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Traduire Claudia La Rocco

Par |2021-03-08T07:27:45+01:00 5 mars 2021|Catégories : Claudia La Rocco, Essais & Chroniques|

… la tra­duc­tion, de par sa visée de fidé­li­té, appar­tient ori­gi­nai­re­ment à la dimen­sion éthique. Elle est, dans son essence même, ani­mée du désir d’ouvrir l’Etranger en tant qu’Etranger à son propre espace de langue.

Si ces mots d’Antoine Berman expriment le désir pro­fond de tout tra­duc­teur, ils exposent aus­si l’approche fon­da­men­tale et néces­saire du poète tra­duc­teur qui s’efforce ici de révé­ler quelques extraits de textes récents par l’écrivaine amé­ri­caine  Claudia La Rocco, aux lec­teurs fran­co­phones qui ne la connaissent pro­ba­ble­ment pas. Approche fon­da­men­tale, puisque toute tra­duc­tion s’inscrit sur le plan éthique qui vise à ‘recon­naître et à rece­voir l’Autre en tant qu’Autre’. Nécessaire, puisque Claudia La Rocco se pro­pose déjà de tra­duire une vision du monde fon­da­men­ta­le­ment décen­trée et ludi­que­ment péri­pa­té­tique pour un public anglo­phone, for­çant le tra­duc­teur, en ce cas poète-plus-que-tra­duc­trice, à dé-cou­vrir une double étran­ge­té étrangère.

L’œuvre de Claudia La Rocco explore l’hybridité et l’improvisation dans un pro­ces­sus de dépla­ce­ment entre poé­sie, prose et représentation-interprétation.

Claudia La Rocco dans Taste, une per­for­mance et une ins­tal­la­tion spé­ci­fiques au site créée par Rashaun Mitchell et Silas Riener en col­la­bo­ra­tion avec La Rocco et Davison Scandrett. 

Parmi ses livres, vous décou­vri­rez une sélec­tion de textes choi­sis, The Best Most Useless dress (La plus belle robe inutile), le recueil inti­tu­lé I am trying to do the assi­gn­ment (J’essaie de faire mes devoirs) et petit cadeau, un roman publié (avec titre fran­çais) tant en ver­sion impri­mée et digi­tale que retrans­fu­sée en ligne par le théâtre The Chocolate Factory.

En col­la­bo­ra­tion avec le vir­tuose et com­po­si­teur Phillip Greenlief, Claudia La Rocco incarne plus récem­ment ani­maux et girafes dans un texte expé­ri­men­tal, mul­ti­dis­ci­pli­naire et impro­vi­sé qui engen­dra les albums July (juillet) et Landlocked Beach (Plage sans accès à la mer). Claudia a éga­le­ment édi­té I Don’t Poem : An Anthology of Painters (Je ne poème pas : Une antho­lo­gie de peintres) et Dancers, Buildings and People in the Streets (Danseurs, bâti­ments et gens de la rue), le cata­logue pour le pro­jet PLATFORM créé par Dancespace en 2015 pour lequel elle était direc­trice artis­tique. De 2005 à 2015, Claudia La Rocco était cri­tique lit­té­raire pour le New York Times. Elle a aus­si beau­coup écrit pour la rubrique cultu­relle de WNYC New York Public Radio. Ses textes ont été réim­pri­més dans de nom­breuses antho­lo­gies, notam­ment dans Imagined Theatres : Writings for a theo­re­ti­cal stage (Théâtres ima­gi­nés : Textes pour planches théo­riques) et On Value (Sur la valeur). Sa der­nière publi­ca­tion en date Quartet est publié aux presses Ugly Duckling. Son deuxième roman, The Ongoing Sea est en cours de pré­pa­ra­tion.

L’écriture de Claudia La Rocco trace la pro­gres­sion d’une explo­ra­tion dis­cur­sive qui remet constam­ment en ques­tion les notions de genre, dis­ci­pline, lan­gage, inter­pré­ta­tion. Les réfé­rents ‘réa­listes’ se muent sou­vent en méta­lan­gages et par­fois en repré­sen­ta­tions d’images men­tales qui mettent en relief le mécon­nu-recon­nu, ou en repré­sen­ta­tions de pro­ces­sus men­taux qui explorent le lan­gage du corps et abou­tissent au ques­tion­ne­ment de l’inconnaissable, tel un del­ta de rivière che­mi­nant vers la mer dans une pluie d’été. Mais j’aurais tort de m’arrêter sur cette pro­to-méta­phore propre au lit­to­ral, car il n’y a pas de méta­phore cen­trale dans l’écriture de La Rocco. Toute méta­phore se voit aus­si­tôt désaxée par l’axe méto­ny­mique, ce qui donne l’impression d’une écri­ture tou­jours à l’écoute, tou­jours en mou­ve­ment. A l’instar d’Henri Michaux, La Rocco ‘[s’]éparpille à chaque pas, mais ne [s’]engloutit jamais dans sa salive’. 

