> Siècle 21 n°22, printemps/​été 2013

Siècle 21 n°22, printemps/​été 2013

Par |2018-08-15T07:40:50+00:00 10 mai 2013|Catégories : Revue des revues|

La revue Siècle 21 s’est impo­sée dans pay­sage lit­té­raire contem­po­rain. Et de belle manière, nous en par­lions il y a quelques mois : https://www.recoursaupoeme.fr/revue-des-revues/passage-en-revues/sophie-dalen%C3%A7on-0.

Une des très belles revues lit­té­raires et poé­tiques, en France. Les volumes s’organisent autour de dos­siers consa­crés aux lit­té­ra­tures contem­po­raines d’un pays en par­ti­cu­lier, la Finlande ici, un « hors cadre », consa­cré pour ce numé­ro à Armand Gatti, et un espace plus thé­ma­tique, cette fois au sujet de L’arbre (dos­sier coor­don­né par Gabrielle Althen et Jean Guiloineau).

Le dos­sier « Hors des sen­tiers bat­tus » nous emmène donc en Finlande, sous la conduite d’Harri Veivo. Ce der­nier donne en pré­am­bule un texte qui vaut plus qu’un texte de pré­sen­ta­tion de dos­sier : c’est une éclai­rante mise en pers­pec­tive his­to­rique de ce qu’est la lit­té­ra­ture fin­lan­daise, lit­té­ra­ture et pays récents qui se vivent et s’écrivent en fin­nois et en sué­dois. Veivo ter­mine en insis­tant sur la vigueur du mar­ché et de la vie lit­té­raire dans un pays où les écri­vains vivent de leur plume, poètes com­pris. Grâce aux choix du maître d’œuvre, on décou­vri­ra ou redé­cou­vri­ra, c’est selon, les tra­vaux de roman­ciers et de poètes, j’insiste évi­dem­ment sur ces der­niers. Kari Hotakainen, Rakel Liehu :

 

Je suis tou­jours aus­si curieuse. Curieuse de décou­vrir le fond caché de l’homme, qui sur­git en vieillis­sant. Sur le visage en par­ti­cu­lier. Dans le regard.
En dévoi­lant tout le vécu.
Les pen­sées, les leit­mo­tive res­tent impri­més sur le visage, comme des pas sur le sable mouillé. Non seule­ment le temps, mais aus­si l’homme lui-même façonne son appa­rence.

   [Rakel Liehu]

 

Le superbe « Brise-lame » de Paulina Haasjoki, dont le début est comme un pro­lon­ge­ment du texte de Liehu :

 

L’homme ne peut se cacher dans la nuit, son espé­rance le tra­hit.
L’homme se tourne vers les lumières, la lumière scin­tille comme si elle
Etait à por­tée de main et pour­tant elle est loin.

[Paulina Haasjoki]

 

Catarina Gripenberg, Tytti Heikkinen, Henriika Tavi  ou Marten Westö. On le voit, ce dos­sier offre de belles incur­sions en terres de poé­sie, en par­ti­cu­lier de poé­sies très contem­po­raines, plu­sieurs des poètes ici tra­duits étant nés après les années 70 du 20e siècle. Riche dos­sier qui se ter­mine par de très utiles orien­ta­tions biblio­gra­phiques.

