Par quoi sommes-nous dans ce face à face retenus effrités seules quelques paroles qui n’ont plus de ciment tu veux partager ce qui nous départage ce qui nous dépar­tit ce qui fuit dans nos mains alors que je viens juste de me refer­mer sur Werther juste après Tris­tan et Iseult

laisse-moi fix­er mes dents sur quelques paroles s’il me plaît empiéter débor­der tu
me rap­pelles que com­ment je m’ap­pelle je ne sais plus comment

 

je prends à peine la place d’un gour­mand sur un tronc pen­dant que se sec­ouent les feuilles je hume il vaut mieux se taire sous l’ombre se faire petite un moment et pas plus j’at­tends le corps à crocs d’un jour avec l’or­age pas le temps de déguster avec l’or­age pressé mais s’il revient s’il se retourne c’est jamais au même lieu jamais là où on l’at­tend comme un poème

 

des regards de biche tu n’en veux pas tu as rai­son on les chas­se et leurs yeux de se fer­mer n’ont pas le temps

 

j’en­tends une flûte c’est pas une pastorale
dans mes tem­pes se per­cu­tent des cuiv­res et des marteaux

 

tronc blessé par la roche acérée avec mon œil je le gravis je me glisse dans sa faille m’y frotte je deviens bête croire me laisse lasse je t’in­vente sous le cad­ran solaire sine sole sileo sans soleil tout se tait je traduis pour toi

 

je me perds encore quelque­fois dans les yeux du chasseur

 

on m’at­trape par le cou exacte­ment comme on fait au cha­ton après la bêtise aux bor­ds des lèvres il y a un reflet quelque chose d’ironique avec du citron

 

du bleu jusqu’à par-dessus la tête s’in­vite il s’im­pose quand on voudrait touch­er la couleur de la pluie et que la buée sur la vit­re en prive par-dessus la tête même s’il décline se dégrade jusqu’aux doigts de l’en­nui puis rien à cultiver

 

sinon le culte du rien étalé sur le champ des brumes chroniques les folles herbes ne bar­rent pas la route elles brouil­lent les pistes saupou­drent les anciens chemins de l’ou­bli qu’il faut devin­er à présent comme tout ce qui pousse dans les ruines pousse les ruines ou pousse vers le grand bleu faute de le trou­ver il faut en inven­ter un chemin tracé à sa mesure ou peut-être un sim­ple­ment bien large pour laiss­er pass­er les idées

 

tout ce que je vois dans ce paysage de papi­er je le vois avec tes yeux à toi je suis toi qui loges en moi pen­sion­naire de passage

 

si les feuilles regar­dent les yeux tombent

 

les fleurs jouent aux cartes un enfant pousse avec ce qu’il arrose le soleil se fane le print­emps se couche sans hasard
on ne dit rien de ce que nous pensons

 

ça doit taper là der­rière la tête toc-toc je cogne c’est moi coucou ça pour­rait s’écrire comme à la fin d’une let­tre de jeunesse dis­cret en bas de page sur les mon­tagnes où tout glisssssse avec les mauve c’est comme ça que je le dirais tout glisse infin­i­ment avec la gamme des bleus c’est ici que le soleil emporte la lumière et de la journée les derniers hématomes

 

plus rien à te dire aujour­d’hui tu es trop là à m’en­vahir in absentia

 

m’envoler vers le bleu en plongeant dans ses entrailles

 

le temps se détend le vent se dis­tend le temps s’é­tend et je m’étire dans le vent tu
ris pour cette pirou­ette de la langue toi qui lis
moi pas

 

dou­ble salto l’en­fant veut des crêpes il saute il faut y aller presto sans se retourn­er s’ac­corder se réac­corder avec les œufs le lait la farine et la fleur d’o­r­anger c’est le bouquet

 

je froisse les herbes der­rière moi les arbres on dirait qu’ils chu­chotent les sap­ins une langue les mélèzes une autre con­cer­to pour le pas se pose telle­ment haché que l’on se met­trait à compter à bat­tre la musique avec les mains mais qui dit que la poésie n’est pas dans le vent qui ose dans la forêt entre les branch­es tressées le dos courbé

 

marcher sans chercher à redress­er la tête à puis­er la lumière que les nombreuses
cimes épuisent sine sole sileo pas de soleil je me tais

 

dans l’al­bum du bleu le blanc est un nuage qui bal­ance avec le blues

 

le ciel rassem­ble ses mou­tons l’œil faible du soleil paupières bais­sées atten­dre une bête explor­er son ter­ri­toire pour faire con­nais­sance la sur­pren­dre laiss­es traces à qua­tre pattes doigts poils duvet ou plumes ou poing

 

je ne vous chas­se pas je m’éloigne
ancol­ie oui mélan­col­ie non

 

sur la neige les étoiles traî­nent pour ne pas regag­n­er la nuit je guette tant le renard que je crois le voir je le vois ça y est je le vois je vous dis je me le suis si racon­té comme dans l’en­fance les fan­tômes qui flâ­nent jusqu’à midi

 

c’est tou­jours par la cui­sine sa fenêtre que les mots arrivent du loin­tain avec les bêtes et sans un bruit c’est tou­jours de la musique tu dis

 

atten­dre l’an­i­ma l’at­ten­dre au tour­nant comme cet étrange soi-même que l’on
cherche ou que l’on fuit

 

s’il n’est pas là le soleil tout meurt sine sole sileo

 

dans le bleu de la fin des nuages il y a des let­tres des mots enten­dus dans le sens gira­toire et ascen­sion­nel ou linéaire des trans­parences d’ad­jec­tifs comme ceux que tu voudrais m’in­ven­ter en boucles en voie d’ef­face­ment où les cor­beaux lais­sent tomber quelques vir­gules ils sont dans l’e­space aérien les points qui se dépla­cent dans la phrase impos­si­ble comme si en prononçant bleu tu entendais jaune

 

l’herbe et la mer ici sont à l’u­nis­son ond­u­lent sous l’in­jonc­tion du vent claque­nt piquent lèvres sel et poivre la mer sans réti­cence à rouler des hanch­es quand l’herbe apporte la mer à la mémoire on oublie le bleu du ciel

 

tu tires la cou­ver­ture des brumes mais le paysage ne dormi­ra pas

 

qu’a donc à dire mon baromètre intérieur quand la météo n’y par­le pas qui a peint le trop plein de bleu le trop bleu du ciel celui qui résonne en mon noir le si bleu insup­port­able pour qui voit l’au-delà du bleu et le sous-bleu qui a peint le puits des couleurs devine le sur-bleu réveille mon sur-noir si sournois là où je m’engouffre

 

enfin

 

le bleu arrive là où je m’é­tais accrochée aux nuages sus­pendue à un cheveu d’azur et sur le sol herbleux porter en l’air le plus clair de la terre

 

le bleu se déroule il ne reste rien de l’arc-en-ciel dans lequel j’étais assise pas la

 

moin­dre cica­trice les coups d’en haut peu­vent encore pleu­voir mais à cette heure ils sont loin der­rière seule une vieille souche sur laque­lle je m’assois à moins qu’elle ne s’effrite sous l’acide lumière il est midi
enfin

 

sine sole sileo
sans le soleil silence mais il est là
à brûler
les paroles qui ne sont pas dites
et sous les langues mille fois tournées
elles fondent

 

et tes yeux par­donne-moi je ne les ai pas bien regardés
ils ont si peu de bleu au fond
que je me l’invente