La tâche du tra­duc­teur est ici de dévoi­ler un style à la recherche de dif­fé­rents plans du réel et de l’imaginaire d’une autrice tou­jours à l’écoute en s’efforçant de ne pas dé-voi­ler la com­plexi­té du lit­to­ral lin­guis­tique qui se veut ancré dans le corps. Traduire signi­fie donc rendre une recherche d’expression artis­tique ou du moins, repro­duire le pro­jet de son­dage constant d’une expres­si­vi­té sty­lis­tique au risque d’aller à l’encontre des ten­dances habi­tuelles de la langue française. 

Ceci débouche sur un nœud-pro­blème de toute tra­duc­tion, mais qui m’est cher : le temps. Etant avant-tout poète et non tra­duc­trice, c’est l’intuition qui guide mon approche du texte poé­tique, et sou­vent d’importantes déci­sions se prennent lors de ma réponse vis­cé­rale au poème, et aus­si à son rythme. Mais confron­tée avec l’envergure d’un roman poé­tique, comme c’est le cas dans l’extrait de The Ongoing Sea (La mer en cours), j’éprouve la dif­fi­cul­té de choi­sir le temps de la nar­ra­tion dans la langue d’arrivée. Dans ce cas, et afin de rendre le ton per­son­nel de la conscience explo­ra­trice et la conti­nui­té entre le pas­sé et le pré­sent, le pré­té­rit du récit amé­ri­cain se tra­duit par celui du pas­sé com­po­sé plu­tôt que par le pas­sé simple employé uni­que­ment pour ancrer le récit. Ceci offre un bref contraste avec le pre­mier extrait, ‘A Map for Snow White’ qui se veut lin­guis­ti­que­ment défini(tif) en offrant une paro­die-cri­tique des contes de fées.

Claudia La Rocco on Writing Through Dance, The Institute for Curatorial Practice in Performance (ICPP) is the first ins­ti­tute of its kind, a cen­ter for the aca­de­mic stu­dy of the pre­sen­ta­tion and contex­tua­li­za­tion of contem­po­ra­ry per­for­mance. ICPP encou­rages cura­tors, field pro­fes­sio­nals, and artists from all back­grounds to apply. 

Deuxième dif­fi­cul­té : le temps, tou­jours et mal­heu­reu­se­ment. Le temps gram­ma­ti­cal (tense) et le temps ‘extra lin­guis­tique’ (time) mesu­ré par la nar­ra­trice au moment de la nar­ra­tion ne cor­res­pondent pas tou­jours, puisque la nar­ra­tion est accom­pa­gnée de com­men­taires et de retours réflexifs. Comme il n’y a concor­dance uni­voque ni entre l’emploi des temps, ni entre la façon d’établir la chro­no­lo­gie des pro­ces­sus par rap­port au moment de la nar­ra­tion, dans les deux langues en ques­tion, et comme la nar­ra­trice prend par­fois des liber­tés lin­guis­tiques propres à la langue par­lée, la tra­duc­tion du pré­té­rit devrait oscil­ler entre le pas­sé com­po­sé, l’imparfait, le pas­sé simple et le plus-que-par­fait dans le texte fran­çais. De plus, si les formes du pré­té­rit ren­voient à des époques dif­fé­rentes mar­quées par des repères tem­po­rels, dans cer­tains cas, le pré­té­rit s’applique à des pro­ces­sus qui peuvent être envi­sa­gés soit comme états, soit comme pro­ces­sus. La tra­duc­tion pré­sente là aus­si des formes tem­po­relles dif­fé­rentes. Il se fait que l’extrait ci-des­sous est court, certes, mais pour amor­cer une tra­duc­tion d’un texte de cette enver­gure, il s’agit néan­moins de réflé­chir à ces choses.

