Plume Linda Ruiz, extraits de Planète Velcro

Par |2021-01-06T20:31:09+01:00 5 janvier 2021|Catégories : Plume Linda Ruiz, Poèmes|

Textes et musique de Plume Lin­da Ruiz, extraits du spec­ta­cle “Planète Velcro”

TRAGUS

Hémo­glo­bine

Sur tes lobes dénudés

Ta peau est fine

Et le sang goutte à goutte

Répand sa chaleur

Sur le sol exsangue de couleur

Plus ça fait mal et plus tu te régales

Très lente­ment quand l’aigu­ille déchire ta chair qui se tend

C’est là que tu es vivant

 

Vis­age passoire

Car­ti­lage étendoir

L’amour

La peine

Piqués dans ton ADN

 

Ton nom­bril où l’eau passe

Ton arcade cloutée

Ta langue calebasse

Sont des per­les orphe­lines d’un col­lier magnifique

D’un bijou organique

 

De Venus à Pluton

Du tra­gus au téton

Le tra­jet disparait

Et la douce douleur se marie au plaisir

Qui poinçonne ton sourire

 

Vis­age écumoire

Epi­derme œuvre d’art

T’es pas étanche

Mais ton roy­aume est immense

Quand j’serais bouf­fée par des cloportes

On pour­ra dire en quelque sorte

Elle a pas per­cé à Paris

Mais dans la dermatologie

 

 

Pleine Lune

 

On peut voir au loin se noy­er les sirènes

Notre indif­férence leur fait d’la peine

A peine un rêve de temps en temps,

C’est tout ce qu’on accorde aux dryades, aux dragons

A tourn­er le dos comme çà, par maladresse,

Nous on se dis­perse, et eux disparaissent

Ya plus grand monde à Brocéliande et dans les tré­fonds du Loch Ness

 

Si l’on oublie de les regarder,

Il n’y aura bien­tôt ni gob­elins ni fées

Pas plus de grif­fons ni d’oréades

Pour embus­quer nos promenades

Nous réveiller au milieu de la nuit

Nous rap­pel­er qu’on est dotés de plein d’envies

Mul­ti­ples vis­ages, de la fan­taisie des virages

Qu’on peut prendre

Poignées De songes pas très sages avant de se rendre

 

Ils sont en voie de dérai­son, d’ab­di­ca­tion, de dilution

Men­acez-les, men­acez les …d’apparition !

 

Nour­rit la naïade qui s’en­nuie de n’être plus qu’une égérie

Qu’une légère muse qu’on dévêtît devant les pages de poésie

Traque en toi le troll tru­cu­lent, troque tes craintes con­tre une inspiration

Fais toi acolyte du kor­ri­g­an, allié en écho de ses tribulations

Dans le sil­lage d’un cumu­lo nim­bus, saluer solen­nelle­ment une licorne

Cam­ou­flée en nuage et la est l’as­tuce, tou­jours la caress­er dans le sens de la corne

 

Caress­er l’idée d’une porte tou­jours ouverte aux frasques d’un far­fadet de passage

La table dressée et l’âme prête pour une ivresse de gor­gone ou de sage

De l’am­broisie au frais, la nymphe en raffole,

Pour com­bat­tre notre éthique qui s’étiole

Et quelques fioles d’hy­dromel, aus­si pour le voyage

C’est pour ses ailes, pour l’én­ergie du décollage

 

 

*

 

Tapis­serie déco­ra­tion — Planète Velcro

 

TAPISSERIE DECORATION

 

Je n’entends que des rires Je voudrais pren­dre l’air

Et je sens le piano qui transpire

Mon col­lier me serre

J’ai trop chaud

Je chante pour les par­avents Pour le mobilier

A jouer pour des malen­ten­dants J’aimerais autant qu’ils soient

muets

Je t’en sup­plie viens me chercher avant que je prenne racine

 

et qu’on vienne m’arroser Je sens déjà la chloro­phylle Tu croy­ais que je chan­tais Que je chan­tais des chan­sons Mais non

Je fais tapis­serie déco­ra­tion tapis­serie plante de salon

Quelque­fois, bien heureusement

Quelques per­son­nes écoutent

Et çà remet d’emblée du piment

Dans la soupe de mes doutes

Une jolie dame cou­verte d’or

S’avance pour me demander

Pou­vez-vous jouer moins fort on ne s’entend pas parler »

 

Je t’en sup­plie viens me sauver Avant que le mur m’absorbe Et que l’on vienne accrocher Des tableaux dans les trous de mes lobes

Tu croy­ais que je chantais

Que je chan­tais des chansons

Mais non

Je fais tapis­serie déco­ra­tion tapis­serie plante de salon

 

PAP PAP PAPIER PEINT STAP STAP STRAPONTIN PLAP PLAP PLACOPLATRE BAP BAP BALDAQUIN

 

Les heures défi­lent de profil

Et plus les vis­ages se frois­sent Et l’ombre des mamies de cires

Dégouline en douceur dans leurs tasses

Et leurs canines qui brillent

Qui s’allongent dans la glace

Et le micro et son fil

Et l’étranglement qui menace

Je t’en sup­plie viens me chercher

Avant qu’on me plaque au sol

Minu­it vient de son­ner Je sens déjà la camisole Tu croy­ais que je jouais que je jouais du piano But NO !

