Nouvelles voix : Victor Malzac

Par |2019-04-05T18:00:00+02:00 28 mars 2019|Catégories : Essais & Chroniques, Nouvelles voix, Victor Malzac|

PERCUSSIONS

 

Com­plainte

Poésie PERCUTÉE – les vapeurs de Paris
S’encastrent – les chem­inées – le toit qui s’effondre
Sur un échafaudage – c’était ma demeure.

Mes poumons étriqués dans la fumée respirent
– Ils ont rénové la gare.

Au pavé fume amour – incar­tade à la rue
Entre des pas­sants fous. L’arcane à Notre-Dame
A ricané si fort que mes poumons se crispent. –

Mes poumons suf­fo­quaient dans la joie qu’elle inspire
– A la lune, Notre-Dame.

Chaque attaque me vêt d’une angoisse moderne –
– C’est un man­teau de cuir solide à l’arc prosterne.
Chaque mon­u­ment fume et mon vis­age attaque –

Mes poumons col­orés par les fumées s’allument
– Notre-Dame à genoux – j’ai besoin de repos.

 

Peur

        Ma tête FRACASSÉE
        Per­cute les pavés de sa ville —

        Sa pierre
        Avalait mon manteau
        Tombe –

        Partout percute
        Et coque
        Ma tête en fer poli
        La mare froide mon man­teau – sur les pavés s’assèche
        Et mon man­teau n’est pas autre chose qu’un lac 
de cuir un lac de pierre un sac à main pour étouf­fer ma peau ses pores je transpire 
et m’étouffe je tran­spire en marchant je marche et le soleil et le soleil 
anxiété
        – dans les anciens réc­its des épopées périmées.

        Per­cute mon passé
        Dans les pavés des villes –
        Ma tête s’y réverbère. –

 

Pneu­monie

        Mes poumons
        se sont craqués dans ma jeunesse —
        Course trop rapide
        et pluie
        – EXPLOSION
        Dans mes alvéoles s’est aspiré un vent mau­vais, – un 
vent si mau­vais qu’on en soupi­ra deux ans.

        J’ai cru mourir et
        Je n’avais pas treize ans.
        Que le mal­heur me suf­foque – la tête
        Et je t’en serai recon­nais­sant – tramontane.

        Il pleut encore
        – c’est pas vrai
        il pleu­vra donc aus­si longtemps
        que ma poésie parle ?

        À peine ai-je craqué mes poumons
        que mon odeur s’en dégage et s’évapore –
        comme les mau­vais­es pen­sées qui m’avaient envahi 
dans mes douleurs les plus ter­restres et les plus aiguës 
– piqûres et cachets d’aspirine pour cacher à mon corps 
son oubli –
        et l’empêcher d’en adon­ner les mots.

        Les mots s’emparaient de mes articulations
        Comme des os brisés craquellent –
        et m’ont don­né la force insurmontable
        d’aller courir un peu. –

 

Soleil

Le soleil est trop près de moi –
Il me colle à la peau
Comme elle que j’attends depuis mille ans peut-être. –

– Peut-être à mille mètres
L’angle de chaque vague
Per­cute mes cheveux. –

C’est la force du monde autour de moi
Qui m’accroche la peau comme l’eau des tropiques
Et m’incite à valser.

Tout s’envole –
Sinon moi.

Tout est près
De moi – râle, ma belle mer,
A quoi bon les cris ?

Depuis trente ans j’attends déjà
Pec­toraux blancs, chemise ouverte,
Face au vent que je nargue

Aux vagues qui pre­naient le risque d’enrager
Et le soleil près de moi –

Râle, à quoi bon les cris ?

 

Pluie dis­pute

La nuit tombait sur toi sur la fenêtre tombe
En haut de ton immeu­ble – regarde les volets
Couleur lavande et les oiseaux qui s’envolaient
Du rebord de tes yeux tes cernes des colombes. –

Les bras en croix tu cries – qu’a‑t-on fait de tes yeux
Bercés de soli­tude et fer­més près de la
Fenêtre sur quoi tombe la pluie. Car il a
Plu sur Paris ce soir – per­sis­tent dans les cieux

Des étoiles. – Tes yeux tombent de la fenêtre
A l’approche du soir, puisque la pluie délave
Les vit­raux fatigués de tes cernes. – L’eau claire

Et l’eau som­bre ici-bas font des flaques. Peut-être
Est-ce là que la veille à la fenêtre grave
Tu as frois­sé puis mis à l’eau mes vers ? –

 

 

 

Présentation de l’auteur

Victor Malzac

Il s’appelle Vic­tor Malzac. Il a 21 ans. Il vient des rivages de Méditer­ranée, c’est-à-dire Mont­pel­li­er. Après une khâgne à Mont­pel­li­er, il est élève nor­malien de l’Ecole Nor­male Supérieure de Paris (pro­mo­tion 2018), où il étudie la lit­téra­ture et la philoso­phie. Pas­sion­né par la poésie Déca­dente et la Beat Gen­er­a­tion, il tra­vaille un mémoire sur Tris­tan Corbière.

Il écrit tout ce qui s’écrit, notam­ment romans, auto­bi­ogra­phies et essais cri­tiques, avec une pré­dom­i­nance pour la poésie. Par manque de temps, il n’a jusqu’alors rien envoyé. Il pub­lie des poèmes depuis peu, dans des revues comme Souf­fles (2017, 2018), Mot à Maux et Arpa (2018). Il attend que le temps passe, envoie douce­ment ses recueils. Il est final­iste du Grand Prix de Poésie Joseph Del­teil (2018), et men­tion spé­ciale uni­ver­sité du Prix Mati­ah Eck­hard (2018).

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