Quant aux pro­blèmes sty­lis­tiques, ils portent essen­tiel­le­ment sur les rela­tions pré­po­si­tion­nelles com­plexes, qu’elles soient coor­don­nées ou appo­sées, ain­si que sur cer­tains cas de subor­di­na­tion. La notion de rela­tions pré­po­si­tion­nelles com­plexes sup­pose l’enchaînement d’un nombre variable des rela­tions sui­vantes : spa­tio-tem­po­relles d’origine, pro­duc­teur-pro­duit, pos­ses­seur-pos­ses­sion (géni­tif ou non), cause-effet, loca­li­sa­tion spa­tiale et des­crip­tions détaillées (confi­gu­ra­tion, dimen­sion, cou­leurs incer­taines etc.). Résoudre le pro­blème posé par ces rela­tions pré­po­si­tion­nelles com­plexes, comme celui posé par cer­tains cas de subor­di­na­tion (l’introduction de pro­po­si­tions inter­ro­ga­tives indi­rectes, par exemple), signi­fie étof­fer pour évi­ter l’inélégante suc­ces­sion de ‘de’ ou de conjonc­tions de subor­di­na­tions sem­blables. Puisque l’étoffement doit être mini­mal, il est aus­si contrai­gnant, et porte ma signa­ture, comme par exemple la phrase ‘Olivia cares­sa la sur­face de la table polie par le temps de ses mains’.

Les dif­fi­cul­tés tou­chant au plan lexi­cal sont loca­li­sées et relèvent d’une sorte d’évasion lin­guis­tique qui fait recours au bio­lo­gique dans le roman en cours com­men­cé à l’aube d’une pan­dé­mie et la ques­tion se pose de savoir si la tra­jec­toire dis­cur­sive ten­dra à conce­voir un autre être que l’humain né des caprices d’une révo­lu­tion créa­trice. Bref, il semble dès lors inutile de faire un inven­taire de défis ren­con­trés en cours de tra­duc­tion, d’autant que le lan­gage de Claudia La Rocco, étant inven­tif, appelle l’invention. Si cer­taines nuances s’estompent par­fois d’autres, au contraire, se rehaussent de cou­leur par jeu ludique — les petites trou­vailles qui font de la tra­duc­tion un acte créateur. 

Dans le cadre d’un pro­jet qui, à l’origine, visait à décou­vrir et à faire décou­vrir ‘l’Etranger en tant qu’Etranger à son propre espace de langue’ par l’expression artis­tique, les pro­blèmes de tra­duc­tion deviennent défis et le désir de la tra­duc­trice tend à com­plé­ter celui de l’écrivaine. Si, en sui­vant les traces de l’autrice pour qui le moi se désa­gré­geant ne fait pas peur, l’instance nar­ra­tive se défie de visions accep­tées, détrui­sant tout bar­rage pré­exis­tant au croi­se­ment du temps et de l’espace ; la tra­duc­trice doit se défier de solu­tions faciles et invite vous à pas­ser un beau dépaysement.

∗∗∗

A Map for Snow White

 

She told me to fol­low the footprints
Warmer wea­ther came

 She asked me to fol­low her scent
There were streams

She cal­led me and cal­led me and cal­led me
There was some sort of long silence

 That’s how nar­ra­tive works in fairytales
That’s how places unfind themselves

 There was an owl
There was a bat

 Again and again, the tall tower went dark
Green hil­ls green­ly slo­ping and white flo­wers everywhere

 I rea­li­zed I wouldn’t ever know where to begin
The secre­ta­ry gave me the uno­pe­ned letters

 So small, these flowers
 kept cru­shing them

 I rea­li­zed I was making the path backwards
The ways in which we ask to be remembered

 

∗∗∗

 

Une Carte pour Blanche Neige

 

Elle me dit de suivre les empreintes
Le temps se réchauffe

Elle me deman­da de la suivre à la trace
Il y eut des ruisseaux

Elle cria mon nom, le cria et le cria
Il y eut une sorte de long silence

 Ainsi se déroule la nar­ra­tion dans les contes de fées
Ainsi les lieux se détrouvent

Il y eut une chouette
Il y eut une chauve-souris

Encore et encore la haute tour fut plon­gée dans le noir
Vertes val­lées ver­doyant en aval et des fleurs blanches partout

 J’ai com­pris que je ne sau­rais jamais où commencer
La secré­taire me don­na les lettres cachetées

 Si menues, ces fleurs
Que je ne ces­sais de les écraser

J’ai com­pris que je me frayais un che­min à rebours
De manière à assu­rer votre sou­ve­nir de ma mémoire 

 

 

 

The 21st Century

 

1.

