams plein la tête à pour­fendre du poète
Ça joue du tam­bour et de la trompette, je feins la fuite, mais en fait
Je peux pouss­er la chan­son­nette et t’en chanter à tue-tête
Car j’ai cent slams plein la tête à pour­fendre du poète

 

J’ai des oiseaux sous ma cas­quette enfer­més dans une cache secrète
Que tu ne vois mais dans ma tête ça tourne ça chante et puis ça pète !
Des larmes aus­si dans les mirettes, par­fois je mets trois graines dans une assiette
Je pro­tège mes rêves dans des cachettes juste à côté d’une brunette

 

Celle-ci d’ailleurs, mais quelle nymphette ! Elle en con­naît des pirouettes !
Fess­es de déesse et yeux noisette, belle petite fleur, ma pâquerette
Cela n’est pas des sor­nettes, range-la ta mine tristounette
Faut-il encore que je répète que j’ai cent slams plein la tête ?

 

Au cou j’accroche des amulettes, la nuit je prie mes statuettes
C’est de la magie noire aux aigu­il­lettes à faire pleur­er les malhonnêtes
Mais je suis malade et j’interprète le petit mot le moin­dre geste
À faire par­tir les amourettes, ça tourne telle­ment dans ma grosse tête

 

Que je me demande qui est le poète que je veux pour­fendre… C’est moi en fait !
Vas‑y, fais son­ner la trompette, je me suis trou­vé c’est moi l’arpette
Sans bal­ais sans pelle mais une baguette, ce sont mes rêves que j’époussette
Sans arti­fice et sans fumette pour une vision beau­coup plus nette

 

Et vous, vous par­lez tant mais qui vous êtes ? Vous prenez-vous pour des prophètes ?
À me lorgn­er dans la lunette vous ne décochez que des fléchettes
Donc j’ai une pomme sur la tête, vas‑y prends-la ton arbalète
Fais atten­tion dans la tem­pête, ne te loupe pas que ça en jette

 

Que tu sois le roi de la planète, que tu me voles la vedette
Moi je m’en fous, j’ai cent slams dans la tête à pour­fendre du poète
Mais détends-toi et fais risette, je ne suis pas le roi de la gâchette
Il y a mille bon­heurs et cent mille recettes dans ce petit monde où on furète

 

Puis je t’ai oublié depuis belle lurette, j’ai mon bon­heur dans ma pochette
Je ne crie pas l’amour à la sauvette mais si tu n’as pas com­pris je le décrète
Une dernière fois : je suis en quête avec cent slams plein la tête
Jette-moi la haine aux oubli­ettes, chan­tons l’amour pas les paillettes

 

Laisse-moi tomber ta clar­inette tes idées fix­es tes étiquettes
Ce ne sont que des réglettes des­tinées à te met­tre perpette
J’avance ici à l’aveuglette, une vision folle dans la serviette
Avec cent slams dans la tête, amour, c’est tout ce que je souhaite !

 

On est plus fort que ça

Quand ça com­mence à vriller
C’est là que tu peux faire des gros trous
Ce sont des murs que nous avons à percer
Il y a telle­ment de haine autour de nous

Alors il faut s’engouffrer
Alors il faut s’enfoncer pro­fondé­ment dans les abysses
Par­fois il en sort de l’art, par­fois il en sort du vice
C’est dément

Avec nos vies d’artifices
Sor­ties de nos fis­sures qui grandissent
On ne sait jamais de quelle blessure on grav­era nos cicatrices

On ne sait jamais quels mots vont chang­er la donne
Il y en a telle­ment de laids qu’on se prend en pleine gueule, tu m’étonnes
Que ça tombe que ça crève que ça se défonce que ça se cachetonne
Cette vie est une meule ! Et on se fait aigu­is­er ! Tou­jours être plus tranchant !

On se fait press­er comme un cit­ron et on prend tout dans les dents
Ça n’arrête pas ça n’a pas de fin, tu respires à peine la bouche hors de l’eau
Eh oui ! c’est ça mon ami ou tu acceptes et tu te traînes, ou tu te noies et tu restes sur le carreau

Mais putain où on vit ?
Telle­ment on crève pour rien !
Telle­ment on crève pour rien !
Telle­ment on rêve pour rien !

Pour trois heures de calme
Pour trois grammes de came
Avec de l’alcool et un peu de fumée
On rêve d’une vie qui reste à inventer

Mais on étouffe dans le com­merce de ce monde en marche, le ton­nerre gronde
De tout ce barouf ils nous boule­versent les ondes
Et puis ils cravachent nos frères, ils sont immondes !

À bouf­fer sur nos rêves, à nous faire rêver la trêve
L’amour dans le cos­tume, non, surtout le chèque dans l’urne
Moi je n’irai plus jamais voter
Au lieu de ça le dimanche j’écrirai que je les déteste tous
Je leur ferai voir la détresse dans laque­lle ils nous poussent

Les soirées de semaines à huit heures et demie je suis ivre
Eh ouais ! il faut que j’oublie que j’ai une sacrée chi­enne de vie à survivre

Tous ces moments ça ne tient plus la route
On pour­fend les poètes on s’abreuve du doute
Tous en quête d’un meilleur plumard
Tous, on se guette le refuge et on se partage l’art
On se donne de l’amour ? On deale nos toujours !

