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Sylvain Grodos, cinq poèmes

Par |2020-05-06T07:07:21+02:00 6 mai 2020|Catégories : Poèmes, Sylvain Grodos|

Les silences au fond des voix
les cris étouf­fés de nos yeux

voi­là qu’ils reviennent au galop
quand à tra­vers les mots des incon­nus qui passent
nous enten­dons sou­dain notre propre musique
errance des cœurs sourds aux échos de la vie
qui patiente et attend qu’on sonne à sa porte
au son du la qui réveille­rait les âmes

Et tout à coup ce sont les lignes de nos mains
qui ne disent plus rien
rien de l’avenir per­du d’avance
plus rien de nous
assis et les yeux face au vide à cinq heures du matin
sur le per­ron de la mai­son
seuls et cher­chant à chan­ter au monde entier
les sou­bre­sauts du quo­ti­dien

comme un coq qui vou­drait por­ter sa voix plus haut que l’aube

 

 

 

À l’heure du repas dans la cui­sine
une chaise désor­mais vide regarde
droit dans les yeux ceux qui sont encore là
assis autour de la table
avec la rivière des jours et le pain
qui s’assèchent au rythme des larmes

Et pour­tant
un appel der­rière les yeux
un indice dans le pay­sage
un écho qui perce à tra­vers l’averse
viennent faire valoir leur part de lumière
comme si quelque chose
ou quelqu’un
consen­tait tout de même un ins­tant à des­cendre
du pays d’où l’on ne revient jamais
s’assurer qu’au fond de nous
chante encore une voix

 

Alors voi­là
ça com­mence à peu près tou­jours comme ça
quelques mots vains qui s’en viennent de nulle part
et s’en vont aus­si tôt bre­douilles d’où ils venaient

Un matin comme un autre

On vou­drait vivre un peu plus long­temps
vivre un peu mieux
un peu plus près des autres
un peu moins loin de soi

On est pour­tant bien seul dans un recoin du monde
et mal­gré ça plus très sûr de qui dit je
dans nos paroles morts nées

Ainsi l’on relève la tête des angoisses
cher­chant dans les petits riens des jours et des nuits
quelque nuage oiseau pas­sant pour accro­cher les yeux du cœur
Il n’y a en réa­li­té jamais eu grand-chose à quoi se rete­nir
sinon les feuilles du peu­plier au fond du jar­din
qui tremblent de vivre

et l’on se demande de quel point car­di­nal
le vent nous octroie­ra-t-il notre propre signi­fi­ca­tion

 

 

 

Le pied lourd et les mains graves
la tête basse et les jambes engour­dies
les bras qui tombent et l’âme four­bue
de n’avoir jamais pris la route des ailleurs

frappent comme les douze coups de la fin
le vieux singe ter­ré dans sa mai­son trop petite
avec son cœur d’enfant trop grand
trop vieux pour enfin par­tir

et le réveillent, lui qui s’était enfin endor­mi
sur son atlas grand ouvert
à la carte du monde et des gens et de l’amour
le cœur si près de la mer

 

 

À trop enfi­ler ses pan­toufles
on s’attire mal­gré nous la sym­pa­thie des fan­tômes séden­taires
Et l’on a beau avoir posé de grandes fenêtres
aux murs de la demeure où l’on meurt à petit feu
le peu de pay­sage que l’on a d’une cui­sine
suf­fit à bri­ser au sol la vais­selle des jours en pleurs :
ah les vieux rêves relé­gués aux oubliettes de la mémoire
pour­tant tou­jours en flammes
et l’on s’étonnera d’être comme un légume
avec pour seul hori­zon son pota­ger

 

 

Présentation de l’auteur

Sylvain Grodos

Textes

Né en 1992 en Belgique. A gran­di entre l’Ardenne et la Gaume. Joue du saxo­phone et de la gui­tare dans diverses for­ma­tions de jazz. Titulaire d’un Master en Information et Communication (option métiers du livre) de l’Université de Liège, son mémoire de fin d’études fut consa­cré à André De Rache, ancien édi­teur de poé­sie bruxel­lois renom­mé. Vit actuel­le­ment entre la Gaume et Liège de divers bou­lots et de musique.

Bibliographie (sup­pri­mer si inutile)

Poèmes choi­sis

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