Paul Lithopedion Saada, Poésies

Par |2022-05-07T09:08:51+02:00 7 mai 2022|Catégories : Paul Lithopedion Saada, Poèmes|

 

ARACHNÉE

La reine est Arachnée

L’araignée arrachée

Des cen­taines de fois

De sa toile de soie.

Descend-elle des étoiles ?

 

LA NAUSÉE

Je cares­sais mon cœur par mon tho­rax ouvert

Quand elle a émergé pour mes doigts attraper.

Refu­sant que ma main soit gardée prisonnière

Je dus couper mes doigts et nour­rir la nausée.

Dans sa bouche avide je les ai vus sombrer

Puis enten­dus se rompre sous ses crocs, mâchés

Mais je n’ai sen­ti le feu de la douleur que

Lorsqu’elle s’est blot­tie près du cœur, près des yeux.

Alors qu’elle hiber­nait, j’ai pu la déloger

En risquant de nou­veau ma main dans mes entrailles.

Pour enfin m’en défaire et la cuire au Soleil

J’ai sor­ti mes boy­aux comme d’un cof­fre à jouets.

 

MURMURATIONS

Crampe au cœur

Casse le sommeil.

Tu te réveilles.

Tu te réveilles et tu le regrettes déjà.

Tu regrettes déjà ce retour d’exil

Chez toi et ton corps qui te sup­porte encore.

Pourquoi s’en­tête-t-il ?

À se ranger, docile, à tes balbutiements ?

Tu te lèves.

Tu te lèves pour vomir.

Vom­ir un loooooong silence qui rem­pli­rait les lignes

Mieux que n’im­porte quel liquide.

Il est trop tôt pour pleurer.

Tu pleures.

C’est doux

On dirait des ailes.

On dit que la peur les attire,

Les fait tomber du ciel en nuées prodigieuses,

Plonger droit sur la cible, aus­si fort que possible

Pour que ça rentre.

 

MA LANGUE ME GÊNE

Ma langue me gêne

Elle m’é­touffe

Elle est de trop.

Si je pou­vais la laiss­er dégorger

Tiède

Sur un sup­port propre

Je ne la porterais que pour dormir

Ou pour léch­er la fièvre d’une peau,

Lui appren­dre à s’étirer,

Se tor­dre, s’aplatir,

Trou­ver le meilleur passage

Où mou­voir ses anneaux.

Avancer

Libre et vorace.

 

J’EN AI VÉCU DES VIES

J’en ai vécu des vies

 À tes côtés : la tienne,

La mienne et puis la nôtre.

À échang­er nos mains

À se par­ler de tout

À peu de chose près.

À coup sûr le cœur s’ouvre

Jusqu’à par­fois remplir

La gorge de complaintes

Mais il reste toujours

Quelques mots vers la fin,

Tout au fond de la boîte.

Ceux qu’on ne dira pas

Et qu’on cède au silence.

Une part pour la mort

Qu’on lui sert de bon gré

Pour qu’une fois encore

Elle nous laisse ensemble.

 

Présentation de l’auteur

Paul Lithopedion Saada

Je suis Litho­pe­dion, musi­cien né à Paris en 1992.

J’ai débuté comme bassiste dans dif­férents groupes avant d’os­er me lancer dans l’écri­t­ure de mes pro­pres chan­sons puis poèmes. Très inspiré par des thèmes tels que la mélan­col­ie, la peur, la cor­rup­tion de la chair et de l’e­sprit, ma poésie se veut bru­tale et sans concession.

Mon pseu­do­nyme est un emprunt au lex­ique médi­cal pour désign­er ici les trois facettes d’une même allé­gorie : le vis­age du mal-être, la con­fu­sion de ce mal-être avec son hôte, l’élan créatif qui en naît.

« moi — en moi — en son nom ».

Autres lec­tures

Aller en haut