I have to make myself like a vole on the tundra
The levia­than awaits

 There’s nothing we can do about any of this

Think of a bare­ly-there membrane
Cave beast no cave
Net game no net

The levia­than is coming
The idea of him is magical
The ice is thin
The water is black
Little feet on the tun­dra, quivering

You make your­self a bet­ter engine
Half horse, half function

You make a death of shivering
All the world goes quiet

The levia­than is here
The idea of it is magical
The idea of it won’t quit.

 

2.

Knowledge of my mortality
Looms over me like a giant oyster

Pete the Lecherous Doorman is just wai­ting for me to make my move ;
I should brain him with a sock full of pennies.

 Finally, a use for pennies.

 

∗∗∗

 

Le 21eme Siècle

 

1.

Je dois me faire à l’image d’un cam­pa­gnol de la toundra
Le lévia­than attend

On ne peut rien y faire

Imaginez une mem­brane à peine perceptible
Bête des cavernes sans caverne
Jeu de net­ball sans filet

Le lévia­than arrive
Le conce­voir est de la magie
La glace est mince
L’eau est noire
Petites pattes de la toun­dra, tremblotant

Vous vous faites un meilleur moteur
Moitié che­val, moi­tié fonction

Vous faites d’un fris­son une mort
Le monde entier fait silence

Le lévia­than est là
Le conce­voir est de la magie
Le conce­voir ne nous quit­te­ra pas.

 

2.

La conscience de ma propre mortalité
Plane sur moi comme une huitre géante

Pierre le Concierge Lascif m’attend au tournant ;
Je devrais l’assommer d’un coup de chaus­sette pleine de sous.

 Enfin, une uti­li­té pour les sous.

 

Claudia La Rocco, The Best Most Useless Dress : Selected Writings of Claudia La Rocco, Badlands Unlimited (New York), 2014.

Excerpt from The Ongoing Sea (manus­cript in progress)

 

 

 

A Map for Snow White avec Evelyn Davis (pia­no) et Claudia La Rocco (voix) figure dans l’album ‘ani­mals & giraffes’ (Edgetone Records, 2017), Philippe Greenlief.

 

1.

The din­ner table was very long. Only three chairs were taken ; the last remai­ning Weavers.

Why are there so few of you?” Olivia asked, or per­haps only thought to ask. 

Interspecies bree­ding is a dan­ge­rous game,” a wize­ned old woman respon­ded, smi­ling sweet­ly. Her lips par­ted, revea­ling teeth both gold and filed into points. Or per­haps she didn’t say any­thing. Perhaps she only smi­led. Perhaps she wasn’t so old. Olivia pres­sed her hands down onto the smooth, worn sur­face of the table. She didn’t talk much after that. Her thoughts cha­sed them­selves around. Her body felt heavy.

That night she drea­med of a man run­ning through the forest. His head was crow­ned with beau­ti­ful­ly cur­ving horns.

He is very tired
He wants to be the hero before he’s dead
Or not that he wants this
But he has the time

The girl yells and yells and yells

The man is still running
He is full of blood

The girl keeps yel­ling no

 

She woke in the middle of the night, a night free of the hum of back­ground sys­tems and console lights. The glass of water on the bed­side table wasn’t vibra­ting. The air came sweet through the open win­dow and the moon was the kind of almost full where you can’t real­ly tell if it is or it isn’t. “The gra­vi­ty of the moon,” she whis­pe­red. She sat on the edge of the soft mat­tress and tried to focus on the fact that she was indeed on Earth. Had she ima­gi­ned retur­ning ? Had she ima­gi­ned not retur­ning ? The night was full of small sounds. A frag­ment of a memo­ry sur­fa­ced : her only visit to Australia, wal­king alone through the quiet streets of Melbourne as eve­ning des­cen­ded and the tall trees became a caco­pho­ny of shrie­king birds coming home to roost. The immense fee­ling of being so far from home, on an island sur­roun­ded by miles and miles of ocean. The Earth as island.

 

∗∗∗

 

1.

La table de la salle à man­ger était très longue. Seulement trois chaises étaient occu­pées : les der­niers Tisseurs.