 

Je fais AGORAPHOBIE / CONVULSION / NARCOLEPSIE/ DECORATION

 

*

 

OCCIPUT

Par quelle déliques­cence un peu valétudinaire,

Mon hypo­thal­a­mus a fail­li opiner

C’est très panégyrique

Mais comme un antépénul­tième borborygme,

Sans ana­co­luthe je voudrais rappeler

A l’époque j’étais callipyge,

Je por­tais de petites galvardines

J’étais d’une inex­tin­guible probité

Mais vous êtes tous ici des cénobites

Si vous pensez que j’évitais les furetières

C’est pour­tant là que je l’ai rencontré

Il était Nyctalope

Moi moi j’étais ambidextre

Il me mas­sa l’occiput

Et l’on trou­va un consensus

C’est super­fé­ta­toire mais par outrecuidance

J’ai partagé sa pas­sion pour la cuniculiculture

Une telle accoin­tance fait

Que même dans des cas graves de priapisme

Notre amour restait thaumaturge

Et lorsque j’étais cyclothymique,

Il deve­nait juste un peu plus anachorète

Et l’on riait ensem­ble de son alopécie

Pour son anniver­saire j’organisais

Des parthéno­genès­es dans le noir

Sans vouloir flagorner c’était l’ataraxie.

Ce n’est pas une raison/ Quand on peut voir la nuit

D’accumuler les oraisons / jac­u­la­toires au pied du lit

Et d’empêcher son monde/ de trou­ver le repos

En miaulant des diphtongues/ en jouant sur les mots

C’est d’un tru­isme dithyra­m­bique, Mais ce céladon concupiscent

Vitupérait sur mon occiput comme un cathaphrygien

Si tu ne sais pas où se trou­ve ton occiput

Tu pour­ras regarder dans le dictionnaire

Je con­nais­sais un thes­moth­ète qui en avaient un.

Il était somniloque

Moi j’avais des acouphènes/ j’aimais les sots l’y laissent

Il me mas­sa le plexus

Et l’on trou­va un consensus

*

Pommeau de Douche

Tu voudrais tu voudrais com­pren­dre, tu de deman­des, tu veux savoir pourquoi

Pourquoi il répond pas au télé­phone pourquoi il te rap­pelle pas

Pourquoi ton cœur est plein, ses yeux sont vides quand il te touche

Autant l’oublier, autant être amoureuse d’un pom­meau de douche 

 

Il te dis­ait t’es hyper belle, t’es hyper bonne t’es hyperbole

Tu répondais t’es plutôt beau, t’es plutôt homme, t’es plutonium

 

Et tu voudrais par­tir, larguer les amar­res, par­tir, toutes voiles dehors 

Par­tir, voguer sur les flots, par­tir, mais t’es pas un bateau

 

Alors le soir tu ren­tres seule dans ton apparte­ment, ou tu es seule, il n’y a per­son­ne, tu te sens seule, il n’y a per­son­ne, tu es si seule, y’a telle­ment per­son­ne, tu appelles, per­son­ne répond, car tu vis seule

Alors tu ren­tres dans ton bain tu trou­ves un peu de réconfort,

Il n’y a que ton pom­meau de douche qui sait s’occuper de ton corps

 

Et tu voudrais Par­tir par­tir avec lui, par­tir sans peur et sans cris

Par­tir, avec ton pom­meau, mais lui il est vis­sé au tuyau /

 

Alors tu prends une tenaille tu tentes de le dévisser

Ya du cal­caire dans les entrailles, le joint est mort, il est bloqué

Alors tu te mets à cheval sur le rebord De la baignoire

Et c’est là que tu sens comme une lueur d’espoir

 

Ça te laisse un p’tit peu rêveuse/   la matière est miraculeuse

Il en faut peu pour être heureuse quand la paroi est granuleuse

 

Et tu voudrais… Rester telle une amazone

Rester comme sur un podium

Rester sur la porcelaine

Savoir Te don­ner de l’amour à Toi même

Présentation de l’auteur

Plume Linda Ruiz

Arti­san de la scène, décor­tiqueuse de curiosités musi­cales, Plume a com­posé et joué dans des for­ma­tions latines, jazz et théâ­trales en y inté­grant tou­jours une touche sur­réal­iste héritée de sa fas­ci­na­tion pour Ale­jan­dro Jodor­ows­ki et Alexan­dre Vialat­te. Pianiste de for­ma­tion, pas­sion­née de rag­time et de jazz, elle se pro­duit régulière­ment dans les palaces de la Côte d’Azur et a été plusieurs fois final­iste aux Tal­ents des Nuits du Sud. Elle a notam­ment partagé la scène avec Arthur H, Thomas Dutronc, Old­e­laf, ou encore Enzo Enzo.

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