> Nizar KERBOUTE, Un fleuve qui brûle

Nizar KERBOUTE, Un fleuve qui brûle

Par |2018-06-03T14:55:58+00:00 3 juin 2018|Catégories : Nizar Kerboute, Poèmes|

 

1

Plus les dis­tances s’élargissent plus l’ombre gran­dit

Telle est la sagesse de la lumière

Indiscrète

Elle ne connait pas le sens des secrets

 

2

Moultes ombres dans ma tête

N’ont pas besoin de lumière

Pour expri­mer leur obs­cu­ri­té

 

3

Les lumières de la ville sont nom­breuses

Et ce qui est étrange

C’est mon ombre soli­taire par­tout où je voyage

 

4

LaDentelle étend ses ombres sur tes jambes.

C’est une lec­ture sur­réa­liste

Des cou­leurs de l’arc-en-ciel

 

5

La tulipe tatouée sur tes hanches

Hume l’odeur de mon ombre

Sans doute est-ce une nou­velle manière De faire l’amour

 

6

Elle écri­vait des poèmes en prose sur mon ombre

J’ai pen­sé à les lire…

Mais j’ai ava­lé ma langue ce matin.

 

7

Le  vide dévore  mes  lettres comme  un fast-food amé­ri­cain

Je peins des poèmes et les brûle avec mes anciennes affaires,

Tel est le métier du poète, son gagne-pain dans les petits détails n’a pas besoin
qu’on

Lui rap­pelle l’oubli

 

8

J’ai per­du la clé du som­meil, je n’ai pas trou­vé le che­min de retour à mon oreiller

De papier

Je deman­de­rai de l’aide à un voleur pro­fes­sion­nel excel­lant dans le décryp­tage des mots.

 

9

Le tis­su pro­nonce des adieux au ciseau en un moment digne des films
hol­ly­woo­diens

L’aiguille tient le micro­phone

Et le fil souffle les mots dans l’oreille du peintre

 

10

Ta main est ten­due, elle récolte un sou­rire de mon visage fati­gué,

Abattu par le voyage dans train têtu ne s’arrêtant que dans le désert.

 

11

La lumière a un point faible soli­taire

Incapable de voir mon ombre dan­ser sur les ruines du texte

 

12

Plusieurs lumières ne me plaisent pas, à l’instar de poèmes ennuyeux
néces­si­tant

Des lunettes solaires pour qu’ils soient à la mesure de l’œil

 

13

Parfois l’ombre de ma tête me fait peur,

Sous la lumière rouge mes oreilles appa­raissent et mon visage dis­pa­rait.

 

14

De nom­breuses lumières sur­gissent de l’ancien mur, frappent à la porte du
der­nier Vendredi.

Aucune ombre n’est à l’intérieur ouvrant à une brous­saille de mots, même le
fleuve a oublié la corde du pêcheur dans sa gorge.

Tout le monde dor­mi­ra en dehors de la ville sans dîner.

 

15

Chaque Jeudi moultes choses explosent autour de moi,

 les tuyaux de gaz, les pneus, les boîtes de sar­dines,

Et d’autres poèmes.

 

16

Une bombe à retar­de­ment dans mon bureau

Des livres de poé­sie deman­dant le secours à un roman ne dis­po­sant pas des
esca­liers d’issue.

 

17

Un silence soûl tra­verse les pages de ma nuit sereine

Cherche dans ma valise une goutte de lumière à mettre dans le café du matin

Et un mor­ceau de pain à fer­mer les bouches des jour­naux.

 

18

Le poème brille dans la main du sage comme une pièce de cris­tal inti­mi­dée par
l’humilité

Et dans la main de mon père il brille aus­si…

 

19

Une bou­teille qua­si nue se baigne dans la lumière feu­trée.

Elle attend avec qui échan­ger des SMS sur la rive d’un fleuve

Qui brûle.

 

Traduit de l’arabe par Mounir SERHANI

 

 

 

 

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