Place ensuite, « Hors cadre », à Armand Gatti. Une place qui revient clai­re­ment au dra­ma­turge /​ poète, dont le moins que l’on puisse dire est qu’il sort du cadre ! Homme de théâtre enga­gé, anar­chiste, liber­taire, poète et cete­ra. La sil­houette de Gatti porte sur les murs de l’underground, du hors et /​ ou de l’anti sys­tème (fou) de notre époque. Nous aimons sa Maison de l’Arbre, et Jean-Philippe Gonot par­le­ra bien­tôt de cela en nos pages. Ici, Catherine Brun donne, aux côtés d’une belle pho­to de l’écrivain atta­blé, lisant ou reli­sant, un texte qui ouvri­ra l’horizon de qui­conque ne connaît pas encore la poé­tique théâ­trale de Gatti. Car poé­sie et théâtre sont insé­pa­rables en cette œuvre, rien d’ailleurs de ce qui touche à la vie ne peut être sépa­ré de cet ate­lier. Ensuite, Olivier Neveux pro­pose un texte com­plé­men­taire, étu­diant la spa­tia­li­té du théâtre de Gatti et donc, en cette matière, sa poli­tique. Neveux insiste fort jus­te­ment sur le « pro­gres­sisme » du poète, un drôle de « pro­gres­sisme » où « le regard n’est pas tour­né vers l’avenir mais pré­oc­cu­pé, aiman­té par ce qui pré­cède. C’est le pas­sé qu’il faut, avant tout, chan­ger et réécrire. Ce sont les pro­messes qu’il recèle et qui furent tues, mas­sa­crées, igno­rées à qui il convient de don­ner une nou­velle chance. Son théâtre se bat, en quelque sorte, contre l’inéluctabilité de la mort ou, plus pré­ci­sé­ment, contre la mort des morts ». Ces trois der­niers mots me semblent (je sais, cela sur­pren­dra ceux qui ne sont pas réel­le­ment fami­liers de l’atelier du poète Gatti) tra­duire avec exac­ti­tude l’anarchisme mys­tique de l’homme /​ poète Armand Gatti, plon­gé dans les pro­fon­deurs alchi­miques ou cha­ma­niques de l’être bien plus que dans les appa­rences du poli­tique, autres choses cepen­dant insé­pa­rables là aus­si. Gatti, mys­tique. Et poli­tique, au sens aris­to­cra­tique de ce terme. Ou véri­ta­ble­ment démo­cra­tique, c’est-à-dire éthique. Cela ne fait aucun doute. Personne n’a écrit le mot « reli­gieux », n’ayez pas peur. Isabelle Marinone évoque d’ailleurs cela en fili­grane, au sujet du ciné­ma du poète. Qui a vu L’enclos sait com­bien Gatti est un cinéaste majeur. Vient ensuite un texte de l’écrivain Michel Séonnet, qui a été l’éditeur de Gatti chez Verdier. Quelle est la parole de Gatti : « Nous dirons : ici l’univers ». On lève les yeux vers le ciel, c’est-à-dire au plus pro­fond des racines de l’arbre fait homme.

En 1997, Gatti s’installait à la Maison de l’Arbre. Et la revue Siècle 21 pro­pose un dos­sier sur ce même arbre, dont la sym­bo­lique en forme d’axe du monde n’échappe à per­sonne. On lira ici des textes, poèmes et/​ou proses poé­tiques de Nikolaï Zabolotski (tra­duit par JB Para), l’un des fon­da­teurs de l’Obériou, groupe de poètes russes éga­rés en sovié­tisme (voir dans nos pages : https://www.recoursaupoeme.fr/critiques/la-baignoire-d%E2%80%99archim%C3%A8de/andrzej-taczy%C5%84ski), Franck Evrard, par ailleurs fon­da­teur de la revue Contrevox, Matthieu Baumier, Eric Sarner, Pascal Commère, Volker Braun (tra­duit par Alain Lance), Florence Delaporte, Jean-Paul Bota, Thérèse Fournier, Zakaria Tamer, Mauro Novelli, Gwen Garnier-Duguy et son arbre des Annonciations :

 

Un charme ouvert
Les branches déployées au plein azur
Et pour feuillage
Des lettres
Toutes les lettres de l’alphabet.

 

Le dos­sier se ter­mine par un texte for­te­ment évo­ca­teur de Nimrod.

Ce numé­ro de Siècle 21, un bel ouvrage. La revue annonce un pro­chain numé­ro autour des lit­té­ra­tures et poé­sie de Syrie. Car Siècle 21 n’est pas une revue en dehors du monde concret.

Revue Siècle 21. 2 rue Emile Deutsch de la Meurthe, 75014 Paris.

revue.​siecle21@​yahoo.​fr

http//siecle21.typepad.fr

Le numé­ro : 17 euros

 

 

 

 

 

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