Pourquoi si peu par­mi nous ?’ deman­da Olivia, ou peut-être seule­ment pen­sa-t-elle à poser la question.

La repro­duc­tion entre espèces est un jeu dan­ge­reux,’ répon­dit une vieille rabou­grie avec un petit sou­rire suave. Ses lèvres s’entrouvrirent, lais­sant paraître des petites dents poin­tues, cer­taines en or. Ou peut-être ne dit-elle rien. Peut-être sou­rit-elle seule­ment Peut-être n’était-elle pas si vielle. Olivia cares­sa de ses mains la sur­face de la table polie par le temps. Elle ne dit plus grand-chose après. Ses pen­sées se pour­chas­saient dans sa tête. Elle avait le corps lourd.

Cette nuit-là elle a rêvé d’un homme qui cou­rait à tra­vers bois. Sa tête était cou­ron­née de belles cornes en tire-bouchon.

Il est très fatigué.
Il veut être le héros avant de mourir
Ou ce n’est pas ce qu’il veut
Mais il a le temps

La fille crie et crie et crie

L’homme court toujours
Il est plein de sang

La fille conti­nue à crier que non

Elle s’est réveillée au milieu de la nuit, une nuit sans le ron­ron­ne­ment de sys­tèmes de fond, sans lumières de consoles. Le verre d’eau sur la table de nuit ne vibrait pas. L’air entrait tout doux par la fenêtre ouverte et la lune était du genre presque pleine quand on ne sait pas vrai­ment dire si elle l’est ou pas. ‘La gra­vi­té de la lune,’ a-t-elle chu­cho­té. Elle s’est assise sur le bord du mate­las mou et elle a essayé de se concen­trer sur le fait qu’elle se trou­vait bien sur la Terre. Avait-elle ima­gi­né y retour­ner ? La nuit était pleine de petits bruits. Un frag­ment de mémoire fit sur­face : son seul séjour en Australie, mar­chant seule dans les rues pai­sibles de Melbourne alors que le soir tom­bait et que les arbres se trans­for­maient en caco­pho­nie d’oiseaux rejoi­gnant leur nid, le gosier déchi­ré de cris. Le sen­ti­ment immense d’être si loin de chez elle, sur une île entou­rée de milles et de milles d’océan. La Terre comme île.

 Extrait de The Ongoing Sea /​ La Mer en cours (inédit)

Note

1. Henri Michaux, Qui je fus. Gallimard, 1927.

Présentation de l’auteur

Claudia La Rocco

Claudia La Rocco est une poète, cri­tique et inter­prète qui tra­vaille comme chro­ni­queuse pour Artforum et écrit sur les livres et le théâtre pour le New York Times.

Poèmes choi­sis

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... la tra­duc­tion, de par sa visée de fidé­li­té, appar­tient ori­gi­nai­re­ment à la dimen­sion éthique. Elle est, dans son essence même, ani­mée du désir d'ouvrir l'Etranger en tant qu'Etranger à son propre espace [...]

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Dominique Hecq

Dominique Hecq is a poet, fic­tion wri­ter, scho­lar and lite­ra­ry trans­la­tor. She grew up in the French-spea­king part of Belgium and now lives in Melbourne. Hecq read Germanic Philology at the University of Liège and holds an MA in Literary Translation as well as a PhD in Literature. Her works include a novel, three col­lec­tions of short sto­ries, five books of poe­try and two plays. Her poems and sto­ries have been publi­shed inter­na­tio­nal­ly. These appear in English and antho­lo­gies. Often expe­ri­men­tal, her wri­ting explores love, loss, exile, and the pos­si­bi­li­ties of lan­guage. Over the years, it has been awar­ded a varie­ty of prizes, inclu­ding The Melbourne Fringe Festival Award for Outstanding Writing and Performance (1998), The New England Review Prize for Poetry (2004), The Martha Richardson Medal for Poetry (2006) and the inau­gu­ral AALITRA Prize for Literary Translation from Spanish into English (2014). Hush : A Fugue (2017) is her latest book of lined and prose poe­try. Hecq has per­for­med her poems and plays at fes­ti­vals on four conti­nen­tas. For ten conse­cu­tive years, she was an invi­ted poet at the Franco-English Poetry Festival in Paris and in 2015 she was guest of honour at the International Poetry Festival at Trois Rivières, Quebec. More recent­ly, she pre­sen­ted ‘Scary’, a one-act play, at the National Opera Center in New York.
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