Tou­jours plus de rêve
Tou­jours plus de haine
Tou­jours plus de peine
Mais tou­jours plus d’amour !

La drogue ou les lettres
Moi j’ai choisi la poésie
Mais putain où on va ?!

Alors, je n’ai pas l’habitude de dire ce qu’il faut faire ou ce qu’il faut dire
Mais cette fois, mes amis, si on veut s’en sortir
Il fau­dra qu’on ren­tre dans la vie et qu’on vive de tout ça
Il fau­dra s’enfuir dans cette vie encore plus que ça

Et si ça ne suf­fit pas, il fau­dra qu’on lui coupe les bras
À cette mort qu’on nous vend et qui nous court après
Qui veut absol­u­ment nous rattraper !
Non !

On est plus fort que ça !

 

La mode des rencontres

 

Les ren­con­tres brodées du hasard, au gré des canevas d’errance
Ça nous aigu­ille tôt ou tard dans le chas d’un bon­heur immense
Cela agite le foulard en soie, par­fois sur le quai d’une gare
On se départ de l’accessoire, en réseau ou pourquoi pas dans un bar

Où s’assaille le comp­toir des den­telles, de la geste des couturiers
Ça raille en rêvant d’arcs-en-ciel, c’est la valse des cœurs brisés
L’union de fra­grances de sourires, gravi­tent autour des turpitudes
La lance de l’ivresse et des rires empale les pour­pres solitudes

Voil­ure du prêt à con­som­mer ou con­fec­tion­né sur la durée
Piqûre au fil suave et doré, le verbe qui suture en surjet
Haute cou­ture de l’élégance et par­fois du prêt-à-porter
Les ren­con­tres sont une chance mais quelque­fois faut s’en défiler

Parce que quelque­fois le bon­heur immense, eh bien ça peut vite se déchirer
Il faut pren­dre garde à la chance qui pour­rait bien vite embrocher
Le cœur et laiss­er la rai­son émi­et­tée, patron décousu
Et pour­rait aus­si faire chanter à la gloire du « non, non jamais plus ! »

Cette fois c’est qu’on n’aurait pas eu de pot ou qu’on n’a pas bien essayé
On se retrou­ve dans un paréo qui nous va beau­coup trop serré
On essaye de coudre un bou­ton puis une fer­me­ture éclair
Mais d’histoire n’avait que le nom et la dou­blure d’un éclair

Le bou­ton pète, la fer­me­ture se grippe, on revoit notre savoir-faire
Découd la cou­ture on traîne aux fripes la mélan­col­ie à l’envers
On finit par ven­dre le fil d’or, aus­si notre machine à coudre
Jurons sur la vie et la mort, on envoie l’amour se faire dissoudre

On peut alors se fau­fil­er, après de longues heures en guenilles
Dans la col­lec­tion lin­gerie, ici c’est l’histoire qui se déshabille
Celle-là où règne le passe­poil, où la reli­ure peut s’enfuir
Ça rafis­tole sans grand style mais au moins ça ne brûle pas le cuir

Plus rarement il y a la grande mai­son, du sur-mesure pour âmes sœurs
Ceux-là s’habillent de grandes créa­tions et devi­en­nent leurs pro­pres tailleurs
Tunique en soie estampil­lée de la griffe man­nequin de la durée
C’est la mer­cerie des aimés, ils en font un méti­er à tisser

Ils peu­vent être un peu éner­vants pour qui est seul dans sa jupe
C’est vrai que la peau sans col­lants, en hiv­er c’est un peu abrupt
Mais au fond on les aime, même si on leur taille un costume
Car si des ren­con­tres, on a le rhume, on peut en faire couler la plume

 

Présentation de l’auteur

Michel Saint Dragon

Je m’ap­pelle Michel, j’ai 38 ans. Mon nom de scène est Michel Saint Drag­on. Après une recon­ver­sion pro­fes­sion­nelle à l’I­UT de Nice, j’ai en décem­bre 2018 pris la déci­sion de me con­sacr­er à ma pas­sion du Slam et de l’écri­t­ure. Je fais ma pre­mière scène au mois de jan­vi­er de cette année et j’en tombe amoureux, j’y trou­ve une rai­son d’être. Après quelques vic­toires lors de con­cours de slam locaux, je vais à Paris au pres­tigieux France-Québec duquel je ter­mine 3ème. Par­al­lèle­ment à cela je pro­pose mon recueil qui se nomme Ephemera aux édi­tions. Je pends aus­si un grand plaisir à la lec­ture en pub­lic. Je deviens, à la fin de l’été, ani­ma­teur d’ate­lier de slam de poésie, de poésie et d’écri­t­ure. Je crée ma micro entre­prise SAINT DRAGON ANIM’. Je tra­vaille aus­si à un spec­ta­cle de slam dont je joue pour le moment des morceaux sur les scènes des Alpes-Mar­itimes. J’e­spère le pro­pos­er aux théâtres et autres salles, dans son inté­gral­ité, et accom­pa­g­né d’un pianiste, en début d’an­née prochaine.

 

 

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